La ville de Granby «d’après» la crise ne ressemblera pas à celle «d’avant», estime le maire de Granby, Pascal Bonin.
La ville de Granby «d’après» la crise ne ressemblera pas à celle «d’avant», estime le maire de Granby, Pascal Bonin.

Après un sprint, Granby se prépare pour un marathon

Après avoir effectué un sprint au cours des deux dernières semaines pour mettre en place une série de mesures pour lutter contre la COVID-19, l’administration municipale et le maire de Granby, Pascal Bonin, s’engagent maintenant dans un marathon.

Selon le maire Bonin, les effets du coronavirus se feront sentir à la Ville sur une longue période. Et le Granby «d’après» la crise ne ressemblera pas à celui «d’avant», dit-il. Pour l’heure, croit le maire, la «sagesse doit guider» les élus.

«C’est une évidence que tous les projets ne pourront pas être réalisés», fait valoir Pascal Bonin à La Voix de l’Est.

Le conseil municipal aura éventuellement à se pencher sur le programme triennal d’immobilisations de 19,2 millions $ à l’agenda de 2020, dit-il.

Qu’adviendra-t-il de l’important projet de revitalisation du centre-ville, dont la première phase devait être lancée à la fin de l’été? Aucune décision n’a encore été prise à ce sujet, affirme le maire.

Pour l’heure, les priorités sont d’un autre ordre, estime-t-il. «Ce qui est important actuellement, c’est que les gens mangent. On est plus dans la sécurité et les besoins primaires», juge Pascal Bonin.

C’est entre autres pour cette raison que les élus ont adopté la semaine dernière une série de mesures pour alléger le fardeau fiscal des contribuables, notamment en retardant le paiement des taxes municipales.

La crise du coronavirus porte un dur coup à l’économie et sera «dramatique» pour les finances municipales, croit Pascal Bonin. Les revenus seront moindres que ceux escomptés. Mais le maire dit demeurer serein et «très positif». «On a montré au cours des dernières années qu’on est de bons gestionnaires. C’est la même équipe qui est là. On va le refaire et hausser notre jeu d’un cran», dit-il.

Discipline

Mais alors que la région de Granby et Bromont continue à être sous le feu des projecteurs pour son nombre élevé de personnes atteintes du coronavirus, le maire Bonin exhorte à nouveau les citoyens à, plus que jamais, être «disciplinés», à respecter les consignes de distanciation sociale et à limiter leurs déplacements.

«Ce n’est pas très compliqué, ce qui est demandé...», laisse-t-il tomber.

Alors que les policiers de Bromont ont réalisé des barrages routiers à certains endroits clés de la municipalité pour informer les gens des mesures de confinement, ceux de Granby continueront plutôt à se faire plus présents, notamment pour aider les commerçants encore ouverts, souligne Pascal Bonin.

«J’aime mieux qu’on se concentre dans les secteurs urbanisés et les plus achalandés. Si on n’a pas de moyens coercitifs, je vois moins d’intérêt à faire des barrages. Et pour être coercitifs, ça va nous prendre des outils, qu’on n’a pas actuellement. Mais jusqu’à maintenant, je donne 10/10 à nos policiers et pompiers», dit-il.

Le maire souligne en outre qu’une série de mesures a été mise en place pour communiquer avec les citoyens. Les panneaux numériques de la Ville relaient les informations. Des panneaux rappelant les consignes d’hygiène ont été installés dans les parcs. Une ligne d’écoute a été lancée pour les citoyens. Le site web de la Ville est régulièrement bonifié et mis à jour. Des points de presse sont aussi organisés de façon ponctuelle pour partager les nouvelles mesures mises en place.

Passé le test

Rien ne le laissait présager, mais le maire Bonin s’est retrouvé à gérer une crise sanitaire, quelques jours à peine après son retour de la dépression majeure qui l’avait tenu à l’écart de l’hôtel de ville au cours des derniers mois.

«Le test était immense, mais je l’ai passé avec succès», assure-t-il.

Il affirme par ailleurs être bien outillé pour soutenir l’intensité des journées. «J’ai appris que c’est 24 heures à la fois. Et tout ce que j’ai fait au cours des derniers mois avec les professionnels de la santé pour contrôler les crises d’angoisse et d’anxiété m’est aujourd’hui utile pour rassurer aussi les autres», dit Pascal Bonin.

Celui-ci continue à être accompagné au quotidien par Olive, qui a officiellement été reconnue comme chien d’accompagnement psychologique. Même que la présence du petit berger des Shetland noir et blanc a aussi un effet apaisant à l’hôtel de ville, estime le maire, où une «cellule de crise» composée de plusieurs directeurs de service se réunit au quotidien.

Pascal Bonin dit toutefois ne pas participer à la totalité des rencontres de cette cellule pour «ne pas avoir le nez collé sur l’arbre» et être en mesure de conserver un regard extérieur, dans les circonstances. Il souhaite demeurer en contact avec la communauté et ses besoins et dit travailler en «complémentarité» avec la cellule de crise.

N’empêche, laisse-t-il tomber, certaines décisions sont plus difficiles à prendre que d’autres. La mise à pied temporaire de près de la moitié des employés de la Ville, exception faite des policiers et pompiers, lui a «brisé le coeur».

Le maire croit en outre qu’il pourrait être opportun, lorsqu’un trait pourra être tiré sur cet épisode sombre, d’en tirer des leçons. «J’espère qu’on ne repartira pas juste la machine d’un point de vue économique, mais qu’on va aussi repenser notre relation avec la nature», dit-il.