Sarah Forest, Lise Henri, Cynthia Laflamme, Émilie Arsenault et Johanne Reid ont remis 18 200$ au Centre de prévention du suicide de la Haute-Yamaska (CPSHY).

Courir sur la Muraille de Chine pour prévenir le suicide

Cinq femmes de la région parcourront 70 km en cinq jours sur la Grande Muraille de Chine pour la prévention du suicide.

Les cinq femmes de la région qui participeront au trail de la Muraille de Chine, au profit du Centre de prévention du suicide de la Haute-Yamaska, ont dévoilé le montant qu’elles ont remis à l’organisation grâce à leurs nombreuses activités de financement. Leur don collectif de 18 200 $ sera entre autres utilisé pour former davantage de sentinelles dans les entreprises.

« On forme des gens dans les entreprises manufacturières où il y a des hommes — car la majorité des suicides est commise par des hommes —, pour repérer la détresse suicidaire et recommander les gens au centre pour qu’on puisse prendre la relève », souligne Yves Bélanger, directeur du Centre de prévention du suicide de la Haute-Yamaska (CPSHY) pour expliquer le rôle des sentinelles.

Par la même occasion, Sarah Forest, Lise Henri, Cynthia Laflamme, Émilie Arsenault et Johanne Reid ont fait part de leurs préparation, motivation et inquiétudes face à ce défi de taille qui les attend le 5 mai prochain. Elles devront s’adonner à six courses en cinq jours, soit monter 23 000 marches.

Pour la cause

Une semaine avant de prendre leur envol, la fébrilité est à son comble.

L’équipe Les rêveuses complices, composée de la Granbyenne Lise Henri et de la Cowansvilloise d’origine Sarah Forest, s’entraîne depuis un an pour ce fameux défi philanthropique, physique et psychologique.

Lise affrontera la muraille pour une raison bien personnelle. Son fils Julien s’est enlevé la vie il y a quatre ans et demi alors qu’il était âgé de 15 ans.

Après avoir traversé son deuil et s’être entourée de professionnels pour surmonter cette difficile épreuve, Lise tente de transformer cette tragédie en positif.

« J’avais besoin de le faire pour Julien. Je sais qu’il va être avec moi tout le long. [...] C’est une façon de le garder vivant et ça me permet de me prendre en main aussi », confie-t-elle en larmes.

Son acolyte, Sarah, a accepté de l’accompagner dans ce marathon qui risque de solidifier leur amitié palpable.

Sarah a entrepris cette aventure pour ceux qui restent « parce qu’on les oublie souvent », dit-elle. La mère de famille laissera d’ailleurs ses trois jeunes filles durant dix jours. « Le défi physique, ça va parce que je suis en forme, mais j’aime bien être dans mes pantoufles », lance-t-elle.

De son côté, Johanne Reid se prépare depuis deux ans à ce défi dont elle a pris connaissance lorsqu’elle a vu le premier groupe de la région y participer il y a deux ans.

Celle qui a toujours rêvé de voir la Grande Muraille de Chine sera servie. Depuis 2017, Johanne, qui aura 65 ans l’été prochain, amasse de l’argent en vendant des produits artisanaux qu’elle fabrique elle-même tout en s’entraînant cinq fois par semaine.

De leur côté, Cynthia Laflamme et Émilie Arsenault se sont associées pour créer leur équipe Les Rang-donneuses. Elles ont multiplié les activités de financement pour atteindre leur objectif de 12 000 $.

Le marathon de la muraille de Chine est l’un des défis les plus exigeants de la planète avec ses 5164 marches à monter et descendre.

« Je pense que c’est important de parler de ce mal-être. La maladie mentale, c’est tout aussi important que la maladie physique », relève Cynthia qui a eu des pensées suicidaires au secondaire.

Les suicides de Véronique Langlois, une coureuse granbyenne, à l’hiver 2019 et de Catherine Demers, l’attachée de presse de François Bonnardel, le 24 juin dernier ont poussé la journaliste à vouloir se dépasser.

Quant à elle, Émilie avait déjà accompagné dans sa préparation Julie Perreault, une participante au défi en 2017.

« Je savais c’était quoi et je trouvais ça vraiment gros. [...] Je me sentais imposteur de le faire parce que je ne connaissais personne qui s’est suicidé », avoue-t-elle.

Malheureusement, une amie avec qui elle courait s’est enlevé la vie, ce qui l’a incitée à relever le défi à son tour.

« Dans mon processus de deuil, je voyais les raisons pourquoi elle s’était enlevé la vie et ça rassemblait à moi du fait que je me mets de côté », poursuit-elle.

La jeune femme a alors utilisé ce défi comme prétexte pour penser à elle et entretenir sa passion pour les voyages. Si la chaleur demeure leur principale crainte, les jeunes femmes disent avoir besoin de ce défi pour se dépasser dans leur sport.

Sentinelles

Yves Bélanger a tenu à souligner le courage, la générosité et la détermination de ces cinq femmes qui s’apprêtent à vivre l’expérience de leur vie.

« Chaque fois que les filles sortent, qu’elles font leur activité de financement, ce sont des centaines de personnes à qui elles parlent de la prévention du suicide, et ça, ça n’a pas de prix », lance M. Bélanger.

Grâce au travail soutenu des cinq randonneuses, la continuité de la formation des sentinelles sera assurée.

« Tous les sous qu’on recueille par l’initiative citoyenne, la majorité va dans ce projet-là », souligne M. Bélanger.

Cette année, une somme de plus de 50 000 $ a été amassée grâce aux initiatives citoyennes. Le montant de 18 200 $ remis au centre représente une somme jamais égalée.

Actuellement, le territoire de la Haute-Yamaska/Brome-Missisquoi dispose de 550 sentinelles. Le centre souhaite en ajouter 450. Il en coûte 1000 $ au CPS de la Haute-Yamaska pour former 10 sentinelles.

Les cinq randonneuses font partie d’un groupe de dix Québécois et elles se joindront à une cinquantaine d’autres francophones à travers le monde.

Il est possible de faire des dons à un participant ou à une équipe en visitant le www.courirpourlavie.ca/dons.