Aujourd’hui, les habitudes relationnelles de plusieurs personnes se trouvent chamboulées. Certains se voyaient tous les jours avant la crise et ne peuvent plus. Alors que d’autres, qui pouvaient passer plusieurs jours séparés, s’aimant à distance, doivent cohabiter.
Aujourd’hui, les habitudes relationnelles de plusieurs personnes se trouvent chamboulées. Certains se voyaient tous les jours avant la crise et ne peuvent plus. Alors que d’autres, qui pouvaient passer plusieurs jours séparés, s’aimant à distance, doivent cohabiter.

Amours et confinement: loin des yeux, près du cœur ?

L’expression « loin des yeux, loin du cœur » prend tout son sens à une période où beaucoup de tourtereaux doivent être séparés. Ou bien, au contraire, leur relation est affectée par une proximité excessive. En ces temps de confinement, où la routine est chamboulée, comment sauver ces relations d’une cassure nette ? Comment garder la flamme allumée alors que tout s’éteint ?

Sexologue depuis 2019, Mahault Albarracin est polyamoureuse. Elle s’est toujours intéressée à la sexologie, qui « mêle plusieurs aspects, comme la psychologie et l’anthropologie ».

« La sexualité et les relations interpersonnelles sont des aspects fondamentaux de la nature humaine. On en a fait un pivot de la société », souligne-t-elle.

« Il est probable que beaucoup de couples soient fragilisés en ce moment. Ils se retrouvent physiquement pris ensemble, alors qu’avant la crise de la pandémie, peut-être que leurs problèmes étaient enterrés sous le tapis, qu’ils n’avaient pas le temps de s’y arrêter parce qu’ils se voyaient moins, travaillaient trop… Ils n’ont maintenant plus l’espace pour les éviter. »

Mahault Albarracin est sexologue, polyamoureuse et cofondatrice de l’entreprise de services sexologiques en ligne Sexualis.

Aujourd’hui, les habitudes relationnelles de plusieurs personnes se trouvent chamboulées. Certains se voyaient tous les jours avant la crise et ne peuvent plus. Alors que d’autres, qui pouvaient passer plusieurs jours séparés, s’aimant à distance, doivent cohabiter.

« La quarantaine et le haut niveau d’anxiété de la population en ce moment ont un grand impact sur l’hygiène du couple. Si vous êtes seul (e) avec enfants et partenaire à la maison, il faut s’assurer d’avoir des frontières claires, des moments pour parler, pour vous retrouver seuls », conseille Mme Albarracin, cofondatrice de Sexualis, une entreprise présentement en sociofinancement, qui offrira en avril des services sexologiques en ligne partout au Québec.

« Le confinement va mettre un poids sur le couple et la détresse sociale peut accentuer des problèmes qui étaient déjà là. C’est important d’aller voir les bonnes ressources. »

Étapes, codes et confinement

La sexologue ajoute qu’en situation d’isolement, certains couples pourraient stagner sur le plan de « l’escalator relationnel ». Elle entend par là « la tendance qu’ont beaucoup de couples à faire certaines étapes les unes après les autres, de manière ordonnée. Par exemple, avant d’habiter ensemble, il faut avoir rencontré les parents. Avant de rencontrer la famille, il faut au moins avoir eu 5-6 dates, etc. »

En pleine crise, certains voient leur « étape » tomber à l’eau. Puis, c’est la base entière du couple, qui reposait sur une étape, désormais impossible à atteindre, qui flanche.

« Beaucoup de personnes vont avoir faim de la prochaine étape », image-t-elle.

Amours pluriels

Les personnes polyamoureuses — ayant deux ou plus relations amoureuses simultanément — ne vivent pas les « étapes » du couple monogame de la même manière, et ne s’attendent pas à vivre avec tous leurs partenaires, soutient Mme Albarracin.

« La plupart des polyamoureux ont développé cette habitude d’être loin, indépendants. Le confinement peut être difficile, oui, mais ils ont développé des stratégies relationnelles allant dans ce sens. Les codes ne sont pas automatiquement définis, alors peut-être que pour eux, le fait d’être séparé par confinement ne change rien à leurs relations et leur amour. »

Cependant, il serait faux d’affirmer que pour les polyamoureux, la situation est plus facile à vivre, même si les personnes ayant une, deux ou dix relations peuvent d’ores et déjà avoir expérimenté l’amour à distance, et ont des outils pour y faire face.

