Le prolongement de la rue Jules-Monast permettra la construction de 47 maisons, selon les prévisions des promoteurs.

Coupe à blanc en milieu urbain à Cowansville

Une petite forêt près de la rivière Yamaska à Cowansville a été presque entièrement rasée pour faire place à un projet résidentiel. Les promoteurs pourraient avoir contrevenu à la réglementation municipale. Le service de l’urbanisme procède à des vérifications.

« C’est affreux ce qu’ils ont fait. Ils n’ont laissé aucun arbre debout », s’est indignée Ginette Larralde, une résidente de la rue Jules-Monast dans le secteur nord-ouest de la municipalité. « On s’attendait à ce que des maisons se construisent un jour ou l’autre, mais qu’ils coupent tout... C’est sauvage. »

L’abattage d’arbres s’est fait la semaine dernière, indique Daniel Doucet. « On est parti à 8 h et quand on est revenu à midi, il ne restait aucun arbre ; ils avaient tout coupé », explique-t-il. Le terrain comprenait des bouleaux, mais également des érables et des pins, selon l’homme qui habite l’endroit depuis 1986. « On allait prendre des marches l’hiver en raquette. C’est vraiment dommage. »

Mme Larralde ne comprend pas pourquoi les arbres situés en fond de lot n’ont pas été épargnés. « Il y a avait un immense pin, juste là », dit-elle, indiquant une zone distancée de quelques mètres de sa clôture. « Ils ne construiront pas de maison là. Pourquoi l’avoir enlevé ? »

Le projet, lancé par la compagnie St-Pierre et Tremblay et l’arpenteur-géomètre Philippe Tremblay, prévoit prolonger la rue Jules-Monast pour en faire une boucle qui mènera à la rue Bell. Ils prévoient construire 47 maisons sur le terrain dont l’ensemble de la superficie avoisine 4,5 hectares.

Les travaux de déboisement ont été faits en respectant le permis émis par la Ville, assure M. Tremblay. « On a coupé pour pouvoir construire la rue. On en a aussi enlevé d’autres parce qu’ils étaient dangereux. C’était des bouleaux et des trembles. Avec les vents qu’on a, ils auraient pu tomber. C’est très dangereux. Ça m’est arrivé dans un autre développement. On a été chanceux ; ça nous a seulement coûté une gouttière. Imaginez si l’arbre était tombé sur un enfant », a-t-il dit en entrevue en fin d’après-midi.

Les arbres qui longeaient les terrains des maisons déjà construites ont été abattus parce qu’ils étaient trop près de la ligne électrique qui passe là, a dit M. Tremblay. Il a fait remarquer que des pins ont été conservés au bout de l’actuelle rue Jules-Monast. Il prévoit en sauvegarder plusieurs. Certains seront enlevés et replantés près de la rue Albert pour servir d’écran visuel et sonore, a-t-il dit.

L’ensemble de la superficie du projet des promoteurs avoisine 4,5 hectares.

Aucun rapport d’ingénieur forestier n’a été préparé pour ce projet, a dit M. Tremblay. La Ville ne l’exige pas, a-t-il fait valoir.

Vérifications en cours
Du côté de la Ville, des vérifications sont en cours à la suite de la réception de trois plaintes en lien avec le déboisement effectué, souligne Olivier Ricard, directeur du service de l’aménagement urbain et de l’environnement de la municipalité.

Deux inspectrices se sont rendues sur place lundi pour vérifier l’étendue des travaux, a dit M. Ricard.

Dans son règlement de zonage, la Ville permet le déboisement et l’abattage d’arbres présents dans l’emprise des rues projetées. Un protocole d’entente doit auparavant être signé entre le promoteur et la Ville. Un tel protocole a été signé, a confirmé M. Ricard.

Une emprise de rue compte une largeur d’environ 15 mètres, a dit M. Ricard en réponse à nos questions.

Le déboisement effectué est beaucoup plus large. Il couvre près de 60 mètres de largeur, selon nos observations.

« S’ils ont coupé des arbres en dehors de l’emprise, on va émettre un constat d’infraction. Ils ne peuvent pas déboiser tout de suite pour les maisons. Ça prend un autre permis », a dit M. Ricard.

Le règlement de la Ville prévoit une amende comprise entre 500 $ et 2000 $ pour une personne morale (entreprise) pour un déboisement illégal. Une amende d’entre 5000 $ à 15 000 $ par hectare complet déboisé peut s’ajouter en vertu de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme.