La situation devient de plus en plus critique à Villa-Bonheur, aux prises avec plusieurs éclosions de COVID-19.
La situation devient de plus en plus critique à Villa-Bonheur, aux prises avec plusieurs éclosions de COVID-19.

«C’est le chaos à Villa-Bonheur»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
La situation s’envenime au CHSLD Villa-Bonheur à Granby, en pleine éclosion de COVID-19. Les cas positifs se multiplient de jour en jour, tant chez les usagers que les membres du personnel. «Les filles tombent comme des mouches», a imagé une employée. «Pendant ce temps, a-t-elle renchéri, la mauvaise gestion fait en sorte que de pauvres résidents écopent.»

En date de samedi, la Santé publique faisait état d’un sombre bilan au centre d’hébergement. À ce jour, près de 40 personnes, dont une trentaine de résidents répartis sur trois étages, ont été infectées par le coronavirus entre les murs du CHSLD.

«Quand l’éclosion a commencé, il y a quelques jours, on avait un certain contrôle pour éviter que le virus se propage. Mais là, ça dérape. C’est de la pure improvisation», a confié notre source, préférant que l’on taise son identité par peur de représailles de l’employeur.


« Des résidents pleurent. Ils n’en peuvent plus de vivre dans le chaos. Les filles sont découragées. Quand tu vois tes collègues attraper la COVID et tomber autour de toi, ça fait peur. »
Une employée du CHSLD Villa-Bonheur à Granby

Une consoeur décrit le «chaos» dans lequel vivent les résidents et évolue le personnel. Elle cite en exemple une série d’événements survenus la semaine dernière.

«Six patients du cinquième étage sont dompés au troisième étage, car ils n’ont pas encore la COVID. Et le mot est faible. Une équipe à été dédiée à cette tâche par la CPI (prévention des infections) sans aucune planification. Ils ont transféré les patients sans les avoir avisé au préalable, ni explications. Les pauvres ont vu plein de gens entrer dans leurs chambres et mettre tous leurs articles personnels dans des sacs en plastique. Ordre de la direction. Ces sacs gisaient par terre autour d’eux. Leurs regards étaient remplis d’inquiétude, de peur.»

«Les préposées qui les ont reçus au troisième étage, en pleine heure de dîner, n’étaient même pas au courant qu’ils arrivaient. Aucune information concernant les besoins médicaux, l’hygiène. C’était déchirant», a-t-elle confié à La Voix de l’Est.

Des patients du troisième étage, amenés vers le cinquième, ont goûté à la même médecine. «Et aucune famille pour les aider à passer cette étape inhumaine», déplore notre source. «Des employées ont essayé de stopper ces transferts, en vain», souligne-t-elle.

Détresse

Alors que la COVID se propage à Villa-Bonheur, les membres du personnel qui ne sont pas tombés au combat tentent de garder la tête hors de l’eau. «Le cinquième étage est plein maintenant. Vingt-et-un patients positifs et trois autres employés, dont neuf de plus dimanche. Un vrai désastre, confie une de nos sources. On va avoir besoin de l’armée si ça continue. Il faut que ça sorte au grand jour, ça presse.»

Rappelons que le centre d’hébergement est un des établissements où la pénurie de personnel est la plus marquée en Estrie. Chaque jour, la pression monte d’un cran.

«Des résidents pleurent. Ils n’en peuvent plus de vivre dans le chaos. Les filles sont découragées. Quand tu vois tes collègues attraper la COVID et tomber autour de toi, ça fait peur. On vit une grande détresse. C’est sans compter toutes les heures supplémentaires qu’on doit faire. On peut travailler sept jours en ligne. On est au bout du rouleau.»

Le CIUSSS n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue.