Julien Bergeron et Manon Trudel, deux passagers du Diamond Princess, vivent depuis plusieurs semaines en isolement, d’abord au Japon puis au Québec.
Julien Bergeron et Manon Trudel, deux passagers du Diamond Princess, vivent depuis plusieurs semaines en isolement, d’abord au Japon puis au Québec.

Confinés... sur un bateau et à la maison

TROIS-RIVIÈRES — Passagers infectés lors d’une croisière sur le Diamond Princess, Manon Trudel et Julien Bergeron ont été confrontés à la pandémie bien avant la majorité des Québécois. Après avoir connu les mesures sanitaires très strictes du Japon et les effets dévastateurs de la COVID-19, la dame originaire de Sainte-Thècle estime que les autorités québécoises devraient imposer des règles de confinement plus sévère pour freiner la propagation du coronavirus.

«Quand on est revenu, ça nous inquiétait beaucoup de voir des personnes testées positives qui n’étaient pas tenues à l’écart. Elles retournent chez elles et contaminent leurs proches. On s’est dit que ça allait être affreux», estime Manon Trudel.

«On a essayé d’alerter le gouvernement et les médias pour dire qu’on devrait mettre les personnes en isolement réel, pas volontaire. Maintenant, on se retrouve avec des chiffres qui augmentent toujours.»

Manon Trudel est professeure en Santé et sécurité au travail au Cégep de Sorel-Tracy. Elle donne notamment les cours sur les risques biologiques. Même si elle n’avait aucun symptôme de la COVID-19, Manon Trudel a été placée en isolement total dans un hôpital tant et aussi longtemps que deux tests en 24 heures ne garantissaient pas sa guérison.

Après son expérience de la pandémie au Japon, elle propose d’utiliser des chambres d’hôtel ou de motel pour placer en isolement obligatoire les personnes infectées. «Le problème avec l’isolement volontaire, c’est que tu peux contaminer tes enfants et ton conjoint. Ce n’est donc plus de l’isolement», déplore-t-elle. «Ces personnes qui ne l’ont pas peuvent le transmettre à d’autres.»

Les statistiques démontrent en effet que le Japon est moins affecté par la pandémie que bien d’autres pays, dont le Canada. En date du 2 avril, le pays du soleil levant comptait 2495 cas et déplorait 62 décès pour une population totale de 125 millions d’habitants. Du côté du Canada, on dénombrait au même moment 11 284 cas et 139 morts, pour une population de 38 millions de personnes.

Au Québec, sur 6101 cas, nous avons 61 décès, même si des mesures de confinement ont été établies dès le 12 mars. Le premier ministre François Legault l’a rappelé vendredi en point de presse, le Québec a été un des premiers États en Amérique du Nord à mettre en place des mesures sanitaires. Le Québec s’en sort jusqu’à présent mieux que plusieurs États américains.

Maintenant à la maison au Québec, Manon Trudel et son conjoint revivent quotidiennement le même film que lorsqu’ils étaient en quarantaine sur le navire de croisière. «Chaque jour, on suivait la propagation de la maladie et les chiffres augmentaient comme ici», mentionne-t-elle.

«Je peux comprendre qu’on est stressé de ça. Nous l’étions lorsque nous étions sur le navire.»

Aujourd’hui guéris de la maladie, Manon Trudel et Julien Bergeron se sont malgré tout placés en isolement à leur retour du Japon. Ils sont conscients du caractère très virulent du coronavirus. «Nous avons même demandé à notre fils de quitter l’appartement avant notre arrivée. On ne voulait pas lui donner ou qu’il nous le donne», précise Manon Trudel.

«Au retour, nous avons fait quatre aéroports et trois avions. Nous étions très conscients du risque.»

Des tests effectués dix-sept jours après que les derniers passagers infectés du Diamond Princess eurent quitté le navire ont montré que le coronavirus était toujours présent. «Même si ça fait plus de dix-sept jours qu’on est revenu, nous n’avons même pas encore défait nos bagages», précise Mme Trudel.

«En théorie, on est guéri et on ne devrait pas être à nouveau malade. Mais on ne court pas de chance, parce qu’on ne connaît pas beaucoup ce virus», note pour sa part Julien Bergeron.

Après avoir passé vingt-deux jours dans une petite chambre d’hôpital au Japon, Julien Bergeron se réjouit malgré tout d’être chez lui, au Québec. «Je n’avais seulement qu’une petite fenêtre. Et je ne suis sortie que quatre fois. Et c’était pour passer des radiographies», se souvient-il.

«Le confinement ici, il n’y a rien là. On prend des marches tous les jours. C’est sûr que c’est plate parce qu’on ne peut pas voir nos petits-enfants, mais pour nous, c’est beaucoup plus facile d’être en confinement à la maison que dans une chambre de bateau ou à l’hôpital dans un pays étranger.»