Marie Bolduc Béliveau et Yannick Gervais se tiennent devant ce qui était auparavant une forêt d’arbres matures.
Marie Bolduc Béliveau et Yannick Gervais se tiennent devant ce qui était auparavant une forêt d’arbres matures.

Coupe massive d’arbres à Waterloo: des citoyens exigent des réponses

Florence Tanguay
Florence Tanguay
La Voix de l'Est
La coupe massive d’arbres dans le cadre du développement de la rue de l’Escaut dans le domaine Chambourg sur le Lac, à Waterloo, inquiète plus de 80 citoyens qui ont lancé une pétition pour faire part de leur mécontentement à la Ville.

«Je veux revendiquer la forêt. Je veux revendiquer le non-respect d’un règlement municipal», explique Marie Bolduc Béliveau, une résidente du secteur. Avec Yannick Gervais et Frédéric Grondin, elle est l’instigatrice d’une plainte adressée à la municipalité à propos du déboisement, qu’ils jugent excessif, effectué dans leur quartier.

Le trio réclame une consultation publique et un reboisement. Ils envisagent même de déposer un recours collectif contre la Ville de Waterloo si aucune action n’est entreprise dans les plus brefs délais.

Le projet de construction de la rue de l’Escaut, prévu depuis quelques années, était connu des citoyens. C’est une nouvelle clause, ajoutée lors d’une séance extraordinaire du conseil municipal le 28 mai dernier, tenue à huis clos en raison de la COVID-19, qui les fait sourciller.

Cette clause, acceptée à l’unanimité par les membres du conseil, stipule que «le déboisement sera permis sur les premiers 30 mètres à partir de la ligne du lot avant, et ce, sur chacun des lots visés». Considérant que la majorité des terrains où seront construits des jumelés ont moins de 30 mètres de profondeur, cet ajout permet au promoteur, les Entreprises Lachance, d’abattre l’ensemble des arbres s’y trouvant.

Attachés à leur environnement

Les Waterlois rencontrés, qui vivaient auparavant près d’une forêt et de sentiers pédestres, ne comprennent pas que la Ville puisse avoir accepté un tel arrangement. «C’est à l’entreprise de s’adapter aux règlements municipaux et pas l’inverse», déplore Yannick Gervais.

Gilles Lacerte, qui a emménagé dans le quartier en décembre 2019, songe à vendre sa propriété construite tout récemment. «On vient ici pour être en nature, mais il n’y a plus de nature», déplore-t-il.

Une autre résidente, Laure Provost, a vu le paysage à l’arrière de sa maison changer drastiquement dans les dernières semaines. «C’est épouvantable, s’attriste-t-elle. Je crois que j’ai pleuré pendant trois jours.»

Celle qui habite Chambourg sur le Lac depuis 15 ans a déjà commencé à reboiser son propre terrain dans l’espoir de compenser la perte de la forêt.

«On peut comprendre que les gens soient déçus», accorde Patrick Lachance, directeur général des Entreprises Lachance, qui affirme que la construction de la rue de l’Escaut était dans les cartons depuis au moins 2011. Il assure toutefois que tous les arbres qui ont été coupés devaient l’être, en raison de l’étroite superficie des terrains qui accueilleront des jumelés.

Tous les arbres se trouvant sur les terrains de la future rue de l’Escaut ont été coupés dans le cadre du développement de la rue de l’Escaut.

«On sait déjà ce que les gens veulent», affirme M. Lachance, en faisant référence aux futurs acheteurs qui selon lui souhaiteront installer piscines et cabanons sur leurs terrains.

Il renchérit en mentionnant qu’il est plus rapide, économique et respectueux pour l’environnement de raser l’ensemble des arbres en une seule fois – en agissant ainsi, moins de camions se rendent sur le chantier –, plutôt que d’effectuer l’opération terrain par terrain.

Réglementation municipale

Les résidents du domaine Chambourg sur le Lac, dont le slogan est «La nature comme voisin», doivent respecter une charte écologique. Ils ont notamment l’obligation de demander l’autorisation avant de pouvoir couper un seul arbre en santé.

La réglementation municipale régit aussi le déboisement. Par exemple, l’article 14.2 concernant la construction d’un bâtiment stipule que «la superficie déboisée maximale [doit être] de 50% de la superficie boisée du terrain. Ce même article énonce aussi que «tout dépassement de cette norme est assujetti à un reboisement de la valeur de coupe qui a dépassé les 50%.»

Selon ces règlements, un grand nombre d’arbres devraient donc être plantés afin de compenser la coupe abondante qui a eu lieu. Or, le promoteur s’engagerait seulement à planter deux arbres par terrain, soit un à l’avant de la maison et un à l’arrière.

Les trois citoyens à l’origine de la pétition estiment également que les Entreprises Lachance n’auraient pas respecté l’article 14.6 concernant la protection des boisés voisins. Cet article stipule qu’une «bande de protection de cinq mètres le long d’un boisé voisin doit être préservée» à moins d’une «entente écrite et signée entre les propriétaires concernés.»

Kevin Desroches, qui possède une propriété dans le secteur depuis 2010, doute que cette règle ait été respectée. Des érables matures situés à moins de 30 centimètres de l’extérieur de son terrain ont été abattus, cite-t-il en exemple.

Le maire espère corriger le tir

Le maire de Waterloo, Jean-Marie Lachapelle, concède que le déboisement n’a pas été fait de la meilleure façon possible. «On n’est pas parfaits, mais ça a été fait de bonne foi», assure-t-il, sans s’avancer sur un possible non-respect de la réglementation municipale, en raison des menaces de poursuite.

Il confirme cependant que le directeur de l’urbanisme de la Ville, Marc Cournoyer, était présent lorsque le projet de déboisement a été accepté. «Pas assez», a simplement indiqué le principal concerné.

«C’est peut-être déplorable ce qui est arrivé dans ce dossier-là, mais c’est arrivé pareil», conclut le maire Lachapelle, qui espère maintenant corriger le tir. Il souhaite organiser une rencontre réunissant des représentants des Entreprises Lachance, de la Ville et des citoyens à la fin du mois de juin afin de trouver des solutions.

Marie Bolduc Béliveau souhaite surtout que leur démarche évite qu’un autre déboisement de cette ampleur ait lieu à nouveau. «Il va y avoir d’autres rues qui vont être développées, mais on ne veut vraiment pas que la situation se reproduise», explique celle qui s’inquiète pour la biodiversité présente dans les forêts de Waterloo.