Originaire de la République centrafricaine, Jean Mbaikoru est arrivé au Québec le 4 mars dernier, tout juste avant que la pandémie ne frappe la province de plein fouet.
Originaire de la République centrafricaine, Jean Mbaikoru est arrivé au Québec le 4 mars dernier, tout juste avant que la pandémie ne frappe la province de plein fouet.

De mauvais souvenirs qui refont surface

Après un très long exil au Cameroun, Jean Mbaikoru et sa famille sont arrivés au Canada le 4 mars dernier, loin de se douter qu’à peine dix jours plus tard, le monde tel qu’on le connaissait allait être mis sur pause.

« Être parti quelques jours plus tard, tout aurait été bloqué », relate ce ressortissant de la République centrafricaine, qu’il a quittée en 2005 en raison de la guerre civile qui y avait cours et de la répression qui sévit encore aujourd’hui.

« Nos maisons ont été brûlées, nos femmes étaient violées et nos vies étaient menacées, se souvient-il avec émotion. Pour survivre, on n’a pas eu le choix de quitter le pays en catastrophe avec presque rien. »

Avec sa famille, M. Mbaikoru s’est enfui au Cameroun, le pays voisin par l’ouest. Il lui a fallu plusieurs années pour obtenir son statut de réfugié.

Ce n’est qu’en mars 2018 qu’il a eu la confirmation que les démarches pour quitter l’Afrique s’étaient mises en branle.

Deux ans jour pour jour après, l’homme, sa femme, une de leurs filles et leur petit-fils sont montés à bord d’un avion qui leur a d’abord fait faire escale à l’aéroport français Charles-De-Gaulle.

Le 5 mars, les Mbaikoru sont débarqués à Granby où un appartement les attendait sur la rue Simonds Sud.

L’autre fille du couple, enceinte de son troisième enfant, n’a pas pu suivre les siens étant donné l’état avancé de sa grossesse et les risques liés au voyage. Elle finira par venir les rejoindre, mais M. Mbaikorou ignore quand. « On est au courant de rien », déplore-t-il, attendant le jour où les autorités donneront la permission à sa fille d’immigrer au Canada.

Isolement forcé

L’arrivée au Québec et l’adaptation de sa famille à sa nouvelle vie se déroulent « tant bien que mal », raconte le réfugié.

« On a été très bien reçus, on a été rapidement logés et on s’est bien occupés de nous, reconnaît M. Mbaikoru. On est arrivés en parfaite santé avant que la situation ne s’aggrave. »

Le confinement, imposé simultanément avec l’arrivée de sa famille au Québec, a également ralenti son intégration au sein de la communauté. « Heureusement qu’on connaît certaines personnes qui étaient arrivées ici quelques années avant nous, relativise M. Mbaikoru. À défaut de pouvoir aller les voir, on peut au moins prendre des nouvelles par téléphone. »


« De devoir rester caché dans la maison, ça m’a rappelé chez moi, quand on devait se cacher des cavaliers et des rebelles, ou bien des lions dans la brousse. »
Jean Mbaikoru

Malgré tout, cet isolement forcé a ravivé de douloureux souvenirs de la guérilla dans son pays d’origine.

« De devoir rester caché dans la maison, ça m’a rappelé chez moi, quand on devait se cacher des cavaliers et des rebelles, ou bien des lions dans la brousse », relate celui qui n’ose toujours pas sortir de chez lui. Asthmatique, l’homme de 63 ans craint de vivre des complications s’il contractait la COVID-19.

Un effort collectif réconfortant

La réaction du Québec face à la maladie emplit toutefois le réfugié de joie.

« Ça m’a grandement ému de constater que presque tout le monde respecte les consignes de sécurité, que les gens sont conscients des dangers. Ça permet d’éviter le pire », dit-il.

Un effort collectif qui serait difficile à imiter dans son pays d’origine. « Chez moi, il y a un désordre qui s’est installé. Les régions sont gouvernées par des rebelles et là-bas, la santé publique est pratiquement inexistante, raconte-t-il. Les hôpitaux ont été saccagés, il n’y a presque pas de matériel médical. Sans infirmiers, les gens se soignent avec des méthodes indigènes. »

La situation actuelle lui fait réaliser la chance qu’il a eue d’arriver au Québec tout juste avant que la pandémie ne frappe la province de plein fouet. « Je suis très heureux d’être arrivé à Granby au bon moment. Quand je regarde ce qui s’est passé, je pense à Dieu qui m’a beaucoup aidé », affirme Jean Mbaikoru.