Des enseignants au coeur sur la main durant la pandémie [PHOTOS]

Le 12 mars, le temps s’est arrêté dans les écoles de l’Outaouais, comme ailleurs en province. Comme à l’habitude, les enseignants et autres professionnels du monde de l’éducation avaient dit «à demain» à leurs élèves, sans se douter qu’ils ne les reverraient pas de sitôt. Les semaines ont passé et depuis, des milliers d’enseignants s’impliquent virtuellement auprès des jeunes, certes, mais plusieurs ont également choisi de redonner à la communauté durant cette pandémie. Après un appel à tous, Le Droit vous présente aujourd’hui une dizaine de personnes qui, chacune à leur façon, tentent de faire une différence en cette période exceptionnelle qui a fait basculer notre quotidien.  

Chantal Cyr, enseignante en 4e année à l’école de l’Odyssée (CSD)

Avec l’aide d’une collègue en congé de maternité (Geneviève Charland) et du papa d’un élève de l’école (Sébastien Déry), cette enseignante a joint un regroupement provincial (Covid3Dqc) de gens qui souhaitent contrer la pénurie généralisée d’équipement médical en lien avec la COVID-19. À l’aide d’imprimantes 3D empruntées dans les écoles secondaires de la commission scolaire des Draveurs, elle conçoit des visières pour les travailleurs du milieu de la santé.

Chantal Cyr

Récemment, 500 visières ont d’ailleurs été remises aux paramédics de l’Outaouais. Des infirmières en ont aussi fait la demande. «On essaie de répondre aux besoins, il y a une panoplie de demandes. Notre groupe réussit à en produire 150 par jour, avec d’autres gens de la région. Un orthésiste s’occupe de faire l’assemblage et la finition avant la distribution. En une semaine, on s’est créé un beau petit réseau, bien rodé», explique l’enseignante.

Marie St-Amant, enseignante en éducation physique à l’école du Marais (CSPO)

Visiblement, même si les écoles sont fermées depuis six semaines, Marie St-Amant est loin de se tourner les pouces. D’abord, répondant à l’appel lancé par  une infirmière de l’Hôpital Montfort sur Facebook, elle a sorti sa machine à coudre et produit des chapeaux pour les infirmières et médecins de l’établissement. «Ils doivent se changer chaque fois qu’ils visitent une chambre, alors ils en manquent et ils ont lancé un appel à la communauté, aux gens qui font de la couture», dit l’enseignante.

Marie St-Amant

Son mari et elle ont aussi offert leur temps à titre de livreurs bénévoles au marché Laflamme d’Aylmer et à la Popote roulante de la Légion d’Aylmer. De plus, son fils, un collègue et elle ont participé à un relais sportif virtuel organisé par un triathlonien et ami de son fils, le tout au profit des banques alimentaires de la province dont Moisson Outaouais. Durant 12 heures, les gens ont roulé à relais à partir de leur domicile. Plusieurs milliers de dollars ont été amassés.

Richard O’Reilly, enseignant en boucherie au Centre de formation professionnelle Relais de la Lièvre-Seigneurie (CSCV)

Chaque année, la Tablée des chefs se donne comme mission en marge de la Semaine des écoles hôtelières que les étudiants préparent des milliers de repas pour les gens dans le besoin. L’an passé, l’enseignant en boucherie Richard O’Reilly et ses élèves avaient remis quelque 6500 portions de pain de viande à Moisson Outaouais. Or, cette année, la COVID-19 a contrecarré ses plans et l’activité est tombée à l’eau. Les denrées alimentaires, dont des centaines de livres de porc haché et des légumes, se sont retrouvées au congélateur après que le gouvernement ait ordonné la fermeture des écoles.

Richard O'Reilly

Sauf que malgré l’absence des élèves, l’enseignant ne voulait pas abandonner le défi que l’Outaouais produise cette fois 10 000 portions de pain de viande. «On a remis les légumes à deux banques alimentaires (Mie de l’entraide et Banque alimentaire de la Petite-Nation) puis j’ai achalé ma directrice en lui disant que c’était dommage qu’on puisse pas travailler là-dessus. À la troisième reprise, le directeur général m’a appelé pour me dire que j’avais le feu vert. On va faire ça à trois ou quatre enseignants. On pense qu’on peut facilement en faire 2000 par jour, on va le faire en plusieurs étapes. Ça va peut-être prendre deux ou trois semaines, mais je vous garantis qu’on va le faire. On voulait redonner à la communauté, c’est important».

