À 14h, mardi, des centaines de personnes faisaient le pied de grue depuis des heures dans la file d’attente qui ceinturait le bâtiment abritant le centre de dépistage.
À 14h, mardi, des centaines de personnes faisaient le pied de grue depuis des heures dans la file d’attente qui ceinturait le bâtiment abritant le centre de dépistage.

Débordement au centre de dépistage de Bromont: «C’est l’enfer»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
On assiste à un véritable effet d’entonnoir au centre de dépistage de Bromont, le seul dans la région depuis la fermeture de ceux de Granby et Cowansville. Des centaines de personnes, de toutes les tranches d’âges, ont fait le pied de grue pendant des heures, mardi, espérant passer un test à la clinique aménagée au 50, rue de Gaspé.

Monique Larocque et Jacques Letendre ont mis leur patience à l’épreuve durant plus de trois heures dans l’interminable file d’attente qui ceinturait le long bâtiment. «C’est l’enfer!», a lancé la résidante de Cowansville.

«C’est une façon de décourager les gens de se présenter dans les centres de dépistage. C’est évident qu’il en manque dans la région et que les heures d’ouverture ne sont pas suffisantes», a renchéri son conjoint, qui souhaitait passer le test parce qu’il a développé certains symptômes s’apparentant à la COVID-19.

Rappelons que les centres de dépistage de Granby, établi au Cégep, et celui de Cowansville, ont été fermés en juillet puisque les locaux occupés n’étaient plus disponibles. Les services ont alors été rassemblés à Bromont. Selon nos sources, mardi à 14h15, 215 personnes s’étaient présentées pour passer un test à Bromont depuis l’ouverture du centre temporaire, à 11h, tandis que la fermeture est prévue à 19h. À cela s’ajoutent des centaines d’accompagnateurs, notamment dans le cas d’enfants. Or, la capacité totale quotidienne avoisine 250 tests.

Ginette Meunier s’apprêtait à faire la file lors du passage de La Voix de l’Est. Elle hésitait à tourner les talons. «On est au Québec ici, pas dans un pays sous-développé. On peut faire mieux que ça. Ça n’a juste aucun sens de faire attendre des gens dans une file de près d’un kilomètre, a-t-elle imagé. Mon employeur m’oblige à venir passer un test de dépistage, sinon, je ne peux pas rentrer au travail. Je suis dans une impasse. Les décideurs vont devoir corriger la situation pour augmenter la cadence en ouvrant d’autres centres, ça presse!»

Isolée comme ses collègues en raison d’un cas de COVID-19 au sein du cabinet de son chef, Yves-François Blanchet, la députée bloquiste de la circonscription de Shefford, Andréanne Larouche, faisait également partie des gens attendant devant la clinique à Bromont. Elle a toutefois préféré réserver ses commentaires au sujet de l’affluence au centre de dépistage.

La députée de Shefford, Andréanne Larouche, attendait également dans la file au centre de dépistage de Bromont, mardi.

Écoles et garderies

Plusieurs personnes interrogées mardi dans la file à Bromont provenaient de Granby. C’est le cas de Steve Coulombe, venu pour savoir si son jeune garçon a contracté le coronavirus.

«La garderie de mon fils demande à ce qu’il passe le test. Il a peut-être juste un rhume, mais on ne peut pas prendre de risque. Les parents comme moi ne pourront pas attendre toujours aussi longtemps, a déploré le père de famille, qui patientait alors depuis environ 2h30. C’est évident qu’on devrait rouvrir un centre de dépistage à Granby. La deuxième vague de COVID s’en vient.»

L’annonce de cas positifs de coronavirus chez des élèves fréquentant des écoles de la région avait également une incidence sur l’achalandage au centre de dépistage de Bromont. Francis Dubé attendait pour passer un test, car sa fille étudie à l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc, où des cas de COVID ont été répertoriés. Et il était loin d’être le seul dans cette situation.

Mélanie Coderre a même fait le chemin de Stukely-Sud avec son fils qui étudie au primaire à Eastman. «Mon garçon ne peut pas rentrer à l’école parce qu’il a des symptômes de rhume. Et quand j’ai contacté le centre d’appel pour la COVID, on m’a dirigée vers Bromont. Vraiment, je ne comprends pas pourquoi on m’a envoyé ici. Et là, en plus de la route, je vais attendre des heures. C’est très frustrant.»

«Qu’est-ce que l’on fera lorsque la température sera près du point de congélation ou qu’il pleuvra? Ce n’est pas vrai que des parents, avec de jeunes enfants et des bébés, vont attendre trois à quatre heures ou plus dehors dans des conditions comme ça pour passer un test», a clamé une résidente de Granby qui a préféré garder l’anonymat, venue avec son conjoint ayant des symptômes de COVID-19.

Des citoyens de toutes les tranches d’âges provenant d’un peu partout dans la région ont convergé vers le centre de dépistage de Bromont, mardi.

En attente

En entrevue il y a quelques jours, le président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie, Stéphane Tremblay, a confirmé que l’organisation est ouverte au retour d’une clinique de dépistage de la COVID-19 à Granby. Plusieurs options sont actuellement à l’étude en vue d’une éventuelle seconde vague dans la région.

«Tout est sur la table, a indiqué Stéphane Tremblay. Il n’est pas dans notre esprit actuellement de défaire ce qui a été construit. En même temps, on comprend que des modalités doivent apparaître dans des endroits stratégiques. C’est le cas à Granby. On se doit d’avoir une offre minimale pour la clientèle qui souhaite passer un test, avec symptômes ou non», a indiqué le PDG du CIUSSS de l’Estrie.

En ce qui concerne l’affluence marquée au centre de dépistage de Bromont, le CIUSSS «travaille sur un réaménagement des espaces actuels pour mieux répondre à la demande croissante, distinguer les patients symptomatiques des asymptomatiques et diminuer l’attente à l’extérieur lors de mauvaises conditions météorologiques, tout en respectant la distanciation physique obligatoire», a indiqué par courriel Julie Constantineau, du département des communications.

«Ces modifications sont en voie de se réaliser», a-t-elle également précisé.