Laurence Levasseur, présidente de la Coopérative Le Terroir Solidaire (à gauche), accompagnée de Chloé Ostiguy, Kristen Gingera et Jules Dumontet, lors de la préparation des boîtes pour la livraison de produits à domicile.
Laurence Levasseur, présidente de la Coopérative Le Terroir Solidaire (à gauche), accompagnée de Chloé Ostiguy, Kristen Gingera et Jules Dumontet, lors de la préparation des boîtes pour la livraison de produits à domicile.

Coopérative Le Terroir Solidaire: les producteurs et les consommateurs plus près que jamais

Avec une demande de plus en plus grande pour les produits de chez nous et les restaurants qui ont dû fermer leurs portes pendant plusieurs semaines, la Coopérative Le Terroir Solidaire a doublé son adhésion chez les petits producteurs de la région de Brome-Missisquoi. La coop fermière, unique en son genre dans le monde agricole québécois, cherche à offrir des services plus abordables et locaux pour les producteurs tout en donnant un accès direct aux produits 100 % locaux.

Fondée en 2017, la coop nouveau-genre est le fruit de nombreuses discussions entre les membres fondateurs, qui cherchaient des solutions à leurs défis. L’entraide est le mot d’ordre.

« C’est un super beau projet ! Tout le monde est super enjoué, rapporte la présidente de la Coopérative Le Terroir Solidaire, Laurence Levasseur. C’est beaucoup de travail, mais on est tous confiants que c’est un projet qui va fluctuer dans le futur. On voit vraiment qu’il commence à y avoir de l’intérêt autour du projet. »

Il y avait auparavant une quinzaine de membres, dont des producteurs de porcs élevés en pâturage, de bœufs nourris à l’herbe, de pain, de fromages et de légumes, mais, depuis le début de la pandémie, ils sont trente. Plusieurs se sont tournés vers la coopérative puisque leurs principaux acheteurs, comme les restaurants, étaient fermés.

L’objectif est d’avoir environ 45 membres dans Brome-Missisquoi, mais aussi que leur modèle inspire d’autres regroupements de producteurs agricoles et maraîchers dans d’autres régions.

« Les services qu’on offre touchent principalement deux volets : la commercialisation et la transformation », explique Mme Levasseur.

« On veut se donner accès à des services qui sont autrement dispendieux au privé. Pour la boucherie, c’est un service qu’on fait faire par une entreprise privée, parce que c’est trop cher de le faire à la ferme. Les producteurs maraîchers qui font de la transformation vont ailleurs. D’avoir le service de télétransformation via la coop, c’est idéal parce que, en quelque sorte, ça appartient aux producteurs et si le service est profitable, ça leur revient en fin de compte. »

Ce projet est toujours dans les cartons puisqu’il est difficile à financer. La coop n’a pas non plus d’équipe permanente vouée au déploiement des services et à la profitabilité de ceux-ci. Ce sont les membres du conseil d’administration, à travers les tâches quotidiennes que demande leur propre entreprise agricole, qui travaillent sur le projet. La pandémie les a cependant poussés à mettre le pied sur l’accélérateur.

Vendre autrement

La vente directe aux consommateurs est en marche depuis un moment avec les marchés publics.

« On a commencé à faire des marchés fermiers regroupés sous la bannière de la coop, souvent le samedi matin. Plusieurs agriculteurs ne peuvent pas le samedi ou vont déjà dans un marché et ne peuvent pas en faire deux. De le faire avec la coop, ça permet aux membres de faire plusieurs marchés en même temps sans avoir à être présents physiquement. »

Les consommateurs peuvent ainsi choisir parmi une grande variété de produits de grande qualité — les producteurs doivent correspondre aux valeurs écologiques de la coop — et de chez eux. Ce service est offert depuis la création de la coop fermière moderne.

La plateforme d’achat en ligne a été littéralement propulsée depuis le début de la pandémie.

« Sur notre plateforme, on peut retrouver tous les produits des membres de la coop, qui sont livrés à domicile une fois par semaine, le jeudi, et dans deux points de chute, qui sont les marchés de Frelighsburg et de Sutton, durant la saison estivale. On a eu deux subventions d’Emplois d’été Canada, alors on a deux employés qui vont nous aider à faire la gestion des commandes et des livraisons. Ça fonctionne vraiment très bien. »

Le contenu des boites est rassemblé au restaurant membre L’Archipel.

L’avantage de cette plateforme est que la coopérative ne garde qu’une marge de 20 % sur les produits vendus, contrairement aux plateformes privées et certains commerces, dont la marge minimale est de 30 %. Certaines fromageries gardent même un pourcentage de 60 % sur les produits fromagers, souligne Laurence Levasseur.

« Pour des petites entreprises comme la nôtre, ajoute la productrice de porcs élevés en pâturage, 30 ou 40 %, ce sont des grosses marges. »

Dans les restaurants

Une section sur la plateforme de vente en ligne est en préparation pour les restaurateurs de Brome-Missisquoi.

« On aimerait que les restaurateurs puissent commander tous les produits au même endroit. Actuellement, c’est difficile pour les restaurateurs de s’approvisionner. Ils veulent avoir des produits de petits producteurs sur leur table, mais souvent c’est difficile parce qu’il faut qu’ils fassent 40 appels en début de semaine au lieu d’en faire un seul chez un grand distributeur, illustre Mme Levasseur. On voudrait qu’ils puissent commander directement des producteurs, mais via la coop. Ça leur facilite la tâche parce qu’ils peuvent commander le lait, les œufs, le pain, les légumes, la viande au même endroit et ça vient vraiment de leur région. »

Cet aspect du service sera implanté cet été. Déjà, la microbrasserie La Knowlton Co. fait affaire avec la coopérative pour s’approvisionner.

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UNIQUE EN SON GENRE

La Coopérative La Mauve, dans la région de Chaudière-Appalaches, était la seule coopérative semblable à Terroir Solidaire, mais elle a fait faillite au début de l’année. Selon Radio-Canada, elle était en difficulté en raison de ses frais fixes. Son siège social était aussi une boutique et les dettes se sont accumulées.

« On a bien étudié le dossier. Une des différences qu’ils avaient avec nous, c’est que le seul service qu’ils offraient était la mise en marché, précise Laurence Levasseur, présidente de la Coopérative Le Terroir Solidaire. C’est ce qu’on essaie de ne pas faire. On ne veut pas prendre une grosse marge sur les produits des producteurs, donc c’est sûr que les profits sont un peu moindres. Nous sommes des producteurs qui travaillons pour les producteurs, alors on ne va pas augmenter la marge. C’est pour ça qu’on veut offrir d’autres services qui vont être plus profitables pour justement subvenir à la coop. »

Une coopérative similaire, la Coopérative de solidarité Val-Horizon, devrait voir le jour en juillet, dans le Val-Saint-François, au nord de Sherbrooke. Elle opèrera une épicerie, un bistro et une cuisine pour la transformation des produits. La forme de la coopérative, de solidarité plutôt que de services, propose une structure différente. 

« Il n’y a pas vraiment de coopératives comme la nôtre en Amérique du Nord, à ce qu’on sache. Souvent les coops au Québec ce sont des coopératives de producteurs, comme les producteurs de grains qui se regroupent pour l’achat et la vente. Nous n’avons pas les mêmes objectifs. »

Des coopératives basées sur le même modèle existent en Europe.