Audrey Lachance Lacasse, chef de service loisirs à la résidence privée pour aînés La Croisée de l’Est
Audrey Lachance Lacasse, chef de service loisirs à la résidence privée pour aînés La Croisée de l’Est

Contrer l’ennui des aînés confinés

Restez chez vous. On le répète sans cesse. Mais comment occuper les aînés confinés qui ne peuvent ni sortir ni recevoir de visite durant la pandémie du coronavirus ? Le département des loisirs dans les établissements pour personnes âgées redouble d’efforts et d’imagination pour garder le moral des troupes… tout en communiquant avec eux à distance.

« C’est pas pareil comme avant. Certains ont plus de misère que d’autres à vivre confinés. Avant, ils étaient habitués à avoir des activités le matin, le midi et le soir, mais là, il faut tout retirer », explique Audrey Lachance Lacasse, chef de service loisirs à la résidence privée pour aînés La Croisée de l’Est, à Granby.

De son côté, Louis Chagnon, technicien en loisirs au centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) Villa-Bonheur, confirme que le moral du groupe est bon.

Depuis quelques années, les 98 résidents de l’établissement de santé peuvent communiquer avec leurs proches grâce à Skype. Cet outil est plus utilisé que jamais, alors que 19 familles s’en servent actuellement.

« On leur laisse 25 minutes pour pouvoir jaser. On travaille aussi pour instaurer FaceTime, Messenger et Zoom », explique M. Chagnon.

Sous peu, un « courrier du cœur » sera mis en branle afin que les aînés puissent correspondre avec leur famille.

Depuis quelques années, les 98 résidents du CHSLD Villa-Bonheur peuvent communiquer avec leurs proches grâce à Skype. Cet outil est plus utilisé que jamais, alors que 19 familles s’en servent actuellement, confirme Louis Chagnon, technicien en loisirs.

Défis

À La Croisée de l’Est, toutes les activités qui engendrent un rassemblement sont annulées : bingo, jeu de poches, danse en ligne, chorale, méditation, café-rencontre, cartes. Même les repas en salle à manger sont interdits. « Il n’y a plus de vie au rez-de-chaussée », dit Mme Lachance Lacasse.

Le défi ? Communiquer avec les résidents en ce temps de distanciation sociale où les contacts sont réduits au minimum.

Mme Lachance Lacasse profitait auparavant des activités de groupe pour renseigner les résidents sur les divertissements à venir.

« Je n’ai plus ces tribunes-là. On doit trouver des façons créatives d’entrer en contact avec eux. »

Certes, Internet demeure le meilleur moyen pour rester informés de ce qui s’en vient à La Croisée de l’Est, mais ce ne sont pas tous les résidents qui s’en servent, alors que leur moyenne d’âge est de 86 ans.

« On a une application qui suggère beaucoup de choses, mais peu sont interpellés de l’utiliser. »

Pour pallier la situation, la chef de service loisirs explique qu’une infolettre est distribuée de porte en porte pour garder les locataires informés.

Lors de la distribution des repas, elle en profite également pour leur faire parvenir un mot manuscrit d’encouragements, afin de leur montrer qu’ils ne sont pas seuls.

La télévision représente aussi un moyen de communication intéressant puisque des nouvelles sur la résidence y sont diffusées sur un canal précis. L’équipe prévoit lancer sous peu des vidéos qui permettront de faire bouger les aînés tout en restant dans leur appartement.

Travaillant avec une clientèle en perte d’autonomie, M. Chagnon préconise quant à lui une approche individuelle. « On peut faire des jeux visuels, sans être obligés d’être à côté d’eux et garder une distance de deux mètres. »

Il porte évidemment une attention particulière aux objets qui se nettoient bien. Par exemple, aucune activité n’est faite avec des tissus, et les blocs sont privilégiés puisqu’ils se désinfectent bien.

«C’est nous qui mettons de la vie dans la bâtisse»

Mme Lachance Lacasse le concède : le métier qu’elle fait est méconnu, mais pas pour autant moins important. « C’est nous qui mettons de la vie dans la bâtisse », lance-t-elle.

Chaque matin, à 9h, elle s’assure que les résidents aient un beau réveil. Elle s’installe devant la caméra à l’entrée de la résidence, alors que l’image est diffusée dans la télévision des appartements.

Mme Lachance Lacasse avoue que tout est au ralenti, mais que la solidarité demeure.

« Je communique avec eux par affiches, on fait des charivaris pendant 15 minutes environ. Je suis en pyjama avec mon café à la main. Ce sont des petites attentions qui les font sourire. »

« Une chance qu’on s’a, c’est notre slogan depuis le début de la crise. »

Pour divertir les aînés tout en faisant travailler leur capacité physique et cognitive, l’entreprise granbyenne KINESIQ allie technologie et santé.

+ ALLIER TECHNOLOGIE ET SANTÉ

Pour divertir les aînés tout en faisant travailler leur capacité physique et cognitive, l’entreprise granbyenne KINESIQ allie technologie et santé.

Après tout près de six ans d’existence, l’exerciseur KINÉ-SIM est distribué dans une cinquantaine de résidences pour aînés au Québec, aux États-Unis, en France et à Hong-Kong.

Les résidents à La Croisée de l’Est, à Granby, ont l’occasion d’utiliser cet appareil d’exercices de réalité virtuelle multisensorielle développé pour les aînés et les personnes en perte d’autonomie fonctionnelle.

Deux plateaux motorisés font bouger l’usager en parfait synchronisme avec des contenus vidéo à l’écran et le plonge au milieu de multiples scénarios.

« Chaque marche est différente, dans le sable ou la gravelle par exemple. Si on est en autobus, on va sentir la sensation du moteur, mais aussi les virages, ce qui va travailler l’équilibre », explique Lukas Dufault, président et fondateur de KINESIQ.

70 scénarios

L’usager peut choisir parmi 70 scénarios de la vie réelle, comme marcher dans les rues de Paris, faire du bateau à Venise ou encore gravir des sentiers pédestres. « Ça les fait sortir un peu, mais dans un environnement sécuritaire. »

Des jeux et des exercices d’entraînement physique et cognitif s’y retrouvent également. M. Dufault avance que l’appareil est en temps normal utilisé six à huit fois par jour. Les aînés devront malheureusement attendre la fin de la pandémie de coronavirus avant de pouvoir le réutiliser.

« Nous avons dû fermer les installations d’exercices, car c’est de l’équipement que tout le monde peut toucher », souligne Audrey Lachance Lacasse, chef de service loisirs à La Croisée de l’Est.

Pour l’instant, l’exerciseur est aussi utilisé dans les centres de réadaptation et de physiothérapie, mais M. Dufault croit qu’il pourrait être bien utile dans les établissements de santé publics.

« S’il y a une place où il y a un besoin, c’est bien là. »