Particulièrement fragilisés par la pandémie qui ravage l’économie mondiale, les pays les plus pauvres ont eux appris mercredi que le G20 suspendait immédiatement, et pour une durée d’un an, le remboursement de leur dette.
Particulièrement fragilisés par la pandémie qui ravage l’économie mondiale, les pays les plus pauvres ont eux appris mercredi que le G20 suspendait immédiatement, et pour une durée d’un an, le remboursement de leur dette.

COVID-19: moratoire pour les pays les plus pauvres, Trump annonce «un grand jour»  [PHOTOS]

GENÈVE — Pour aider les pays les plus pauvres frappés par la pandémie du coronavirus, les dirigeants du G20 ont pris mercredi la décision «historique» de suspendre pour un an le remboursement de leur dette. Donald Trump a quant à lui promis de livrer jeudi sa feuille de route pour le redémarrage progressif de l’économie américaine, mise à terre par le coronavirus, et affirmé que les États-Unis, pays le plus touché au monde par la pandémie, voyaient des signes tangibles de son ralentissement.

Avant lui mercredi, la chancelière allemande Angela Merkel a elle aussi annoncé des mesures d’assouplissement du confinement auquel les Allemands sont soumis, comme plus de la moitié de l’humanité.

«La bataille continue mais les données suggèrent qu’à travers le pays, nous avons passé le pic des nouveaux cas», a déclaré le président américain lors de sa conférence de presse quotidienne.

Son pays a toutefois enregistré un nouveau record morbide mercredi : 2569 personnes sont mortes en 24 heures, le plus lourd bilan journalier recensé par un pays, selon le comptage de référence de l'université Johns Hopkins.

«Demain sera un très grand jour», avait-t-il lancé plus tôt depuis les jardins de la Maison-Blanche, promettant pour jeudi les détails de cette «réouverture de l’économie».

«Nous allons rouvrir des États, certains États beaucoup plus tôt que d’autres. Certains États pourraient en fait ouvrir avant l’échéance du 1er mai», a-t-il assuré.

Avec près de 17 millions de nouveaux chômeurs en trois semaines, l’économie américaine voit s’accumuler les chiffres vertigineux et les annonces d’entreprises révélant l’ampleur du désastre.

Le Fonds monétaire international (FMI) a comparé les effets de ce «Grand confinement» à ceux de la Grande dépression de 1929.

Pour aider les pays les plus pauvres frappés par la pandémie, les dirigeants du G20 ont pris mercredi la décision «historique» de suspendre pour un an le remboursement de leur dette.

Tensions

La crise de la COVID-19 continue toutefois d’endeuiller la planète et d’accentuer les tensions diplomatiques, comme avec la décision du président américain Donald Trump de couper les vivres à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais certains pays, encouragés par des indices de bon augure, dont le ralentissement des admissions en soins intensifs, ont commencé à présenter leurs plans de déconfinement.

Berlin a ainsi annoncé la réouverture prochaine des magasins et, à partir du 4 mai, des écoles et lycées. Les grands rassemblements resteront interdits au moins jusqu’au 31 août, car le «succès d’étape» de l’Allemagne contre la COVID-19 reste «fragile», a mis en garde la chancelière Angela Merkel.

Particulièrement fragilisés par la pandémie qui ravage l’économie mondiale, les pays les plus pauvres ont eux appris mercredi que le G20 suspendait immédiatement, et pour une durée d’un an, le remboursement de leur dette.

«Nous avons eu un engagement clair, par le biais des organisations internationales, le FMI et la Banque mondiale», a déclaré le ministre saoudien des Finances, Mohammed al-Jadaan, à l’issue d’une réunion en visioconférence du club des vingt pays les plus riches du monde.

L’Allemagne a immédiatement salué un «acte de solidarité internationale de portée historique».

Et Paris a vu une «avancée historique» dans cette décision «qui libère 14 milliards de dollars de la part des créanciers bilatéraux publics» et donne, selon son ministre de l’Économie, à ces pays des «marges de manœuvre pour rapidement répondre à la crise».

Des sans-abris mangent un repas frais à Berlin, en Allemagne.

