Bilan de la semaine de la COVID-19 en Estrie : le nombre de cas se stabilise

Dès les premiers jours, alors que la pandémie de COVID-19 commençait à faire ses premiers malades au Québec, l’Estrie s’est retrouvée sur le devant de la scène provinciale. Trois raisons expliquent ce phénomène : le nombre élevé de cas, la présence d’une des premières importantes éclosions de la province dans une résidence pour aînés et une éclosion qui a touché près de la moitié des employés de la Santé publique de l’Estrie.

En milieu de semaine, la situation s’est stabilisée en Estrie, avant de refaire un bond de presque 10% vendredi midi. La région de l’Estrie est alors passée de 404 à 450 cas positifs à la COVID-19 et un quatrième décès s’est ajouté au bilan estrien.

Nous vous présentons un bilan de la situation de la COVID-19 en Estrie dans la dernière semaine avec des questions et réponses au Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie.

Q Dr Poirier, que retenez-vous de la semaine?

R Nous sommes contents de reculer dans le palmarès des régions les plus infectées! Ce n’est pas une course contre les régions, bien au contraire, mais nous sommes heureux de voir que la progression des cas ralentit depuis mercredi. Je crois que c’est le reflet que les gens respectent de mieux en mieux les consignes du gouvernement.

Q De nombreuses mesures ont été prises au Québec pour protéger les aînés. Où en est-on en Estrie?

R Il y a eu l’éclosion au Manoir Sherbrooke le 22 mars. Ensuite, nous avons suspecté plusieurs cas dans des CHSLD et résidences privées pour aînés. Encore ce matin (vendredi), nous attendions des résultats avec inquiétude dans une résidence, mais tous les tests sont revenus négatifs! Ça montre toute l’importance de nos mesures pour protéger les aînés, de bien surveiller les symptômes et de les tester rapidement.

Q L’éclosion de COVID-19 à la Santé publique de l’Estrie a causé énormément d’inquiétude chez les employés de cet immense complexe qui comprend également un CHSLD. Quelles mesures avez-vous prises pour empêcher la pandémie de s’étendre?

R Notre équipe se relève tranquillement. Les malades sont à la maison, les autres employés sont en confinement à la maison, sauf pour aller travailler. C’est mon cas par exemple. Je suis toujours dans mon appartement de Sherbrooke, sauf pour aller travailler en portant un masque et en me lavant les mains 100 fois par jour. Nous avons renforcé nos propres mesures de protection, entre nos propres murs. Cette situation a créé de l’anxiété chez nos employés et c’est normal, on les comprend. Nous avons même eu la visite d’inspecteurs de la CNESST (Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail).

De toute évidence, dans l’urgence, devant le nombre de cas importants que nous avons eu au début, nous n’avons pas appliqué correctement nos propres mesures de sécurité, notamment avec l’échange de dossiers papier.

Mais depuis, nous avons pris les moyens pour arrêter la propagation du virus dans notre équipe et pour empêcher que ça se propage dans les autres étages du Complexe Saint-Vincent. Nous avons cloisonné les autres étages. On a barricadé les ascenseurs, les escaliers, on ne va plus à la cafétéria, chaque étage doit utiliser ses propres toilettes, nous avons fait une grande désinfection, les gens de la Santé publique utilisent une seule entrée et sortie. Bref, on a mis en place un grand nombre de mesures. C’est la sixième journée et nous n’avons pas eu de nouveaux cas, ce qui nous encourage étant donné que la moyenne d’incubation est de cinq à six jours.

Q Pourquoi avoir ouvert jeudi une première clinique désignée d’évaluation pour les patients avec des symptômes d’allure grippale?

R La clinique désignée d’évaluation (CDÉ) permet de regrouper les patients malades de la COVID-19 ou avec des symptômes d’allure grippale dans un seul endroit. Ça va permettre de prendre des mesures pour mieux protéger les patients et le personnel. Et quand on pense aux équipements personnels qu’on s’arrache partout dans le monde, comme les masques et les gants, ça nous permettra de les regrouper dans un seul endroit pour plus d’efficacité. Il y a une première CDÉ à Sherbrooke en ce moment, mais d’autres ouvriront sur le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS prochainement. Pour obtenir un rendez-vous à la CDÉ, il faut téléphoner au 1 877 644-4545.