Une trentaine d’Estriens sont en attente d’un organe.
Une trentaine d’Estriens sont en attente d’un organe.

Creux historiques pour le don d’organes : 800 personnes en attente

La transplantation d’organes a repris dans les blocs opératoires du Québec depuis la fin mai, mais la situation est encore bien loin de la normale. Le destin de 800 patients, dont 21 enfants, dépend encore des futurs donneurs d’organes et de la possibilité de réaliser des transplantations au Québec.

En Estrie, 31 personnes étaient en attente d’un organe le 31 décembre, dont 25 pour un rein.

Les chirurgies de transplantation ont repris vers la fin mai au Québec après avoir connu un creux historique en avril, en plein cœur de la pandémie. Toutefois, les donneurs se font toujours plus rares qu’à l’habitude.

« Pour bien comprendre le phénomène, nous avons comparé nos statistiques de cette année par rapport à l’an passé. Du 12 mars au 30 juin, on constate une diminution de 50 % du nombre de donneurs d’organes et de 60 % des transplantations », mentionne Louis Beaulieu, directeur général de Transplant Québec.

Le nombre de personnes décédées pendant qu’elles étaient sur une liste d’attente est cependant resté stable.

Ce creux historique durant la pandémie s’explique de plusieurs façons.

Parlons d’abord des craintes des receveurs potentiels. Quand la première vague de la pandémie a déferlé sur le Québec en mars et avril, la COVID-19 était bien moins comprise qu’aujourd’hui.

« À ce moment-là, les chirurgiens transplanteurs jugeaient que les risques de transmettre la maladie aux receveurs étaient trop grands, considérant que les personnes en attente d’un organe sont souvent très malades et qu’en plus, on doit leur donner des immunosuppresseurs en grande quantité à la suite de la greffe », mentionne-t-il.

Reprise

Mais les choses ont évolué, les hôpitaux se sont réorganisés, les « zones froides » ont été sécurisées… Et les activités chirurgicales ont repris à bon rythme.

« Encore récemment, on nous a rapporté le cas d’un patient qui a été appelé pour subir sa transplantation parce qu’un organe était disponible, et cette personne a refusé le don parce qu’elle avait peur de se rendre à l’hôpital. Si un chirurgien propose la transplantation à un patient, c’est que le chirurgien juge que la situation est sécuritaire », mentionne M. Beaulieu.

Du côté des donneurs potentiels, là aussi plusieurs raisons en expliquent la diminution : moins de traumatismes (décès à la suite d’accidents de la route, d’accidents de travail…), un immense branle-bas dans les hôpitaux, moins de patients souffrant d’AVC (pour des raisons inexpliquées), et l’accès aux proches a été rendu beaucoup plus difficile à cause des restrictions de visites dans les hôpitaux…

La première vague maintenant terminée, les activités reprennent lentement.

Et Transplant Québec en appelle de nouveau à la générosité des familles qui auront à traverser l’épreuve de la perte subite d’un être cher afin qu’elles soutiennent activement le don.

« Il faut rappeler l’importance que chacun fasse connaître ses volontés à ses proches et les consigne par écrit dans l’un des registres du Québec. Quand les gens ont parlé à leurs proches que la possibilité de sauver huit vies était importante à leurs yeux, cela aide beaucoup à la concrétisation du don », insiste M. Beaulieu.

Rappelons qu’à peine 1 % des personnes décédant en centre hospitalier deviennent des donneurs d’organes. Les principales causes de décès permettant le don d’organes sont l’accident vasculaire cérébral (AVC), le traumatisme crânien et l’anoxie (par exemple la noyade).

Il existe trois formes d’expression du consentement au don d’organes et de tissus au Québec, soit l’inscription au Registre des consentements au don d’organes et de tissus de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), la signature de l’autocollant au dos de la carte d’assurance maladie et l’inscription au Registre des consentements au don d’organes et de tissus de la Chambre des notaires du Québec.