La directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie, Karine Duchaineau.
La directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie, Karine Duchaineau.

COVID-19: Le CIUSSS de l’Estrie coupe dans les soins à domicile

La pandémie actuelle fait en sorte que le CIUSSS de l’Estrie a récemment enclenché une réorganisation de ses effectifs, dans tous les types d’emplois, en prévision du pic de personnes infectées. Les auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS), qui travaillent au domicile d’une clientèle vulnérable, souvent en perte d’autonomie, font partie de ce vaste délestage. Les services jugés essentiels sont toutefois maintenus.

Bien qu’ils se disent conscients de l’importance de la crise sanitaire, certains bénéficiaires de services offerts par les ASSS demeurent perplexes devant la façon dont s’orchestre la restructuration de tâches du personnel.

«On n’a jamais eu autant besoin de services et de soins à domicile qu’en ce moment. Et c’est là qu’on coupe. Où va-t-on envoyer nos anges gardiens dans le réseau de la santé? J’espère [qu’ils] ne resteront pas à la maison à attendre qu’on leur donne de nouvelles tâches», a confié une de ces personnes, préférant que l’on taise son nom et la nature des services à recevoir pour ne pas être identifiée.

La propagation du coronavirus est au coeur de cette réorganisation. «Le délestage vise à éviter le plus possible les contacts pour prévenir la contamination», a indiqué en entrevue à La Voix de l’Est la directrice générale adjointe au CIUSSS de l’Estrie, Karine Duchaineau.

«Il y a une certaine logique dans ça. Il faut limiter les visites dans les maisons. On ne veut pas devenir des vecteurs du virus», a fait valoir une ASSS, qui a commenté sous le couvert de l’anonymat.

À LIRE AUSSI: Les ASSS ont peur de transmettre la maladie à leurs patients

Cette réorganisation du personnel, dans l’ensemble des secteurs d’activité du réseau de la santé, est en branle à la demande de Québec, a-t-elle mentionné.

«On est en préparation accélérée pour transformer certains services pour faire face à la situation de la COVID-19», a-t-elle dit, citant en exemples les besoins accrus d’effectifs dans les centres de dépistage, ainsi que le «pré-triage» à l’urgence.

Soins directs

Du côté des ASSS, on donne des soins directs à la clientèle, notamment pour l’aide au bain, au lever puis au coucher et à l’alimentation. Mme Duchaineau n’était pas en mesure de spécifier à quels types de tâches pourrait être réaffecté le personnel dans ce créneau. Elle a toutefois évoqué une piste.

«On veut permettre d’accueillir plus de gens dans les centres hospitaliers, entre autres à Granby et à Cowansville. On est en train d’ouvrir des lits supplémentaires pour la clientèle qui nécessite des soins de longue durée. Un ASSS pourrait y contribuer.»

La représentante du CIUSSS n’a pas pu donner le nombre d’heures en soutien à domicile coupées jusqu’ici depuis le début de la restructuration, amorcée il y a deux semaines. L’aide à l’hygiène fait partie des services «essentiels» maintenus. Le soutien à l’entretien ménager pourrait cependant être amputé.

«Ça pourrait être plus espacé dans le temps», a noté Mme Duchaineau, précisant que le délestage de services est évalué «cas par cas».

«Flottement»

Le plan de restructuration des tâches pour l’ensemble des effectifs médicaux en Estrie n’est pas encore terminé. Cette vaste réorganisation devrait être mise en branle «graduellement au cours des prochains jours», a fait valoir la directrice générale adjointe.

«Il y a des personnes, que ce soient des ASSS ou d’autres types d’emplois, à Granby, Cowansville ou ailleurs sur notre territoire, qui ont réellement une diminution d’activités par rapport à ce qu’elles faisaient auparavant. [...] On est dans cette période qui, pour certaines personnes, peut amener un sentiment de flottement puisqu’elles ne sont pas réaffectées à de nouvelles fonctions.»

Or, qu’advient-il des ASSS qui donnent moins de services à domicile, mais à qui l’on n’a pas encore attribué de nouvelles tâches dans le réseau? Mme Duchaineau a en partie esquivé la question. «À ma connaissance, on n’a pas de ASSS à la maison qui ne travaillent pas. [...] Les gens qui ont un poste, ça ne change pas leur rémunération.»

Le conseiller au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Éric Bergeron, qui représente plus de 4000 employés du CIUSSS, s’est dit «très préoccupé» par ce «flottement».

«On a peut-être coupé des services alors que des [employés] sont chez eux, payés. On devrait minimalement continuer à donner des soins à domicile le temps de réaffecter les ressources. Ce n’est pas le genre d’injustice que l’on veut alors qu’on a des besoins criants.»