Contacts sociaux alternatifs

Pour Philippe, qui vit présentement avec un de ses deux partenaires, les mesures de confinement et de distanciation sociale « créent des états anxieux, dépressifs, émotionnels chez n’importe qui ». « Je crois que la santé mentale de toutes et tous en prend un coup. Peut-être qu’une prise de conscience aura lieu et que la santé psychologique sera désormais prise au sérieux », ajoute-t-il.

Selon lui, la présente crise affectera grandement les relations interpersonnelles et la santé mentale de certains.

« Toutes les connexions relationnelles seront mises à l’épreuve. C’est le temps de tester la solidité de nos liens. »

Pour l’Estrien, la communication avec son autre partenaire passe surtout par l’écrit.

« J’ai eu l’idée d’un jeu poétique : l’un pose une question, l’autre répond par un court poème. Ça permet de nous concentrer sur le ressenti, de ne pas se couper de nos connexions et tomber dans le pragmatisme », révèle-t-il.

Renouveler, chambarder, créer

Plusieurs petits trucs peuvent aider les personnes monogames et polyamoureuses dont le quotidien est chamboulé.

« Il faut essayer de ne pas prendre pour acquis sa sexualité et de voir la crise comme une opportunité pour développer sa créativité, dit Mahault Albarracin. Parfois, la sexualité devient routinière et là, on n’est plus dans la routine. Si le partenaire est éloigné, on peut explorer différentes formes de connexions : chatter, écrire des lettres, faire des vidéos, des photos. Il faut par contre observer des règles de sécurité, par exemple, ne pas montrer son visage. Et toujours, toujours, respecter le consentement, qui prime aussi pour la réception de photos et vidéos. »

Pour ceux qui ne travaillent plus et qui sont confinés ensemble, il s’agit d’une bonne occasion d’explorer ce qui nous anime, indique la sexologue. Revenir aux petites choses : se regarder, laisser des mots. Raviver la flamme par petits souffles.

Se tourner vers l’intérieur

Éloïse Lapointe Leblanc, polyamoureuse depuis 10 ans, cohabite avec ses deux partenaires depuis un an.

« Écoutez vos partenaires avec empathie, sans chercher des solutions à leur mal-être, à moins qu’ils ne le demandent. Aidez-les à formuler leurs besoins, en posant des questions sur leurs émotions et besoins. »

Selon elle, la situation doit être encore plus difficile pour celles et ceux qui viennent d’entamer une nouvelle relation.

« Un des principes du polyamour étant la liberté, il est souvent difficile pour les polyamoureux de respecter les consignes de confinement. »

Pour Mme Lapointe Leblanc, le confinement obligé ne pose pas de problème, puisqu’elle et ses partenaires ont trouvé de bons terrains d’entente sur une base quotidienne.

« Nous vaquons à nos occupations le jour de manière séparée. Nous nous retrouvons tous les soirs pour souper et je passe le reste de la soirée avec un ou l’autre. Donc, je n’ai pas la difficulté d’être séparée de mes partenaires pendant le confinement. »

Peu importe les contours de la relation, en ces temps difficiles, Philippe invite à se tourner vers l’amour de soi .

« C’est le temps de s’adresser à soi : si nous ne pouvons aller vers l’extérieur, allons vers l’intérieur. À travers la lecture, l’écriture, l’expression de soi. Il faut prendre soin de la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Les autres survivront, les connexions seront bonifiées après coup. »

Pour en savoir plus sur l’entreprise Sexualis ou pour contribuer à leur campagne de sociofinancement, visitez la page Facebook ou le site internet sexualis.ca.

LE POLYAMOUR, C'EST QUOI AU JUSTE?

Le terme polyamour est formé du préfixe grec poly (qui signifie « plusieurs » ou « en abondance ») et du mot d’origine latine amour. En accord avec cette étymologie, les polyamoureux vivent donc plusieurs relations intimes simultanées, ou manifestent une telle préférence.

Certains polyamoureux sont engagés dans des relations amoureuses stables à long terme impliquant deux ou plusieurs autres partenaires, alors que d’autres entretiennent simultanément plusieurs relations plus ou moins durables ou engagées.

Dans certains cas, les relations simultanées se vivent à court terme ou sur une base purement sexuelle, et parfois elles sont plus durables et se caractérisent par un engagement affectif plus marqué.

Source: Institut canadien de recherche sur le droit et la famille