Sophie Blais et Jennifer Therrien-Voyer, enseignantes en 6e année au Programme primaire international de l’école polyvalente Le Carrefour (CSD)

Ces deux collègues font équipe chaque semaine pour la livraison de repas à des gens dans le besoin. Une expérience qu’elles apprécient au plus haut point. «La seule chose qui est triste, c’est qu’en temps normal, on serait supposées entrer chez les gens pour les désennuyer. On voit qu’ils sont heureux de nous voir, qu’ils auraient souvent le goût de nous faire entrer pour jaser, mais ils respectent très bien les règles. Il y a des personnes de tous les âges, de tous les niveaux sociaux, certains ont de la difficulté à se déplacer. D’autres ont des problèmes de vue ou de surdité. On est choyées, car on la chance d’être encore payées tout en étant à la maison, alors on souhaitait redonner aux gens dans le besoin», affirme Mme Blais.

Sophie Blais et Jennifer Therrien-Voyer

Cette dernière souligne également avoir donné du plasma pour la première fois, en plus d’être prête à s’impliquer bénévolement au centre PlasmaVie. «Ça ne prend que 35 minutes et on aide des gens dont le système immunitaire est faible. Mon objectif sera d’y aller toutes les deux ou trois semaines. Cette crise me fait prendre conscience qu’on peut faire une différence à petite échelle», ajoute-t-elle.

Raphaëlle Cardinal-Soucy, enseignante en 1ère année à l’école de l’Amérique-Française (CSPO)

Cette jeune enseignante s’implique surtout auprès de ses élèves à l’heure actuelle, ayant par exemple elle-même conçu une mosaïque d’encouragement et de réconfort pour les enfants sur laquelle on retrouve une cinquantaine de ses collègues de l’école. Mais il suffit que le téléphone sonne pour qu’elle aille donner de son temps en cette période difficile.

Raphaëlle Cardinal-Soucy

Elle a, entre autres, contacté Moisson Outaouais, Héma-Québec et des épiciers pour s’impliquer bénévolement. L’offre étant plus grosse que la demande à plusieurs endroits, chose qu’elle qualifie de rassurante, elle n’a pas encore reçu d’appel.

Yann Voisine, enseignant en ébénisterie au Centre de formation professionnelle Relais de la Lièvre-Seigneurie (CSCV)

Une fois les écoles fermées, M. Voisine s’est retrouvé à la maison avec ses trois enfants. Puis, en écoutant un bulletin de nouvelles durant le dernier week-end de mars, il a entendu parler de la fabrication de matériel médical avec de l’équipement 3D. Tout cela au moment où son école venait de faire l’acquisition d’un graveur au laser et d’une imprimante 3D pour promouvoir les technologies.

Yann Voisine

«J’ai donc appelé la directrice pour avoir l’autorisation d’utiliser l’équipement pour fabriquer des visières. Je n’avais pas de but précis et je ne savais pas pour qui et combien j’en produirais, mais tout a levé assez vite. J’ai eu des commandes pour desservir deux pharmacies de la région [qui les distribuent à des résidences pour aînés]. Je peux en faire 12 à 15 par jour, je fais l’assemblage moi-même à la maison, avant de les livrer. Je le fais sur une base bénévole, pour occuper mon temps libre. J’avais envie de mettre la main à la pâte», lance-t-il.

Christine Lair, enseignante en univers social; et Erik Breton, enseignant en projet personnel d’orientation et animateur sportif à l’école polyvalente Le Carrefour (CSD)

Formant un couple dans la vie, ces deux enseignants s’impliquent entre autres au sein de l’Association citoyenne de Pointe-Gatineau, notamment pour sensibiliser aux mesures sanitaires en place les citoyens et familles plus vulnérables. Des affiches faisant la promotion des ressources en santé mentale, par exemple, ont été produites puis installées dans des commerces encore ouverts, par exemple. «On a lancé l’appel à des élèves qui ont envie de s’impliquer avec nous. Que ce soit en raison d’une barrière linguistique ou parce qu’ils n’ont pas accès aussi facilement à la télé ou à Internet, il y a des gens qui s’informent moins et suivent moins les recommandations», dit-elle.

