L’usine Continental Contitech, à St-Alphonse-de-Granby, continue d’opérer, ce que dénonce un employé.
L’usine Continental Contitech, à St-Alphonse-de-Granby, continue d’opérer, ce que dénonce un employé.

Des industries qui se veulent essentielles

Des manufactures d’un peu partout continuent de fonctionner, alors que les employés jugent que le rôle de leur employeur est tout sauf essentiel.

Un employé de Continental Contitech, à Saint-Alphonse-de-Granby, a communiqué avec La Voix de l’Est pour dénoncer la direction qui a demandé à ses employés de revenir en poste dès jeudi, quelques jours après avoir annoncé qu’elle fermait temporairement les machines. 

« À la suite des recommandations de M. Legault, ils ont fermé, racontait l’employé mardi en fin de journée. Puis, on a eu un message pour nous dire qu’ils allaient tout faire pour être reconnus comme essentiels. Et là on vient de recevoir un message pour nous dire qu’on rouvrait jeudi. »

L’entreprise fabrique des boyaux pour différents secteurs, dont l’automobile, la construction, les ordinateurs, les mines, le pétrole, les produits chimiques, la pêche, l’aviation et l’alimentation, énumère-t-il. « On a 3200 sortes de boyaux. C’est varié, on touche à tout, mais 2 % d’entre eux sont essentiels, à mon avis. Je suis sûr qu’on va continuer à faire des boyaux non essentiels. »

Quelques jours plus tard, notre source rapportait que la direction avait rencontré les 238 employés en leur interdisant de parler aux journalistes. Il raconte tout de même qu’ils leur ont expliqué pourquoi leur production était essentielle. « On va continuer à faire les boyaux pas essentiels. Ils nous ont dit qu’on allait suivre le carnet de commandes. »

Devant les inquiétudes des employés, qui jugent que les mesures de distanciation sociale sont difficiles à respecter dans l’usine et dans les lieux de repos, l’employé rapporte que la direction les invite à quitter s’ils le souhaitent, mais qu’ils n’auront pas droit à une aide gouvernementale puisqu’il s’agirait d’un départ volontaire, et non d’une mise à pied.

« Ils n’ont pas parlé de mise à pied. On garde le même horaire. Ils pourraient facilement couper le quart de nuit, d’après moi. »

Avare d’explications

Julie Audet, directrice des ressources humaines, n’a pas voulu dévoiler de données sur la proportion de la production qui est jugée essentielle. 

« On ne produit pas juste pour les produits alimentaires, on produit pour l’agriculture, pour le nettoyage d’abattoirs ou d’usines alimentaires, entre autres, et pour le chimique aussi, qui sont tous reconnus comme prioritaire par le gouvernement. Les chiffres exacts de la production peuvent juste venir de notre directeur d’usine et de notre directeur de production. On fait l’analyse détaillée de notre carnet de commandes en lien avec les services prioritaires dictés par le gouvernement. »

Mme Audet n’a pas voulu préciser si la production de boyaux non essentiels serait mise sur pause. La directrice des ressources humaines a également refusé de dévoiler ce qui a été mis en place en matière de mesures de sécurité sanitaires pour protéger ses employés et leur famille. « Je vais cesser de répondre à vos questions, ce sont les commentaires que j’avais pour vous aujourd’hui », s’est-elle contentée de dire avant de mettre fin à la communication.

Essentielles, les armoires ?

La mère d’un employé du fabricant d’armoires Fabritec se questionne à propos de l’aspect essentiel de la production de l’usine bromontoise.

« Je ne trouve pas que c’est un service essentiel, des armoires de cuisine, rapporte-t-elle. Au début, ils disaient que, puisqu’ils vendaient leurs produits chez Rona et que Rona était ouvert, ils avaient le droit de leur fournir du matériel. Là, ils disent qu’ils peuvent fonctionner avec moins d’employés. »

Un choix aurait été donné aux employés : partir ou rester. S’ils partent, ce n’est pas nécessairement tout le monde qui sera rappelé lorsque la production redémarrera à plein régime, selon ce que son fils lui a raconté.

« Il y en a quelques-uns qui sont partis. Ça ne vaut pas la peine de risquer sa vie et celle des autres. »

Notre demande d’entrevue avec un porte-parole de l’entreprise n’a pas obtenu de réponse.

Pas d’émissions d’attestations

Questionné à propos de ces situations, l’attaché de presse de François Legault, Ewans Sauves, indique qu’aucune liste détaillée n’a été créée puisque le gouvernement ne donne pas son accord au maintien des activités.

« Toutes les entreprises produisant des intrants ou des matières premières nécessaires aux services et activités prioritaires doivent maintenir leurs activités en conséquence, en tenant compte des directives de la santé publique. »

Les entreprises non essentielles devaient cesser ou réduire le plus possible les opérations pour que les activités soient plus faciles à reprendre au retour. 

Les entreprises qui avaient des doutes pouvaient remplir un formulaire. « Une équipe du ministère répond actuellement à tous les formulaires transmis par courriel et communique avec les entreprises pour répondre à leurs interrogations, ajoute Jean-Pierre D’Auteuil, responsable des relations médias au ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec. Il est important de mentionner que le ministère n’émet pas d’attestation aux entreprises, mais précise l’application de la mesure aux dirigeants d’entreprises. »

La liste des services essentiels se trouve sur le site quebec.ca/coronavirus