Bernard Brodeur et Chantal Gareau ont développé une réelle passion pour la production vinicole.

Côte des Limousins: vers des premières vendanges bio

Au terme d’un long processus débuté il y a trois ans, les pratiques écoresponsables du vignoble Côte des Limousins à Roxton Pond seront certifiées par l’organisme Écocert d’ici quelques semaines. Ce sera donc des raisins biologiques qui seront récoltés au cours des vendanges à l’automne et du vin biologique qui sera embouteillé.

Difficile d’imaginer que le couple a carburé pendant plus d’une décennie à la politique provinciale. Bernard Brodeur a représenté la circonscription de Shefford sous les couleurs du Parti libéral de 1994 à 2007 et sa conjointe, Chantal Gareau a été son attachée politique. Désormais, c’est la production vinicole qui occupe le plus clair de leur temps. « On a toujours été là où la passion nous a menés ! », lance Mme Gareau. 

Les yeux de cette dernière brillent alors que l’on discute de production vinicole, une véritable passion pour elle. Une opération à la hanche l’a obligée à abandonner les travaux physiques dans les champs, mais elle garde la tête remplie de projet et d’ambition pour l’entreprise. 

« Elle est très bonne pour nous dire quoi faire ! », lance à la blague son conjoint. 

Savoir-faire

Au fil des ans, des essais et des échecs, le couple a développé un solide savoir-faire dans le domaine vinicole. 

« On a planté en 2001 et aujourd’hui on a la prétention de penser qu’on commence à connaître ça », lance Chantal Gareau. Leur virage biologique va justement de pair avec des pratiques agricoles de pointe qui nécessitent une bonne connaissance­ du terrain. 

« Avec le bio, tu changes complètement ta façon de faire. C’est comme si on avait recommencé à zéro depuis 2015. Lorsque tu opères un vignoble traditionnel avec des produits chimiques, tu interviens, mais tu ne préviens pas. En bio, tout ce qu’on fait est en prévention­ », souligne-t-elle. 

Sur le terrain, les techniques utilisées par le couple Brodeur-Gareau s’observent à l’œil nu. Les vignes, bien que relativement jeunes, sont hautes de plus d’un mètre et leurs feuilles sont soigneusement disposées afin d’éviter de créer un « mur de feuillage », comme l’explique la vigneronne. Cette façon de faire permet de garantir une exposition au soleil plus égale, de diminuer le risque de maladie, mais surtout d’augmenter le taux de sucre considérablement — trois Brix selon Mme Gareau. 

« On travaille en stimulant le système immunitaire de la plante pour qu’elle puisse se défendre lorsqu’il arrivera les périodes de risque », explique-t-elle. 

Leurs pratiques vont au-delà des impératifs imposés par leur certification biologique. Plutôt que d’utiliser — comme le permet la certification bio — un peu de cuivre dans la lutte au mildiou (maladie), la vigneronne utilise un mélange de plantes tout aussi efficaces. 

Microclimat

« L’œnologue nous disait “tout le monde dit qu’ils ont un microclimat, mais ici c’est vrai” », soutient Chantal Gareau. Les cyclistes qui ont l’habitude de ce secteur du 8e rang peuvent en témoigner : on gagne quelques degrés en haut de la colline, en amont du réservoir Choinière.

La zone, presque toujours venteuse, est bénéfique aux vignes qui tolèrent ainsi mieux le gel l’hiver et qui sont moins sujettes aux maladies durant l’été. De plus, le plan d’eau situé à une centaine de mètres permet de régulariser le climat.

« Ça rafraichit un peu au printemps, mais à l’automne, l’eau emmagasine la chaleur et ça réchauffe de quelques degrés », explique l’ancien député Bernard Brodeur. 

Vision entrepreneuriale 

Le vignoble Côte des Limousins a toujours été plus qu’une simple passion ou un passe-temps. Le couple a déjà tenu une table champêtre et des élevages d’animaux en plus du vignoble. Toutefois, les activités de l’entreprise tourneront désormais exclusivement autour de la vigne. « Il y a eu un moment où on s’est questionné sur l’avenir du vignoble, mais ça nous a mis un vrai baume lorsque les enfants nous ont certifié qu’ils voulaient revenir et travailler pour l’entreprise », confie celle qui s’était portée candidate à la mairie de Roxton Pond. Bernard Brodeur, de son côté, souhaite continuer l’expansion du vignoble de 8000 plants pour en faire un domaine de plus de 100 000 vignes « dans un horizon de dix ans ». 

« Nous n’avons pas encore choisi ce que nous allons faire comme produits », explique la vigneronne Chantal Gareau. Avec leurs différents cépages, plusieurs combinaisons sont possibles. Le couple souhaite se trouver un créneau et le perfectionner au fil des ans. 

Les premières bouteilles certifiées biologiques devraient être disponibles l’an prochain en SAQ et en épicerie. Il est toutefois possible qu’ils optent pour le vieillissement en barrique dans le cas du vin rouge, ce qui allongerait le processus, mais augmenterait la qualité­ du produit. 

« On a une vision entrepreneuriale, c’est ça que ça prend pour que ça fonctionne », explique l’ancien député.