Jeannette Coulombe (à droite) a célébré son 100e anniversaire avec sa sœur Irène, âgée de 103 ans.
Jeannette Coulombe (à droite) a célébré son 100e anniversaire avec sa sœur Irène, âgée de 103 ans.

Elle fête son 100e anniversaire seule… avec sa sœur de 103 ans

Comme les visites sont interdites à la Résidence Ste-Anne afin d’éviter la propagation de la COVID-19 chez les personnes âgées, Jeannette Coulombe n’a pu, samedi, célébrer son 100e anniversaire avec sa nombreuse descendance. Une seule personne a été admise: sa sœur Irène, âgée de 103 ans, qui habite sous le même toit qu’elle à Sainte-Anne-des-Monts, en Haute-Gaspésie!

La principale intéressée vit cette période avec philosophie. «Je ne m’en fais pas avec ça, dit-elle. C’est une journée où j’étais en paix. Le personnel m’a fait un gâteau pour le dîner et je l’ai partagé avec ma sœur.»

Des crises, elle en a vues d’autres

Après avoir traversé des drames et vécu la Seconde Guerre mondiale, le coronavirus ne lui fait pas peur. «Des crises, j’en ai vues d’autres, souligne Mme Coulombe. Mais, je pensais pas qu’on allait vivre une épidémie. J’étais sûre qu’il y aurait une autre guerre.» La centenaire est sereine. «Je suis drôlement faite, rigole-t-elle. J’ai peut-être pas de coeur… Quand je me couche, je me parle et je me dis: “Jeannette, ferme ta boîte et dors!” On va prier et on va passer à travers! De toute façon, le boss, c’est Lui en haut.»

Même si les visites de ses proches lui manquent, elle comprend l’importance de cette mesure. «Au début, il y a des vieux qui respectaient pas ça et ils jouaient aux cartes, s’indigne Mme Coulombe. Mais là, ils peuvent plus! C’est pas des folies!» À défaut de ne pas pouvoir aller la voir, son fils Pierre-André, qu’elle surnomme affectueusement Pierrot, l’appelle tous les jours.

Parmi les événements marquants de son existence, Jeannette Coulombe n’a jamais pu oublier la Seconde Guerre mondiale. «Je prenais des jumelles et je regardais les sous-marins au large», se remémore la dame née le 28 mars 1920. 

Une femme audacieuse

Jeannette Coulombe n’avait pas froid aux yeux, même en pleine guerre. En 1941, un an après son mariage, elle est devenue propriétaire d’un hôtel et d’un restaurant dans son village natal de Mont-Saint-Pierre, en Haute-Gaspésie. Elle n’avait que 21 ans. Pendant 35 ans, elle a été à la tête de l’entreprise. «J’avais toujours dit que je voulais pas travailler pour l’un ou pour l’autre, raconte-t-elle. Sinon, je m’appelais pas Jeannette! Mon mari voulait pas. Il n’aimait pas ça. Ça n’a pas été facile! Il fallait être forte, d’autant plus que c’était normalement une job d’homme!»

La Gaspésienne était une fonceuse. «Je conduisais ma voiture, précise-t-elle. Il n’y a rien que je pouvais pas faire, sauf de la bicyclette. J’ai jamais réussi.» Qu’à cela ne tienne, elle s’est acheté un tricycle. Mme Jeannette a aussi beaucoup voyagé. «Je suis allée à Paris et même au bout de l’Afrique, se souvient-elle. J’ai voyagé ailleurs aussi, mais j’ai oublié les pays.»

Les drames d’une mère

Jeannette Coulombe a été mariée à Amédée Cloutier pendant 47 ans. Elle est maintenant veuve depuis 33 ans. Le couple a eu quatre enfants. Mme Coulombe Cloutier a aussi plusieurs petits-enfants et arrière-petits-enfants, «trop pour pouvoir les compter».

Quand elle dit avoir passé à travers des «crises», la perte de deux de ses quatre enfants figure au sommet des pires drames de sa vie, en plus d’avoir perdu un bébé à huit mois de grossesse. Son petit Serge, âgé de 5 ans, est décédé d’une terrible maladie. Sa seule fille Charlotte, l’aînée de la famille, est décédée à l’âge de 25 ans avec son mari dans une collision avec un autobus. C’était la veille de Noël. Il lui reste son Pierrot, aujourd’hui âgé de 74 ans, et son «bébé» Vallier, 66 ans, qui vit à Montréal.

«Pierrot, j’ai manqué le perdre, ne peut-elle s’empêcher d’ajouter comme autre souvenir des malheurs qui ont parsemé son parcours. Il était tombé sur le dos, sur la glace. Il avait 8 ou 9 ans. C’était un gros accident! Il avait les yeux virés à l’envers. J’ai dit au prêtre que s’il s’en allait, je m’en allais avec lui! Il m’a dit: “On va prier.” J’avais aussi peur qu’il reste handicapé de la tête. Ça a pris du temps avant qu’il soit guéri, mais il a remonté ça.»

Parfaitement lucide

Outre quelques petits trous de mémoire, la centenaire est parfaitement lucide. «Pourtant, c’est pas parce que je suis pas tombée sur la tête souvent et que j’ai pas eu des grosses bosses sur la tête, enchaîne-t-elle en riant. Pourquoi il fallait toujours que je tombe sur la tête et pas ailleurs?»

Si Mme Jeannette entend encore très bien, ses yeux sont cependant fatigués. «Je suis en train de perdre la vue, se désole-t-elle. Je peux plus lire.» Même si elle a failli mourir il y a 10 ans, elle se considère actuellement en bonne santé. Il faut croire qu’elle a hérité d’un bon bagage génétique puisque son père a vécu jusqu’à l’âge de 98 ans. Outre sa sœur aînée Irène, qui a 103 ans, il lui reste deux autres sœurs de 84 et de 93 ans. 

Jeannette Coulombe Cloutier a bien hâte que la pandémie de coronavirus passe pour pouvoir célébrer à nouveau son 100e anniversaire, mais cette fois avec sa famille et ses nombreux invités!