Le directeur de la Santé publique de l’Estrie, le Dr Alain Poirier
Le directeur de la Santé publique de l’Estrie, le Dr Alain Poirier

Avec 133 nouveaux cas, l’Estrie sous tension

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le nombre de personnes confirmées positives à la COVID-19 a augmenté de façon importante au cours de la dernière semaine en Estrie, bondissant de 133 personnes atteintes, dont 100 Sherbrookois et 16 résidents de la MRC du Granit. Vendredi seulement, le bilan estrien a été alourdi de 38 nouveaux cas (dont 36 Sherbrookois). Il faut remonter à la fin mars pour retrouver de telles hausses dans la région, au moment le plus critique de la première vague de l’épidémie de ce nouveau type de coronavirus au Québec.

Le nombre d’hospitalisations demeure bas cependant, avec trois personnes hospitalisées dont une aux soins intensifs.

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Les éclosions en Estrie

En Estrie, on retrouve certaines communautés culturelles qui sont « tissées serrées ». Voilà le constat effectué au cours de la dernière semaine par la Direction de la santé publique de l’Estrie après avoir effectué l’enquête épidémiologique des nombreux nouveaux cas positifs de COVID-19 à Sherbrooke, soit 152 nouveaux en deux semaines.

La Santé publique de l’Estrie a mis sous surveillance un deuxième quartier de Sherbrooke, jeudi, après avoir constaté que plusieurs résidents du quartier avaient été déclarés positifs à la COVID-19. Le bilan se portait à 12 personnes vendredi.

Le secteur des Jardins-Fleuris se trouve dans l’est de Sherbrooke, plus précisément dans le district des Quatre-Saisons, non loin du centre commercial qui porte ce nom.

C’est le deuxième secteur de Sherbrooke à se trouver sous surveillance, après le quartier d’Ascot où l’on retrouve maintenant 88 personnes positives à la COVID-19.

« Ça faisait quelques jours qu’on voyait de plus en plus de personnes du secteur des Jardins-Fleuris être positives à la COVID-19, et ces personnes semblaient avoir des liens d’amitié avec des personnes provenant d’Ascot, l’autre quartier que nous avons sous surveillance », indique le Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie.

Une clinique de dépistage mobile pourrait se tenir prochainement dans le quartier.

Vendredi, « trois membres de la communauté collégiale du Cégep de Sherbrooke » ont reçu un diagnostic positif au coronavirus, ce qui place donc l’institution collégiale sous la surveillance de la Santé publique. Toutefois, il ne s’agit pas d’une éclosion, car ces trois cas ne sont pas liés entre eux.

Nouvelle bataille pour la santé publique

Dans la lutte à la pandémie de ce nouveau type de coronavirus, c’est donc un nouveau type de bataille qui s’amorce pour la Santé publique, celle d’aller travailler sur le terrain, là où se présenteront les éclosions et les agrégats.

« Ça veut dire que nous allons faire des actions pointues, en concentrant nos efforts dans certains secteurs, selon l’évolution de la pandémie. Par exemple, ici en Estrie, on voit avec les agrégats d’Ascot et des Jardins-Fleuris que nous avons certaines communautés tissées serrées, alors nous irons sur le terrain pour travailler avec ces communautés », explique le Dr Poirier.

Et ces nouvelles actions sont déjà commencées. Prenons l’exemple du quartier d’Ascot. Dans ce secteur, il y a des résidents issus de plus d’une trentaine de communautés culturelles. Plusieurs personnes sont des nouveaux arrivants qui ne comprennent pas encore très bien la langue française.

Aussitôt l’agrégat identifié, la Santé publique a assis autour d’une même table virtuelle ses nombreux partenaires et ses multiples travailleurs de proximité, comme les organisateurs communautaires. « Nous avons eu une rencontre avec l’Université de Sherbrooke, le Cégep, le Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke, nos partenaires du milieu communautaire, les CPE, pour que tout le monde soit sur la même longueur d’onde et partage le même message », avait alors expliqué la Dre Geneviève Petit, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de l’Estrie.

« En tout, près de 25 actions ont été mises en place dans le secteur d’Ascot », souligne le Dr Alain Poirier.

Dans le secteur des Jardins-Fleuris, on a fait pareil, ou presque, en tenant compte des particularités de ce milieu.


Plusieurs éclosions en cours

Outre les agrégats d’Ascot et des Jardins-Fleuris, il y a des éclosions en cours à l’école primaire des Quatre-Vents de Sherbrooke (six cas), au CPE Les amis du globe de Sherbrooke (cinq cas), chez BRP de Valcourt (13 cas), au Centre Saint-Michel de Sherbrooke (moins de cinq cas) et au CHSLD d’Youville de Sherbrooke (deux cas).

Le Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke a aussi confirmé « moins de cinq cas » à l’école primaire Cœur-Immaculée et « moins de cinq cas » à l’école secondaire internationale du Phare.

Une éclosion plus importante est également en cours au CHSLD de Lambton avec 17 cas au total, soit sept employés et dix résidents sur les 29 hébergés dans ce petit CHSLD de la MRC du Granit. Une éclosion (moins de cinq cas) a aussi été constatée à l’école des Sommets de Saint-Sébastien, une municipalité à proximité de Lambton.

« La bonne nouvelle, c’est qu’aucun aîné de CHSLD de Lambton n’est très malade; personne n’est aux soins intensifs en ce moment », mentionne le Dr Poirier en précisant que la sécurité des aînés va toujours demeurer « une très haute priorité » pour la Santé publique de l’Estrie.

Une clinique de dépistage mobile a d’ailleurs été déployée dans la municipalité de Saint-Sébastien vendredi étant donné les cas positifs ayant été rapportés à Saint-Sébastien et à Lambton dans la dernière semaine. Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a aussi décidé d’ouvrir un Centre de dépistage désigné de la COVID-19 à Lac-Mégantic de façon permanente, un centre de dépistage qui s’ajoute à ceux de Sherbrooke et de Bromont.

Malgré cette hausse marquée des cas positifs au cours des deux dernières semaines, on ne risque pas de voir des barrages policiers sur les autoroutes 10 et 55 afin de bloquer l’accès et la sortie à la région de l’Estrie, et ce, même si la situation venait à s’aggraver encore davantage.

« On ne l’a pas fait en Estrie au printemps, pas plus qu’on a confiné Montréal. Si ça empire, ça veut dire qu’en Santé publique, il faudra faire des choix préventifs, mais jamais des choix curatifs. Une de nos priorités, par exemple, sera de protéger nos aînés », insiste le Dr Poirier.