Le Dr Mark Aubry (à droite) en compagnie de Tom Renney (à gauche), le grand patron d'Hockey Canada.
Le Dr Mark Aubry (à droite) en compagnie de Tom Renney (à gauche), le grand patron d'Hockey Canada.

COVID-19: le Dr Aubry optimiste, mais patient

Les morts s’accumulent à travers le monde et les mesures de confinement semblent durer depuis une éternité.

Mais à travers toutes les mauvaises nouvelles associées à la pandémie de la COVID-19, le Dr Mark Aubry commence à voir une lumière au bout du tunnel.

Son opinion a de l’importance parce qu’en plus d’opérer sa clinique familiale du secteur Hull de Gatineau et d’être un des médecins des Sénateurs d’Ottawa, il est surtout le médecin en chef de Hockey Canada ainsi que de la Fédération internationale de hockey sur glace.

Il a donc eu son mot à dire quand la FIHG a annulé tous ses championnats de fin de saison, à commencer dès le début mars par l’annonce que le Championnat mondial féminin qui devait avoir lieu à Halifax et Truro, en Nouvelle-Écosse, n’aurait pas lieu. Les autres, dont celui pour les hommes devant avoir lieu en Suisse en passant par la coupe Memorial et autres championnats nationaux au Canada, ont suivi par la suite, dans la foulée de la pause de la LNH qui dure depuis le 12 mars.

« Maintenant, on est dans ce qu’on appelle le “pic” et après, ce sera un plateau. Les choses se stabilisent un peu à travers le Canada. C’est certain que certaines régions sont pires que d’autres. La Colombie-Britannique est en avance sur tout le monde parce que ça a commencé là avant tout le reste du pays. Mais je pense que ça regarde bien, a-t-il confié en entrevue avec Le Droit cette semaine. Si on regarde du côté de l’Outaouais, on est choyé dans le sens qu’on a eu très peu de cas. C’est un peu plus compliqué à Ottawa. Mais on peut s’attendre à ce que dans quelques semaines, on va pouvoir recommencer à vivre un peu. Il y a de l’espoir que de meilleurs jours s’en viennent. »

De là à dire qu’il pourra donner le feu vert à une reprise des activités au sein de Hockey Canada, il y a cependant un grand pas qu’Aubry ne peut malheureusement pas franchir. Il ose espérer que les autorités de la santé publique permettront une ouverture des patinoires à temps pour le début de l’automne prochain, mais il ne veut pas non plus créer de faux espoirs.

« C’est certain que les sports, surtout les sports d’équipe, vont être les derniers à repartir. On parle que le golf pourrait être capable de décoller dans les semaines à venir, en respectant les règles de distanciation sociale établie lors des dernières semaines. Il faudra voir ensuite si, avec ces mesures, le virus se déclare ou si on continue sur la pente descendante. C’est ce qui est à espérer. Il faudra voir ensuite pour des sports d’été (extérieurs) comme le baseball, le soccer et le football », affirme-t-il.

N’entrevoyant pas la possibilité de tenir des camps de perfectionnement et écoles de hockey cet été, Aubry pense qu’il y a deux éléments qui pourraient aider la cause du hockey : « En Europe, ils sont en avance sur nous, donc ils ont déjà recommencé au niveau sportif. En Suède par exemple, les joueurs sont à l’entraînement. Les jeunes sont retournés à l’école dans certains pays. Ça va nous donner des informations à savoir s’il y a une récurrence de la maladie à quelque part. Il y a aussi que chez les jeunes de zéro à 19 ans, donc nos jeunes du hockey mineur, il y a moins de 5 % qui ont été attaqués par le virus, et pour la plupart, la maladie a été très légère... Ça nous donne de l’optimisme pour l’école, et ensuite pour les sports d’équipe », note-t-il.

La patience est de mise, alors que la situation évolue de jour en jour et de semaine en semaine.

Alors que la LNH considère terminer sa saison devant des gradins vides, ça pourrait aussi être une solution à considérer pour le hockey mineur. « Ça pourrait être ça, ou en tout cas il va certes y avoir de la distanciation sociale dans les gradins. Et il va probablement en falloir aussi dans les vestiaires », ajoute-t-il, notant que Hockey Canada va tenir un appel-conférence la semaine prochaine pour commencer à penser à l’après-pandémie.


« C’est certain que les sports, surtout les sports d’équipe, vont être les derniers à repartir. »
Mark Aubry

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LES LEÇONS DE L'INFECTION CHEZ LES SÉNATEURS

Mark Aubry a eu une formation rapide sur la rapide propagation de la COVID-19 quand cinq joueurs des Sénateurs l’ont contractée le mois dernier.

« Ça nous a aidés à comprendre un peu la maladie. C’est sûr et certain que tous nos joueurs étant jeunes et en santé, ils se sont tous rétablis en deux à quatre semaines. On a pu comprendre les symptômes ainsi que la réhabilitation. Mais surtout, on a pu voir à quel point ce virus est contagieux. On a un aperçu de qu’est-ce que c’est, cette maladie. Ça nous donne certainement l’idée qu’il faut tout faire en termes de prévention, et si quelqu’un est malade, il faut certainement l’isoler, même si c’est une grippe, parce que les symptômes se ressemblent », estime ce spécialiste de la médecine sportive et des commotions cérébrales qui a mené une croisade au sein de Hockey Canada et de la FIHG pour enrayer les mises en échec par derrière.

Les cinq joueurs, de même qu’un membre du personnel et le commentateur à la radio Gord Wilson, ont été infectés pendant le dernier voyage de l’équipe en Californie.

Le Dr Aubry et son collègue Don Chow ne peuvent cependant dire avec assurance où le « patient zéro » des Sénateurs pourrait avoir attrapé le coronavirus.

« Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’ils l’ont eu en Californie. Ils sont passés par San Jose alors que la maladie commençait à circuler, c’est une possibilité. Mais depuis, on a entendu parler que le virus était présent dès le mois de janvier. Ce qu’on sait, c’est que le virus était aussi présent à Anaheim et Los Angeles. Pour les joueurs, ils ont commencé à être malades pendant le voyage, c’est pas mal tout ce qu’on sait, a-t-il confié La bonne nouvelle, c’est qu’en étant jeunes et actifs, ils n’ont pas eu des symptômes sévères et les risques qu’il y ait des séquelles permanentes à leurs poumons par exemple sont à peu près de zéro. »

Le Dr Aubry aime la façon dont la LNH a composé avec cette crise sanitaire sans précédent dès le départ, en n’accaparant pas les tests de dépistage de la COVID-19 pour que tous les membres de ses équipes soient testés (seuls ceux qui ont montré des symptômes l’ont été), par exemple.

« Ils ont leurs propres spécialistes qui regardent l’évolution de la maladie, ils attendent que la maladie atteigne sa pente descendante. Ils se réfèrent aux spécialistes quotidiennement. La santé des joueurs est primordiale, rien ne sera fait avant qu’on s’assure qu’ils puissent reprendre l’entraînement, et l’entraînement en équipe en deuxième. Ça n’arrivera que si le risque d’éclosion est minime ou à peu près de zéro. Ça va être de même pour tous les sports, et surtout les sports d’équipe. C’est tout un défi pour la LNH et pour toutes les autres ligues. »