Karl-Emmanuel Picard pense à créer une campagne de sociofinancement pour toutes les personnes qui subissent des pertes, pas juste L’Anti. Employés, artistes, salles, fournisseurs... C’est un effet domino.

COVID-19: un autre coup pour le milieu culturel

Un autre coup dur pour le milieu culturel : la fermeture de toutes les salles de spectacles pour trente jours. Le casse-tête et la gestion de crise se poursuivent. Le président des productions District 7, Karl-Emmanuel Picard, songe au sociofinancement.

Depuis deux jours, le téléphone n’arrête pas de sonner. Des factures ne seront pas signées, les employés posent des questions (difficiles de leur donner une réponse, d’ailleurs), les artistes annulent ou reportent. 

«Les groupes ont volontairement choisi d’annuler ou de reporter, j’ai aussi un DJ de la France qui reporte sa tournée. On attendait le groupe métal Voivod samedi, on travaillait sur le projet depuis 5 ans. Vendredi j’ai remboursé environ 15 000 $ de billets. On va faire les démarches pour que les employés se mettent sur le chômage», raconte Karl-Emmanuel Picard, copropriétaire de L’Anti Bar & Spectacles et président des productions District 7.

Le dernier coup à encaisser est la récente décision du ministère de la Culture, il demande la fermeture de toutes les salles de spectacles pour trente jours. Ce coup-là, il fait mal.

«Ça fesse, tout le monde est un peu dans le trouble. Les gens comprennent la situation et vont garder leur billet. Les revenus vont se reporter dans le temps, mais si on n’avait pas reporté ces spectacles-là, on en aurait eu d’autres. Ça retarde beaucoup de trucs dans le milieu culturel, c’est assez intense. Et chaque jour la situation évolue, en France, tous les bars et les restaurants ferment... est-ce qu’on va se rendre là demain? On ne le sait pas.»

Karl-Emmanuel pense à créer une campagne de sociofinancement pour toutes les personnes qui subissent des pertes, pas juste L’Anti. Employés, artistes, salles, fournisseurs... C’est un effet domino. 

«Je pense à tout ça. Les gens ont l’air à dire que c’est une bonne idée. Mais présentement, ce n’est pas juste nous qui sommes dans le trouble. Les restaurateurs aussi, mon père est traiteur et les buffets sont annulés. C’est du jamais vu, cette situation-là», répète le producteur.

Nathalie Roy veut aider

«À court terme, les programmes existants du ministère de la Culture et des Communications de même que de ses sociétés d’État permettront de pallier la situation. De plus, à moyen et long termes, des mesures additionnelles pourraient être mises en place au besoin», dit le ministère dans un communiqué diffusé samedi. 

«Consciente des conséquences qu’entraîne l’opération de prévention qui est présentement déployée, je travaille activement avec mes collègues et mes sociétés d’État à limiter les incidences financières pour le milieu culturel afin de le soutenir. Notre grande priorité doit être la santé de tous», ajoute la ministre Nathalie Roy.

Vendredi, la présidente de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent, disait aussi que tous les contrats signés par les artistes affectés par les mesures d’urgence seraient honorés.

Même s’il s’agit d’une bonne nouvelle, difficile d’être complètement rassurés, se désole Karl-Emmanuel Picard. «Elle parle d’aide, mais j’espère que l’aide va être conséquente et qu’elle va arriver vite. Même si on a de l’aide du gouvernement, ça peut prendre des semaines, des mois voire des années avant que ça rentre.» 

«C’est pour ça le sociofinancement, il y a des gens qui doivent manger», ajoute-t-il.

Karl-Emmanuel ne reçoit pas personnellement de nouvelles des autorités, ni de consignes. Tout ce qu’il sait, il l’a appris dans les médias. «Ni la ville ou la ministre vient vers nous. Juste nous dire en privé que ça va bien aller... ça aiderait.»

Un petit sentiment de confusion ne le quitte pas depuis l’annonce de la fermeture des salles de spectacles... «Le IKEA était bondé de monde samedi, les cinémas peuvent rester ouverts... Mais les salles de spectacles sont toutes fermées? On essaie de s’entraider entre salles de spectacles, on a une volonté de se rassembler. Si on se met ensemble, on va avoir une plus grande portée de parole. » 

Revenir plus fort

Le milieu culturel était déjà «fragile», rappelle Karl-Emmanuel Picard. Notamment, les demandes d’investissements se faisaient grandissantes et le discours de l’aide aux artistes québécois a été martelé à plusieurs reprises dans les derniers mois. Le budget de la ministre Roy présenté mardi dernier avait d’ailleurs été bien reçu dans l’industrie, des augmentations de plusieurs millions de dollars ont été saluées.

«Peut-être que ce qui se passe présentement va donner un coup positif quand ça va renaître. Il n’y aura pas de spectacles pendant un mois... Les gens vont voir que c’est essentiel et vont vouloir revenir à notre réouverture», espère le producteur. 

Les théâtres La Bordée et Périscope tiendront des conseils d’administration lundi matin afin de démêler tout ce qui vient de se passer, et de cibler l’ampleur des impacts négatifs. Ils ne pouvaient en dire plus samedi.