Le pharmacien Jean Provost, copropriétaire de la succursale Jean Coutu aux Halles de Granby, constate surtout «la déception» et «l’inquiétude» au sein de sa clientèle.
Le pharmacien Jean Provost, copropriétaire de la succursale Jean Coutu aux Halles de Granby, constate surtout «la déception» et «l’inquiétude» au sein de sa clientèle.

Des débordements dans des pharmacies de la région

La Fédération des pharmaciens du Québec (FPQ) est sur le qui-vive depuis le début de la pandémie. Plusieurs de ses membres sont victimes d’agressions de toutes sortes, en plus d’avoir affaire à de nombreux clients récalcitrants qui ne veulent pas se plier aux règles de santé publique. La Voix de l’Est a pris le pouls de pharmaciens de la région.

André Bernier, pharmacien à la succursale Uniprix Jacques Laganière de Cowansville, a vécu quelques «accrochages» au cours des dernières semaines. «Des fois, on reçoit des gros mots. Mais, heureusement, il n’y a jamais eu de coups. On constate surtout l’exaspération des gens et la méconnaissance des enjeux de la crise. [...] Je vois souvent des gens qui ont les fils qui se touchent», a-t-il imagé.

Le lavage des mains à l’entrée de la pharmacie est un des points qui mène le plus souvent à des débordements, a mentionné M. Bernier. «Et ça touche toutes les tranches d’âges», a-t-il spécifié. Les écarts de comportement de la clientèle sont toutefois moins fréquents depuis quelques jours, a noté le pharmacien.

La directrice de la FPQ, Thina Nguyen, déplore la tension que subissent certains pharmaciens. «Tous les jours, on recense maintenant des agressions verbales, mêmes physiques. C’est vraiment triste», a-t-elle relaté à Radio-Canada.

Selon la société d’État, la Fédération a recensé les commentaires de plusieurs pharmaciens par le biais d’un groupe privé à travers la province. Mme Nguyen a évoqué que «sept pharmaciens sur dix ayant témoigné dans ce groupe affirment avoir subi des agressions verbales et un peu moins d’un sur dix, des agressions physiques», a mentionné Radio-Canada.

Les cas de violence vont du crachat sur une pharmacienne à des altercations physiques. Au point où des professionnels ont déposé des plaintes pour voies de fait, a spécifié Mme Nguyen.

La pharmacienne Carole Khalil, propriétaire de la succursale Accespharma chez Walmart à Granby, est aussi victime de l’exaspération de certains clients. «Nous vivons quelques incidents d’agressivité verbale au quotidien, plus précisément des insultes, dont nous pourrions nous passer en ces temps où la prévention de la transmission de la COVID est primordiale», a-t-elle indiqué par courriel.

«Heureusement, la majorité comprend que c’est dans le but universel de protéger tant nos employés que les clients, que nous avons mis en place des mesures d’accès strictes», a fait valoir Mme Khalil.

Ces restrictions déstabilisent certaines personnes. «Plusieurs clients sont furieux et deviennent irrespectueux envers nous, car ils ont également attendu à l’extérieur du magasin et ont dû aussi se désinfecter les mains en entrant», a cité en exemple la pharmacienne.

Selon Simon Campagna, pharmacien propriétaire de l’établissement Brunet de Bromont, les écarts de conduite de clients demeurent des cas isolés.

Déception et inquiétude

Le pharmacien Jean Provost, copropriétaire de la succursale Jean Coutu aux Halles de Granby, a concédé que la clientèle a «la mèche plus courte» depuis le début de la crise.

«J’ai vu quelques personnes excessives. Mais, comme pharmacien, je suis au service du monde. Ça me déçoit de voir un client qui recule et qui s’en va avant même que j’aie eu le temps d’expliquer le contexte des mesures de santé publique.»

Heureusement, les débordements demeurent des «cas isolés». «Les gens sont tannés du confinement. Mais la majorité se prête aux procédures et les accepte», a confié M. Provost.

«Je sens surtout de la déception, de l’inquiétude. Comme professionnel, il faut se mettre dans la peau des gens et essayer de désamorcer certains comportements», a-t-il dit.

Selon Carole Khalil, les messages de la santé publique ne sont pas tous bien assimilés dans la population. «Malheureusement, nous constatons que les clients qui se retrouvent en pharmacie sont encore trop souvent ceux qui sont vulnérables et qui devraient rester à la maison, selon la Santé publique, et tirer avantage de notre service de livraison. Nous devons poursuivre notre mission de convaincre les gens que le confinement est important pour leur santé et celle des autres.»

Bien qu’aucun fâcheux incident n’ait été recensé dans sa pharmacie depuis que le coronavirus paralyse le Québec, Simon Campagna, propriétaire de la succursale Brunet de Bromont, a constaté que les relations avec le public sont plus tendues.

«Le niveau de stress est plus élevé pour tout le monde, incluant les professionnels de la santé et les employés. Même chose pour nos clients. Mais en général, il n’y a pas trop de débordements.»