Après un long processus s’étalant sur deux ans, Katty Gaviria a pu fuir la violence dont elle était témoin à Medellín, deuxième plus grande ville de la Colombie.
Après un long processus s’étalant sur deux ans, Katty Gaviria a pu fuir la violence dont elle était témoin à Medellín, deuxième plus grande ville de la Colombie.

«Chaque jour est un cadeau»

« Je remercie la vie d’être ici, au Québec. Chaque jour est un cadeau », lance Katty Gaviria, réfugiée de la Colombie depuis 17 ans.

Après un long processus s’étalant sur deux ans, Katty a pu fuir la violence dont elle était témoin à Medellín, deuxième plus grande ville du pays après la capitale, Bogota. Arrivée au Québec avec ses parents, sa sœur, ses deux jeunes enfants et son conjoint, elle a appris le français durant un an et s’est inscrite en technique d’hygiène dentaire.

La mère de famille de 40 ans est aujourd’hui en mesure de constater des dichotomies entre son pays d’origine et sa terre d’adoption en ce qui a trait à la COVID-19.

« Les Québécois sont très conscients des risques liés à la COVID-19 et ils respectent les consignes gouvernementales », observe-t-elle.

Dans certains quartiers populeux de la Colombie, il devient ardu de respecter la distanciation sociale tellement les maisons sont près les unes des autres.

Soutien financier

Mais ce qui la marque encore plus, c’est de voir à quel point le gouvernement offre du soutien financier à la population. « Le Canada est très bien organisé », remarque-t-elle.

« En Colombie, il y a tellement de monde qui a une situation financière précaire. Beaucoup de mères monoparentales doivent aller travailler et elles ne respectent pas le protocole de confinement ou de distanciation », explique Katty, qui est hygiéniste dentaire dans une clinique de Granby.

Installé à Medellín depuis le début de l’année pour récolter des données en vue de son mémoire, Andres Garcia, étudiant à la maîtrise en science politique à l’Université de Sherbrooke, corrobore cette réalité.

Certains quartiers du pays, dits « informels », sont carrément laissés à l’abandon, car ils ne sont pas reconnus par le gouvernement, dit-il. Leurs habitants ne reçoivent alors aucune aide financière pour passer à travers la crise de la COVID-19.

« Comme le pays est en guerre depuis 50 ans, la campagne se vide et les personnes viennent rechercher la sécurité en ville. Alors la montagne surplombant la vallée d’Aburrà [à Medellín] se peuple davantage année après année et certains secteurs ne sont pas reconnus et n’ont même pas d’eau potable », détaille Andres Garcia.

Dans la situation actuelle, le gouvernement a promis de l’argent à trois millions de personnes vulnérables et en situation d’extrême pauvreté qui ne font pas partie des programmes sociaux de l’état.

Elles reçoivent 320 000 pesos par mois en trois versements. Le dernier versement de 240 000 pesos équivaut à un peu moins de 100 $ canadien. « Pour une famille, ça devient vraiment compliqué de se nourrir », relève Andres Garcia.

« Les gouvernements régionaux font ce qu’ils peuvent. De la nourriture gratuite est distribuée dans les quartiers les plus pauvres, mais c’est impossible d’aider tout le monde. Beaucoup d’habitants dénoncent d’ailleurs le fait de ne pas avoir bénéficié de cette aide. »

Travail

De surcroît, près de 50 % des Colombiens effectuent du travail « informel », c’est-à-dire qu’ils sont en marge du contrôle fiscal et de la protection sociale offerte par la loi.

« S’ils restent chez eux, ils n’ont pas d’entrée d’argent », lance Andres Garcia.

Malgré le fait que l’état d’urgence ait été prolongé jusqu’au 31 août, plusieurs d’entre eux ont déjà recommencé à vendre fruits, légumes ou bonbons dans les rues pour avoir un gagne-pain.

« Toutes ces personnes sont abandonnées à leur sort », laisse-t-il tomber.

Katty Gaviria est toujours en contact avec quelques membres de sa famille et des amis, dont certains travaillent dans le milieu de la santé. Elle a été attristée d’apprendre par ces derniers que le personnel de la santé subissait de la stigmatisation.

En effet, les médecins ou les infirmiers qui habitent dans un immeuble de plusieurs appartements reçoivent des menaces de la part des voisins les exhortant de quitter, de peur d’être contaminés.

« Ça me rend triste. Ce n’est pas tout le monde, mais j’ai su que c’est arrivé à quelques personnes », nuance-t-elle. Bien qu’il ait pu en prendre connaissance, Andres Garcia prévient toutefois qu’il ne s’agit pas d’un comportement généralisé.