La Banque de développement du Canada exige que les entreprises doivent être rentables au cours des 17 derniers mois afin de pouvoir bénéficier d’un prêt en vertu du Programme de garantie et de prêts pour les petites et moyennes entreprises du gouvernement canadien.
La Banque de développement du Canada exige que les entreprises doivent être rentables au cours des 17 derniers mois afin de pouvoir bénéficier d’un prêt en vertu du Programme de garantie et de prêts pour les petites et moyennes entreprises du gouvernement canadien.

COVID-19: pas de prêt pour les PME non rentables dans les 17 derniers mois

Un entrepreneur de Québec s’est vu refuser l’accès au programme lancé par le gouvernement Trudeau pour venir en aide aux PME touchées par l’arrêt de leurs opérations en raison de la crise du COVID-19 parce que sa dernière année financière s’est terminée dans le rouge. Ses opérations se retrouvent tellement fragilisées qu’il craint maintenant de devoir déclarer faillite.

L’homme d’affaires, qui préfère garder l’anonymat pour l’instant, dirige depuis 13 ans une PME qui emploie 150 travailleurs. Après 12 années profitables, il a connu l’an dernier une année difficile et son entreprise a été transférée aux comptes spéciaux chez son prêteur, Desjardins.

L’entreprise a aussi reçu un prêt de la Banque de développement du Canada (BDC) pour construire un bâtiment et le transfert de son compte aux comptes spéciaux chez Desjardins a amené automatiquement la même opération à la BDC.

«Après cette mauvaise année, on a mis en place un plan de redressement et ça allait mieux, du moins jusqu’en février, avant la crise», raconte-t-il au Soleil.

Nouveau coup dur

Évidemment, l’arrêt des opérations de l’entreprise en raison de l’épidémie de la COVID-19 a placé de nouveau l’entrepreneur et son associé dans une situation difficile.

Il était donc bien heureux d’apprendre le lancement cette semaine du Programme de garantie et de prêts pour les petites et moyennes entreprises du gouvernement canadien.

Ce programme doit permettre d’accorder jusqu’à 40 milliards $ sous forme de prêts garantis, financés par Exportation et développement Canada et la Banque de développement du Canada, aux petites entreprises qui se tournent vers leurs institutions financières pour les aider à faire face aux répercussions de la COVID-19.

La mesure a été mise en place afin d’aider les petites et moyennes entreprises qui ont besoin d’une aide supplémentaire pour maintenir leur flux de trésorerie d’exploitation en ces temps difficiles.

Pas admissible

Mais voilà, l’homme d’affaires de Québec a appris que toutes les entreprises frappées par la COVID-19 n’étaient pas égales dans ce programme. «On m’a dit que les entreprises qui n’avaient pas été rentables au cours des 17 derniers mois n’étaient pas admissibles! Même si mon entreprise a auparavant toujours été rentable depuis sa création!» déplore-t-il.

Le Soleil était en compagnie de l’entrepreneur lorsque celui-ci a téléphoné à Marguerite Pelletier, spécialiste d’entreprise de la Banque de développement du Canada, pour avoir des explications quant à la décision de déclarer son entreprise inadmissible au programme.

«Les critères de BDC pour qu’une entreprise puisse être admissible à l’aide gouvernementale, c’est que l’entreprise devait être rentable avant la situation avec le COVID-19. Dans votre cas, vous n’êtes pas admissible. Pour l’instant, c’est la position que la Banque a prise, mais la situation change rapidement», a-t-elle expliqué.

L’entrepreneur a plaidé que son entreprise avait toujours été rentable, sauf l’année dernière, et qu’il avait mis en place un plan de redressement. «C’est parce que votre entreprise avait déjà des difficultés avant. Malheureusement, c’est la directive que l’on a. Compte tenu des résultats finaux que vous avez eus, présentement, on ne peut pas», a rétorqué la spécialiste d’entreprise de la BDC.

«Contactez votre député»

Mme Pelletier a ajouté que la directive émanait de la direction de la Banque et que les entreprises devaient avoir été rentables au cours des 17 derniers mois afin de pouvoir bénéficier d’un prêt.

«Vous pouvez toujours tenter de contacter votre député, mais présentement c’est la directive que l’on a», a-t-elle conclu.

L’homme d’affaires n’est évidemment pas satisfait de la réponse reçue. «C’est comme s’il y avait deux catégories de citoyens à la BDC. Je dirais même que c’est un peu discriminatoire. J’étais en train de m’en sortir, ce n’est pas ma faute s’il y a eu cette épidémie et que le gouvernement a fermé les entreprises!» déclare-t-il en entrevue avec Le Soleil.

L’entrepreneur espère que la directive sera modifiée. «Bien sincèrement, si je ne peux obtenir un prêt de fonds de roulement pour faire face à la crise, je ne suis pas certain que je serai capable de m’en sortir», laisse-t-il tomber en terminant.