Pendant plus d'une heure et demie, le personnel de l'école du Bois Joli a sillonné de nombreuses rues du secteur de l'Aéroport mercredi.
Pendant plus d'une heure et demie, le personnel de l'école du Bois Joli a sillonné de nombreuses rues du secteur de l'Aéroport mercredi.

Défiler dans les rues pour dire «on pense à vous» aux élèves [VIDÉO]

«On ne vous oublie pas, on pense à vous»: voilà le message qu'une trentaine d'enseignants et autres employés d'une école primaire de Gatineau ont voulu lancer à leurs élèves mercredi en défilant avec leurs voitures décorées dans les rues du quartier avoisinant. Distanciation sociale oblige, les klaxons et les signes de la main ont remplacé les accolades.

Pendant plus d'une heure et demie, le personnel de l'école du Bois Joli a sillonné de nombreuses rues du secteur de l'Aéroport, telles que l'avenue du Cheval-Blanc, la montée Dalton, le boulevard Saint-René Est ainsi que les rues de la Frégate et des Percherons.

L'instigatrice de l'activité, l'enseignante en musique Justine Constant, s'est inspirée d'une parade de ce type qui a eu lieu la semaine dernière à Price, un petit village du Bas St-Laurent.

«Nous nous sommes dit que ce serait plaisant pour nous élèves, que ce serait une bonne façon de les voir. J'ai envoyé un petit message à mes collègues, qui ont tous embarqué. Ça n'a pas été difficile de les convaincre», affirme la principale intéressée.

L'enseignante ne cache pas que les dernières semaines, avec la situation historique qui affecte la province, ont été «difficiles».

«On s'ennuie de nos élèves, ils nous manquent beaucoup. C'est un peu ça qu'on veut leur montrer aujourd'hui, que ce n'est pas parce qu'on est à la maison qu'on ne fait rien. On pense à eux tous les jours. On veut les encourager à ne pas abandonner», lance-t-elle.

Avec le beau temps, des centaines d'enfants et de parents sont sortis pour saluer le personnel scolaire.

Mme Constant a réussi à orchestrer cette activité en l'espace de 72 heures avec l'aide de la directrice de l'école, Annick Massie. Il aura entre autres fallu obtenir le feu vert des autorités municipales et policières.

Évidemment, en raison de la pandémie de COVID-19, les consignes sanitaires ont été suivies à la lettre. Ça impliquait donc que les enfants apercevaient leurs enseignants sans pouvoir s'en approcher, un exercice qui a fait un pincement au cœur.

Lors du passage du Droit, certains avaient d'ailleurs la larme à l'oeil, alors que le confinement se prolonge dans les maisonnées et que les classes ne reprendront pas avant le début mai, voire plus tard.

«Ça nous fait de la peine, on aimerait les prendre dans nos bras, mais étant donné la situation actuelle, on va faire des bisous à distance», ajoute l'enseignante gatinoise, qui se dit «un peu sceptique» face à un retour à l'école dans cinq semaines.


« On vous aime [les élèves], on pense à vous tous les jours, ce ne sont pas des mensonges, c'est vrai. »
Justine Constant

Vaut mieux y aller un jour à la fois, clame-t-elle.

«La beauté de la technologie, c'est qu'on a quand même des contacts avec eux, mais ce ne sera jamais pareil que d'être présent physiquement. […] On tient bon, on est là. On vous aime, on pense à vous tous les jours, ce ne sont pas des mensonges, c'est vrai», s'est exclamée Mme Constant.

La directrice Annick Massie affirme avoir «embarqué à 100 milles à l'heure» lorsqu'on lui a proposé un tel défilé de réconfort.

«C'est difficile de travailler à distance. Quand on est dans le milieu de l'éducation, c'est souvent pour avoir des contacts rapprochés avec l'humain, autant le personnel que les élèves, alors le télétravail ce n'est pas ce qu'il y a de plus agréable. […] On veut leur dire de garder leur courage et leur motivation, mais surtout de prendre soin d'eux, de profiter de ces moments de rapprochements en famille. Nous, on les attend avec fébrilité. J'ose espérer qu'on puisse les revoir avant la fin de l'année scolaire au moins pour fermer cette boucle-là», note-t-elle.

Avec le beau temps, des centaines d'enfants et de parents sont sortis pour saluer le personnel scolaire.

«Ce qui me manque le plus, ce sont mes amis», s'est exclamé Antoine, 9 ans, rencontré en bordure de la rue.

Les enseignants et enseignantes ont notamment défilé sur l'avenue du Cheval-Blanc, la montée Dalton, le boulevard Saint-René Est ainsi que les rues de la Frégate et des Percherons.

C'est l'inverse pour son petit frère Nathan, 6 ans, qui dit avoir beaucoup de plaisir à jouer aux Lego et à faire du vélo.

Leur maman, Patricia Gougeon, s'est dite touchée par le geste des enseignants.

«C'est une super belle initiative. Ça vient mettre un sourire sur nos lèvres aujourd'hui, c'est beau qu'ils aient pris le temps de décorer leurs voitures et de dire bonjour aux enfants», dit-elle.

Xavier, 10 ans, considère quant à lui «très gentille» l'action posée par le personnel de l'école.

«C'est gentil de leur part de leur donner un soleil dans leur journée», s'ajouter sa mère, Sophie Turgeon.

Activités déconseillées

Deux commissions scolaires ont toutefois déconseillé plus tard en journée la tenue de tels défilés.

«Bien que la CSCV (Commission scolaire au Coeur-des-Vallées) soit sensible et comprenne l’objectif visé, elle ne cautionne pas le moyen pour y arriver. En fait, la CSCV déconseille fortement la tenue d’une telle initiative», a fait savoir la direction de la commission scolaire dans les médias sociaux.

«Une telle parade ne peut évidemment pas passer devant la résidence de chacun des élèves, ce qui aura inévitablement pour effet de favoriser les déplacements et le regroupement de personnes, ce qui est exactement ce qu’il faut éviter actuellement», a ajouté la direction de la CSCV.

Après avoir félicité l'initiative plus tôt en journée, la Commission scolaire des Draveurs (CSD) a indiqué en soirée qu’elle suspendait toutes les activités qui pourraient encourager un rassemblement quelconque, comme un défilé dans les quartiers pour saluer les élèves.

«Nous sommes conscients que ce genre d’activité peut servir d’encouragement, mais nous devons nous montrer cohérents avec la directive du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur», a fait valoir la CSD.

Avec Charles-Antoine Gagnon, Le Droit