Le premier ministre du Québec, François Legault, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, et le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, arrivent pour leur conférence de presse, à Québec, jeudi.
Le premier ministre du Québec, François Legault, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, et le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, arrivent pour leur conférence de presse, à Québec, jeudi.

121 nouveaux décès : «Montréal, c’est fragile. Le reste du Québec, c’est le paradis» [VIDÉO]

Le déconfinement dans la grande région de Montréal est reporté d’une autre semaine, au 25 mai. Mais «le reste du Québec, c’est le paradis!» dit Horacio Arruda. En plus de retourner travailler, et peut-être d’empocher une nouvelle prime s’ils œuvrent dans la santé, les gens de moins de 70 ans pourront même garder leurs petits-enfants.

«J’espère que ça ira mieux, un jour, de l’autre côté de l’arc-en-ciel. J’y crois vraiment», a lâché le directeur national de santé publique du Québec, jeudi, en fin de point de presse. À propos de la situation qui, à l’aube d’un déconfinement graduel, ne semble pas s’améliorer, du moins statistiquement.

Le bilan faisait état de 121 nouveaux décès liés à la COVID-19 répertoriés en 24 heures au Québec, journée la plus meurtrière pour le coronavirus en trois semaines, excluant la mise à jour du 1er mai.

La référence à l’arc-en-ciel devenu symbole de cette crise n’est pas fortuite de la part du Dr Arruda. Pas plus qu’au classique chanté par Judy Garland dans le Magicien d’Oz, alors que la jeune Dorothée rêve de jours meilleurs sur la ferme familiale. Avant que la tempête la happe et l’emporte dans un monde magique.

«On vient de vous reporter d’une semaine à Montréal. Montréal, c’est fragile. Le reste du Québec, c’est le paradis. C’est carrément ça, c’est deux mondes complètement différents», a-t-il affirmé.

Les Québécois ayant officiellement succombé à la COVID-19 sont 2631. Le nombre de cas grimpe encore de 911 pour atteindre 35 238. Dans nos hôpitaux, 1836 malades de la COVID-19 sont traités, dont 224 aux soins intensifs. Deux statistiques-clés qui se maintiennent depuis plusieurs semaines.

Sauf qu’ils sont concentrés dans la région de Montréal, où le personnel pour s’en occuper continue à manquer.

«On a à peu près 1000 lits de disponibles dans la grande région de Montréal. Le problème, c’est qu’on n’a pas le personnel avec ces lits-là», a expliqué le premier ministre, François Legault.

«Si demain matin, il y avait une augmentation de propagation du virus dans le Grand Montréal, on n’aurait pas tout le personnel pour faire face à cette hausse.»

70 M $ pour des primes de plus

De là la décision «de reporter d’une autre semaine l’ouverture des commerces dans le Grand Montréal, puis de reporter d’une semaine l’ouverture des écoles, des services de garde. Ce sera maintenant le 25 mai si, et seulement si, la situation s’améliore, entre autres, du côté du personnel», a insisté M. Legault.

Le premier ministre a appuyé sa décision de quelques chiffres. Sur les 121 personnes déclarées mortes de la COVID-19 de mercredi à jeudi, 104 habitaient Montréal (86 %). Si on s’étend à Laval (6), aux Laurentides (2), à Lanaudière (5) et à la Montérégie (2), ont est à 119 sur 121 (98 %). Pour 61 % de la population du Québec.

Les îles de Montréal et de Laval comptent 2008 morts, pour 76 % des décès et 29 % de la population.

Le gouvernement déplore l’absence de 11 600 travailleurs dans le réseau de la santé québécois. Soit par infection ou par peur de la COVID-19. Et la moitié de ceux qui sont sur le plancher bossent à temps partiel.

Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, accompagnait donc MM. Legault et Arruda pour annoncer de nouvelles primes à quelque 100 000 travailleurs de la santé qui luttent contre le SARS-CoV-2. Une dépense de 70 millions $ par mois pour l’État québécois.

Une personne ajouterait jusqu’à 1000 $ à son chèque de paye après quatre semaines consécutives à temps complet dans un centre de personnes âgées où l’on trouve au moins un cas d’infection au nouveau coronavirus.

Une autre prime de 2000 $ par mois s’ajoute pour attirer «tous les salariés du réseau de la santé et des services sociaux qui accepteraient de transférer temporairement d’une région vers Montréal, Laval ou la Montérégie, des régions qui sont considérées comme chaudes, pour venir prêter main-forte».

Ces gens seront logés à l’hôtel aux frais de l’État, précise M. Dubé. Il suggère en outre de s’engager en couple ou en groupe de quelques amis.

Pour garder, mais pas pour souper

MM. Legault et Arruda ont dû défendre ce qui ressemblait à une volte-face réalisée la veille sur l’âge de retour au travail en temps de COVID-19. Après avoir longtemps souligné que les personnes âgées de 60 ans et plus devaient être gardées à l’abri, la décision de permettre aux 60 à 69 ans de rentrer au boulot lundi hors de la Communauté métropolitaine de Montréal, entre autres dans les écoles et les garderies, a fait sourciller.

«Comme l’explique le Dr Arruda, la norme du deux mètres, les gens ne savaient pas ce que c’était, il y a deux mois; maintenant, ils comprennent mieux. [...] La situation évolue... Est-ce qu’on veut priver une personne de 65 ans d’aller travailler, une personne en bonne santé? C’est une question d’équilibre, puis il y a une évolution aussi à travers les semaines», a expliqué le premier ministre, tableau du taux de mortalité par tranche d’âge en main.

Les 60 à 69 ans représentent 6,5 % des décès répertoriés et 9,6 % des cas dépistés.

«C’est important de comprendre, 91 % des personnes qui sont décédées au Québec depuis le début de la crise avaient 70 ans ou plus. [...] Évidemment, la question qui se pose, c’est : où on trace la ligne? Ce n’est pas une science exacte, mais le Dr Arruda et la Santé publique évaluent qu’un risque contrôlé, un risque raisonnable ou faible, c’est pour les personnes de moins de 70 ans.

«Il faut trouver un équilibre entre le risque pour la santé et la possibilité de vivre un peu une vie normale. C’est important de le dire, il n’y a pas de risque zéro. [...] Mais on juge que c’est un risque qui est limité en bas de 70 ans, évidemment sauf si on a des problèmes de santé.»

Le Dr Arruda a rouvert un peu plus la porte, mais à moitié, en permettant aux grands-parents de moins de 70 ans d’aller garder leurs petits-enfants la semaine prochaine, si les parents doivent retourner travailler.

«Les grands-parents pourront y aller. Ils devront faire de l’hygiène, porter un masque pour certains types de procédures, etc. On va amener cette cohérence-là. Par contre, ça ne sera pas le temps d’inviter grand-maman pour un souper si ce n’est pas pour garder les enfants», a-t-il prévenu.

Mise à jour du 7 mai