Lundi en conférence de presse, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a expliqué que la décision de reporter ou d'annuler un traitement, comme une mastectomie par exemple, n'était pas prise à la légère.
Lundi en conférence de presse, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a expliqué que la décision de reporter ou d'annuler un traitement, comme une mastectomie par exemple, n'était pas prise à la légère.

COVID-19: le report de traitements contre le cancer sème l'inquiétude

Des Québécois atteints de cancer vivent désormais dans la peur de voir leur maladie progresser durant la crise de COVID-19.

C'est ce qu'a rapporté lundi la Société canadienne du cancer (SCC). Selon elle, plusieurs personnes atteintes d'un cancer sont anxieuses en raison notamment du report ou de l'annulation de leurs traitements.

«Il y a eu des gens qui nous ont mentionné qu'il y avait eu un report de traitement et ces gens-là sont inquiets, sont anxieux», a affirmé en entrevue le porte-parole de la SCC, André Beaulieu.

«Les gens qui sont atteints de cancer en ce moment sont déjà plus anxieux, parce qu'ils sont ciblés. (...) S'ils attrapent la COVID-19, cette maladie-là a des conséquences plus graves pour eux», a-t-il ajouté.

Lundi en conférence de presse, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a expliqué que la décision de reporter ou d'annuler un traitement, comme une mastectomie par exemple, n'était pas prise à la légère.

«C'est un comité scientifique (...) qui prend ces décisions à la lumière d'informations cliniques solides, a-t-elle déclaré. Le Collège des médecins est impliqué, les associations de spécialistes sont impliquées aussi.»

Mme McCann a réitéré qu'il était essentiel pour le moment de libérer des lits d'hôpitaux et du personnel, afin de faire face à la crise de COVID-19.

Elle a assuré que le réseau de la santé ne cherchait pas à mettre les gens atteints de cancer «à risque». «C'est temporaire», a-t-elle insisté.

François Legault se questionne lui aussi

À ses côtés, le premier ministre François Legault a déclaré s'être lui-même posé la question à savoir pourquoi «on n'en fait pas plus» pour les gens atteints de cancer, dans la mesure où les hôpitaux ne sont pas bondés.

Il s'est fait dire que le séjour moyen à l'hôpital après une chirurgie élective était de quatre jours. «Quelle sera la situation dans quatre jours? Bien, c'est pour ça qu'on aime mieux prévenir», a-t-il déclaré.

Lundi, le Québec a connu sa hausse la plus forte depuis le début de la crise, avec 590 nouveaux cas confirmés de COVID-19, pour un total de 3430 personnes contaminées, soit la moitié des cas enregistrés au Canada.

M. Beaulieu dit comprendre que le réseau trie actuellement les cas de cancer selon «une échelle de priorisation». Il prévient cependant qu'«on ne peut pas mettre en pause une maladie comme le cancer».

En vertu de la Politique en cancérologie pour la COVID-19 du ministère de la Santé, certains examens, traitements et chirurgies jugés non urgents sont reportés pour une période indéterminée.

Le dépistage du cancer du sein est arrêté, et les rendez-vous de suivi sur place en radio-oncologie sont annulés.

En ce qui a trait à la chimiothérapie, «une évaluation des bienfaits et des risques doit être faite et partagée avec le patient et la décision de modification de traitement inscrite dans le dossier, le cas échéant».

Liste d'attente?

«Les gens qui sont mis sur la glace, est-ce que c'est toujours des cas qui peuvent attendre?» demande M. Beaulieu, qui assure que la SCC a sensibilisé les différents gouvernements.

En outre, sommes-nous en train de créer une liste d'attente qui sera difficile à gérer après la crise sanitaire?

«Toutes ces personnes-là qu'on aura mises de côté, bien là, il va falloir rapidement les traiter. Le système étant déjà pas mal surchargé, n'oubliez pas que pendant ces semaines de crise, il y a des personnes qui vont continuer à recevoir des diagnostics de cancer. (...) Le cancer n'arrête pas.»

La SCC estime qu'en 2020, il y aura 225 800 nouveaux cas de cancer au Canada, dont 56 600 au Québec.

L'organisme invite les gens à partager leurs expériences sur sa plateforme virtuelle Parlonscancer.ca. Ils peuvent aussi téléphoner au 1 888-939-3333, ou visiter cancer.ca pour des informations sur le cancer et la COVID-19.