Christine Lair et Erik Breton

Mme Lair est aussi l’instigatrice d’un regroupement citoyen sur sa rue. Un message a été distribué à une cinquantaine de portes et un groupe Facebook a été créé. L’objectif: s’assurer que tout le monde va bien et si besoin il y a, chacun peut le signaler. Une initiative qui pourra, pense-t-elle, perdurer dans le temps. «C’est aussi une façon à moyen et long terme d’essayer de faire naître une vie de quartier. C’est une initiative qu’on aimerait exporter», lance-t-elle. Erik Breton, de son côté, a mis sur pied un cours de motivation destiné aux élèves qui en temps normal pratiquent divers sports, question qu’ils gardent la forme durant la période de confinement. 

Mélanie Paré, technicienne en éducation spécialisée à l’école secondaire de l’Île (CSPO)

Après avoir offert son aide à plusieurs endroits, Mélanie Paré a reçu un coup de fil de Moisson Outaouais. Une à deux fois par semaine, elle se rend à l’entrepôt de l’organisme, situé dans l’aéroparc industriel de Gatineau, pour faire du triage de denrées alimentaires destinées aux gens dans le besoin.

Mélanie Paré

«J’avais à cœur de m’impliquer, de faire quelque chose pour donner un coup de main, car mes parents sont âgés, mais habitent à Québec, alors je ne peux pas vraiment les aider directement. Je me suis dit: pourquoi ne pas m’impliquer dans la collectivité, tout en continuant de faire des appels téléphoniques aux membres de ma famille», dit-elle.

Marie-Hélène Couture, enseignante en éducation physique à l’école polyvalente de l’Érablière (CSD)

Une fois par semaine, équipée d’un sac de déchets, Marie-Hélène Couture marche dans son quartier du secteur Gatineau et ramasse tous les détritus qu’elle aperçoit sur son itinéraire. «La première fois, j’ai rempli un sac après avoir parcouru 500 mètres. J’en ai pour quelques semaines à faire mon quartier, avec tout ce qu’on découvre après l’hiver», raconte-t-elle.

Marie-Hélène Couture

En plus d’avoir invité ses élèves à relever ce même type de défi environnemental, Mme Couture incite aussi ces derniers à relever des défis sportifs afin de garder la forme pendant la crise qui nous frappe. 

Marc-Antoine Paiva, enseignant en mathématiques et sciences; et Martin Dubuc, enseignant en mathématiques et projets pédagogiques particuliers à l’école secondaire Grande-Rivière (CSPO)

Avec l’aide de leur collègue Marie-Josée Gadbois, ces deux enseignants fabriquent des attaches servant à tenir plus adéquatement en place les masques médicaux portés par les travailleurs de la santé et autres intervenants impliqués dans la crise.

Marc-Antoine Paiva et Martin Dubuc

Quelques centaines de ces attaches en plastique qui se fixent derrière la tête ont trouvé preneurs ces dernières semaines. Le trio peut réaliser ce travail grâce à cinq imprimantes 3D de l’école, lesquelles ont pu être déménagées temporairement à la résidence de M. Paiva. 

Robert Parisien, intervenant psychosocial au deuxième cycle au Collège Saint-Alexandre

Même à distance, M. Parisien tâche d’être à l’écoute des élèves qui pourraient avoir besoin de ses précieux conseils en cette période anxiogène.

Robert Parisien

«Ils peuvent me joindre. C’est certain qu’il y en a qui ne sont pas motivés, pas tentés de travailler, qui se couchent plus tard. Il y en a aussi qui étaient déjà à la base anxieux, alors ils le sont encore plus dans une telle situation, mais règle générale je suis surpris par la façon dont les jeunes gèrent tout ça. Personne ne m’a dit qu’ils s’ennuyaient de la vie sociale. Souvent, lorsqu’ils s’inquiètent, ce n’est pas tant pour eux que pour leurs grands-parents, par exemple», raconte-t-il.