Agriculture: les producteurs locaux se demandent si l'intérêt va durer

HALIFAX — Agriculteur de troisième génération, Greg Gerrits sait que la sécurité alimentaire est une préoccupation croissante dans tout le pays.

La Fédération canadienne de l'agriculture a récemment exhorté Ottawa à «prioriser la production alimentaire», en raison des fermetures d'abattoirs et de l'augmentation des coûts liés à la COVID-19.

Pourtant, certains agriculteurs se demandent si l'engouement envers les produits locaux va durer.

Chez M. Gerrits, il y a de l'espoir mais aussi un doute face au regain de l'agriculture à plus petite échelle - dans son cas, des conserves et du persil.

«Ce serait bien de penser que les gens vont apprendre quelque chose et soutenir leurs agriculteurs locaux, dit-il à partir de ses champs d'Elmridge Farm, dans la vallée de l'Annapolis. Mais les humains n'apprennent pas très facilement.»

Le producteur de 49 ans a lancé un système de vente en ligne en mars, au moment où la COVID-19 commençait à frapper au Canada.

Pour les livraisons, il a fait appel à des chauffeurs de camions qui étaient peu occupés, ces temps-ci.

Ses ventes ont explosé, atteignant même 3000 $ par semaine, contre 500 $ l'an dernier.

Ann Huntley, de Scots Bay, en Nouvelle-Écosse, a vu ses ventes de boeuf quadrupler, passant de l'équivalent d'un animal par mois à un par semaine.

Elle hésite toutefois à l'idée d'emprunter de 20 000 $ à 40 000 $ pour augmenter son troupeau. On ne sait pas si le marché sera aussi dynamique quand le bétail arrivera à maturité.

«Pour les petites exploitations agricoles, il y a un accès au financement, ce qui est du jamais vu, a dit la femme de 42 ans. Par contre, on ne veut pas avoir une dette énorme dans un contexte de pandémie.»

Certains clients disent qu'ils vont rester fidèles aux petits producteurs.

Jane Biekens, comptable professionnelle agréée, prévoit augmenter ses achats de légumes sans pulvérisation de Port Williams, en Nouvelle-Écosse.

«Je suis beaucoup plus en confiance en achetant des légumes que peu de gens ont touchés», a dit Mme Biekens.

Le goût est également un facteur. Elle a hâte d'utiliser les betteraves fraîchement récoltées dans des salades et des soupes, ou pour des conserves.

«C'est une habitude d'achat que je vais garder», a t-elle confié.

Kevin Arseneau, membre du Parti vert de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, voit un besoin d'initiatives gouvernementales pour solidifier l'agriculture locale.

Selon lui, au cours du siècle dernier, Ottawa a accepté un modèle d'exportation de produits de masse aux dépens de la production locale.

M. Gerrits note que la main-d'oeuvre est également un problème.

Les vols de travailleurs étrangers temporaires ont été retardés à cause du coronavirus. Et les premiers travailleurs à arriver sont maintenant pour la plupart en quarantaine, ce qui laisse planer du retard dans le désherbage et la plantation.

«C'est Mère Nature qui mène la danse», a résumé M. Gerrits.

Au Nouveau-Brunswick, un comité agricole multipartite a été mis sur pied pour examiner les moyens d'aider le secteur local de la production alimentaire, pendant la pandémie.

Mais pour les agriculteurs comme M. Gerrits, la question reste la pertinence même de grossir, ou à quel point.

«Pour que la production s'établisse solidement, les consommateurs devront continuer à acheter des produits locaux pendant plusieurs années», a-t-il déclaré.