Appel Washington/Pékin 

Cette décision multilatérale, face à une pandémie qui affecte tous les pays et frappe toutes les économies, tranche avec celle prise par Washington de suspendre le versement de la cotisation américaine à l’OMS.

Donald Trump accuse l’organisation de «mauvaise gestion» de cette pandémie partie de Chine fin 2019 et d’alignement excessif sur les positions chinoises.

«Nous regrettons la décision du président des États-Unis», a réagi mercredi le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, tandis que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a estimé que ce n’était «pas le moment de réduire le financement» des organisations combattant la pandémie.

De l’Union européenne à la Chine en passant par la France et l’Union africaine, de nombreux pays et organisations ont aussi fustigé cette initiative de Washington, premier bailleur de l’OMS avec plus de 400 millions de dollars par an.

«Nous devons travailler en étroite collaboration contre la COVID-19. Un des meilleurs investissements est de renforcer les Nations unies, en particulier l’OMS», a souligné le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

La Russie a dénoncé «l’approche très égoïste» des États-Unis et l’Iran a vu dans cette décision la preuve que Washington «tue des gens».

D’après Washington, les États-Unis et la Chine se sont pourtant engagés mercredi à coopérer pour combattre le nouveau coronavirus, lors d’un entretien téléphonique entre le plus haut responsable du Parti communiste chinois pour la politique étrangère, Yang Jiechi, et le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

«Nous regrettons la décision du président des États-Unis», a réagi mercredi le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, tandis que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a estimé que ce n’était «pas le moment de réduire le financement» des organisations combattant la pandémie.

Assouplissement

Dans des pays d’Europe, face à un ralentissement de la progression de la pandémie, l’assouplissement des mesures de confinement s’est poursuivi, avec des précautions.

Au Danemark, près de la moitié des écoliers, petits drapeaux à la main, ont été invités à regagner leurs établissements après un mois de fermeture.

«Nous devons retourner à la vie quotidienne», s’est félicitée Caroline, une mère de deux enfants à Copenhague. Les classes ont été aménagées pour offrir une distance de deux mètres entre les tables.

L’Autriche a rouvert mardi ses petits commerces non essentiels.

La Commission européenne, qui a présenté mercredi sa feuille de route en la matière, insiste cependant sur la nécessité d’une «action coordonnée», pointant à défaut le risque d’»effets négatifs sur tous les Etats membres».

Les Coréens du Sud se sont eux rendus nombreux aux urnes mercredi pour les législatives. Un signe de résilience dans ce pays qui fut l’un des premiers frappés après la Chine, mais qui a su contenir la pandémie grâce à un dépistage massif.

Un patient atteint du coronavirus est transporté à l'hôpital dans le quartier Brooklyn, à New York.
Après être rentré plus tôt que prévu à son port d’attache de Toulon, le porte-avions français Charles de Gaulle a testé son équipage : un tiers de ses marins étaient infectés par le virus. Et ce bilan n’est que très provisoire.

Les États-Unis, principal foyer

Malgré le confinement de plus de la moitié de l’humanité et une baisse de la pression hospitalière dans la plupart des pays d’Europe, la pandémie continue de tuer massivement et engendre une incertitude économique «considérable», selon le Fonds monétaire international (FMI).

Plus de 130 000 morts ont été dénombrés à travers la planète et les États-Unis sont devenus le principal foyer de la COVID-19. Le pays a recensé plus de 27 000 décès.

En France (plus de 17 000 morts), le nombre d’hospitalisations a été enregistré à la baisse mercredi pour la première fois depuis le début de l’épidémie.

Après être rentré plus tôt que prévu à son port d’attache de Toulon, le porte-avions français Charles de Gaulle a testé son équipage : un tiers de ses marins étaient infectés par le virus. Et ce bilan n’est que très provisoire.

Alors que la crise menace de se poursuivre pendant des mois, voire des années, le FMI s’est efforcé de chiffrer ses conséquences économiques, qu’il a déjà comparées à celles de la crise de 1929. Pour l’heure, l’institution table sur une contraction de 3 % du PIB mondial cette année.

La Maison-Blanche a indiqué que Donald Trump et les autres dirigeants du G7 des pays les plus industrialisés discuteraient jeudi par visioconférence d’une coordination internationale de la lutte contre le virus.