Jeffrey Hamel était parti rejoindre son épouse philippine le 9 février dernier, bien avant que la pandémie n’éclate.
Jeffrey Hamel était parti rejoindre son épouse philippine le 9 février dernier, bien avant que la pandémie n’éclate.

Elle tente à tout prix de rapatrier ses 266 «enfants» des Philippines

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Bien qu’elle ait été mise à pied temporairement, Clara Toscani ne chôme pas. Depuis que la crise sanitaire mondiale de la COVID-19 a mené à la fermeture des frontières partout dans le monde, la dame ne s’accorde aucun répit pour rapatrier son fils bromontois, mais aussi 265 autres Canadiens coincés aux Philippines.

Le fils de Mme Toscani, Jeffrey Hamel, était parti rejoindre son épouse philippine le 9 février dernier, bien avant que la pandémie n’éclate à travers le monde. Il se trouvait dans un village situé à plus de quatre heures et demie de route de la capitale Manille, où se trouve également l’aéroport international philippin.

Le retour du Bromontois en sol canadien était initialement prévu le 26 avril prochain, un plan qui a changé lorsque les Philippines ont décrété l’urgence sanitaire à la mi-mars, mettant la capitale en quarantaine avec l’intervention de l’armée.

«Ici [au Québec], la fermeture et le confinement se sont effectués de manière graduelle, explique-t-elle. Là-bas, tout s’est passé subitement et de manière radicale, alors les gens n’ont pas été en mesure de réagir.»

Les commerces et les hôtels ont été pour la plupart fermés, forçant les voyageurs à se débrouiller.

Le président des Philippines, Roberto Duterte a par ailleurs averti les touristes et les citoyens qui ne respectaient pas les consignes qu’ils prenaient le risque d’être fusillés. «On ne parle pas d’amendes comme chez nous», laisse tomber Mme Toscani.

Le retour du fils de Mme Toscani, Jeffrey Hamel, en sol canadien était initialement prévu le 26 avril prochain, un plan qui a changé lorsque les Philippines ont décrété l’urgence sanitaire, mettant la capitale en quarantaine avec l’intervention de l’armée.

Échecs

Au départ, mère et fils ont tenté de devancer le vol de retour de ce dernier, sans succès. À l’instar d’autres Canadiens dans la même situation, et sur les conseils de l’ambassade canadienne, ils ont déboursé des milliers de dollars pour acheter de nouveaux billets de retour, dont les vols ont tous été annulés sans être remboursés.

«Pour certains, c’est leur 3e ou 4e billet d’avion acheté, sans leur permettre de se rendre chez eux. Le prix des vols a d’ailleurs plus que doublé», déplore Mme Toscani, alors que les ressortissants, y compris son fils, peinent à obtenir le prêt d’urgence de 5000 $ annoncé par Ottawa pour financer leur retour au pays.

M. Hamel a bien failli réussir à dénicher un siège à bord d’un avion, mais son vol qui était prévu pour le 24 mars dernier a été annulé alors qu’il était à mi-chemin en direction de l’aéroport, un transport qui avait été difficile à dénicher de surcroît. C’est sans compter qu’il avait dû obtenir un billet du médecin garantissant sa bonne santé et faire des réserves d’eau et de nourriture pour survivre au périple étant donné la fermeture des commerces de Manille.

«Il n’avait pas d’argent pour se loger et se nourrir, alors il a fait demi-tour, raconte sa mère, et il a dû observer une quarantaine de 14 jours.»

D’autres Canadiens, pris dans la même situation, vivent dans l’insalubrité, s’ils ont un toit, et peinent à trouver de quoi se nourrir. «C’est lamentable, note Mme Toscani. Il y en a qui se cachent et qui essaient de survivre depuis des jours.»

Opération rapatriement

En même temps qu’elle entreprenait des démarches pour aider son fils, la dame a rapidement mis sur pied un groupe Facebook pour permettre aux Canadiens coincés aux Philippines de se manifester et d’organiser leur éventuel rapatriement.

La liste compte actuellement un peu plus de 10% des quelque 2600 ressortissants canadiens qui se trouveraient dans cet archipel. «Au début, j’avais un enfant; maintenant, j’en ai 266 à ramener», illustre Mme Toscani, qui a pris sur elle le retour des voyageurs bien malgré elle.

Celle-ci prie le gouvernement fédéral et son ministère des Affaires internationales de noliser des vols garantis pour les Canadiens en mauvaise posture. 

«Pour l’instant, on parle de vols destinés aux Canadiens, mais ça ne signifie pas que leurs places sont assurées, nuance-t-elle. On nous a annoncé des vols à destination de Toronto et de Vancouver par Philippines Airlines le 14 avril prochain. Est-ce qu’il y aura de la place pour tout le monde? Sinon, comment on choisit qui embarquera et qui restera?»

«Je ne blâme pas le gouvernement, je sais qu’ici, tout le monde fait son possible pour aider», renchérit la Montérégienne, en contact régulier avec son fils et d’autres voyageurs.

Il n’est pas le temps d’être émotive, dit-elle. «On doit mettre toute notre énergie pour les rapatrier. Je vais bien aujourd’hui, demain on verra.»

Des députés interpellés

Après avoir été mis au parfum de la situation par Mme Toscanni, le député bloquiste de Saint-Hyacinthe-Bagot, Simon-Pierre Savard-Tremblay, en a appelé sur les réseaux sociaux à «mettre tous les efforts diplomatiques et financiers pour que les Québécois coincés à l’étranger reviennent. Il est inadmissible que des compagnies voraces profitent de la situation extrêmement stressante et ardue que vivent nos compatriotes malchanceux.»

La députée fédérale de Brome-Missisquoi, Lyne Bessette, a elle aussi été sensibilisée au cas de M. Hamel. Elle s’assure que tous les cas de citoyens se trouvant à l’étranger et souhaitant revenir au Canada soient portés à l’attention du ministère des Affaires étrangères et qu’ils ne manquent de rien d’ici leur retour, a fait savoir son attachée politique, Isabelle Grenier.

«Lyne fait des suivis téléphoniques elle-même avec le plus grand nombre de personnes possibles. Notre rôle est d’être la courroie de transmission pour nous assurer que tous ceux qui en ont besoin puissent être soutenus», a-t-elle indiqué.

Mme Grenier rappelle que tous les voyageurs canadiens à l’étranger doivent s’inscrire à l’adresse voyage.gc.ca pour signifier leur présence et pour permettre aux ambassades et au gouvernement fédéral d’avoir un portrait plus précis de la situation.

En fin de journée mardi, le ministre des Affaires internationales François-Philippe Champagne a d’ailleurs annoncé avoir sécurisé des vols commerciaux à partir de Manille pour permettre aux ressortissants canadiens de regagner le bercail.