Comme son conjoint ne sera pas autorisé à la remplacer durant sa grossesse et son congé de maternité, Cynthia Lussier est contrainte de fermer sa garderie.
Comme son conjoint ne sera pas autorisé à la remplacer durant sa grossesse et son congé de maternité, Cynthia Lussier est contrainte de fermer sa garderie.

Contre son gré, une éducatrice doit fermer son service de garde en milieu familial

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Il y a environ un mois, Cynthia Lussier a découvert avec joie qu’elle était enceinte de son deuxième enfant, elle qui est déjà la maman d’une fillette de 13 mois avec son conjoint Jean-Philippe Mailloux. Comble de bonheur, la loi a été modifiée entre ses deux grossesses, ce qui lui permettra d’avoir droit à un retrait préventif à titre de responsable de service de garde (RSG) en milieu familial subventionné. Du moins, c’est ce qu’elle croyait.

Depuis septembre 2019, les RSG en milieu familial peuvent bénéficier d’un retrait préventif durant leur grossesse à condition d’être reconnues par un bureau coordonnateur, d’être subventionnées par le ministère de la Famille et de détenir le certificat médical approprié.

La procédure de retrait préventif prévoit la fermeture du service de garde jusqu’au retour au travail de la RSG, mais Cynthia Lussier croyait avoir trouvé la solution idéale pour éviter d’en arriver là. C’est que son conjoint travaille lui aussi à temps plein dans l’entreprise familiale. Il est actuellement l’assistant de Mme Lussier, mais est en voie de compléter sa formation pour détenir le titre de RSG.

De plus, au cours des derniers mois, le couple a entièrement rénové et réaménagé la garderie afin de rendre celle-ci entièrement indépendante de la résidence en la dotant d’une entrée privée, d’une salle de jeux et d’une salle de bain attenante. «Comme ça, je ne me trouverai jamais dans la garderie pendant ma grossesse ou mon congé de maternité et je ne serai pas en contact avec les enfants», explique la propriétaire de la garderie Le Petit soleil, à Dunham, qui s’est préalablement assurée auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) que sa démarche la rendrait éligible à un retrait préventif.

La CNESST est d’ailleurs mandataire de l’administration du régime de retrait préventif.

«Aucune flexibilité»

Malgré toute cette bonne volonté, le ministère de la Famille persiste et signe: le milieu de garde devra être fermé, sinon Mme Lussier devra renoncer à son retrait préventif. Il pourrait mettre fin à ses activités aussi tôt que lundi prochain.

«Je suis vraiment sous le choc et déçue, confie la principale intéressée. Ça fait quatre semaines que je fais des appels partout et que j’essaie de trouver une solution.»

La Dunhamienne était convaincue que son plan de match lui permettrait à la fois de bénéficier de son congé tout en maintenant son service de garde ouvert. «Les enfants n’auraient manqué de rien, ils auraient continué d’avoir un éducateur qu’ils connaissent et ne seraient pas changés de milieu.»

Des démarches ont aussi été effectuées par la directrice du bureau coordonnateur Les Pommettes Rouges, Marie-Claude Morier. Cela s’est conclu par une autre fin de non-recevoir. «J’aurais pensé qu’ils [ndlr: les fonctionnaires du ministère de la Famille] comprendraient ma situation, mais clairement, avant que la loi ne soit adoptée, personne n’a réfléchi à tous les scénarios possibles. Les règlements actuels sont trop rigides. Ils n’ont démontré aucune flexibilité», lâche-t-elle, réitérant avoir eu une recommandation favorable auprès de la CNESST.

Marie-Claude Morier se dit «déçue» du verdict du ministère, mais affirme du même souffle comprendre les motifs qui justifient ce refus. «On a vraiment retourné le problème dans tous les sens et aucune solution ne semblait fonctionner auprès du ministère, explique-t-elle. C’était trop difficile de garantir qu’il n’y aurait pas de contact avec les enfants, même avec les aménagements qui ont été réalisés. Je suis très sensible à sa cause et j’aurais aimé qu’on trouve une solution.»

La directrice du bureau coordonnateur Les Pommettes Rouges, Marie-Claude Morier, se dit «déçue» du verdict du ministère, mais affirme du même souffle comprendre les motifs qui justifient ce refus.

Conséquences

La fermeture de la garderie en milieu familial signifierait la perte de l’emploi et des revenus de M. Mailloux, qui devra se trouver un autre travail alors qu’il aime beaucoup s’occuper des enfants.

«On m’a expliqué qu’il ne peut y avoir qu’un seul RSG par adresse, dit Mme Lussier, qui ne touche ni salaire ni prestation actuellement. Alors, même si mon conjoint est en voie de terminer sa formation pour être reconnu, il n’aura pas le droit de me remplacer; il va toujours être mon assistant et à ce titre, il ne peut pas opérer la garderie lui-même.»

Cela voudrait aussi dire que six enfants se retrouveraient sans service alors que le manque de places en milieu de garde est criant dans la région.

Des parents touchés par la fermeture potentielle du Petit soleil ont fait parvenir des lettres d’appui à l’éducatrice.

«Le refus du ministère d’accorder à son assistant, Jean-Philippe, de poursuivre lors du retrait préventif de la propriétaire du service de garde nous dépasse. [...] Il serait inacceptable que le ministère oblige ce service de garde à fermer considérant que le réseau des services de garde n’est pas en mesure d’accueillir actuellement tous les enfants et que les listes d’attente débordent partout», fait valoir un couple qui encense le service de garde et ses deux éducateurs.

Mme Lussier a également fait parvenir une lettre à sa députée, Isabelle Charest. Les employés de son bureau de circonscription ont communiqué avec le ministère de la Famille et sont également à la recherche de solutions, dont la mise en place d’une dérogation.

«De savoir que quelqu’un essaie de m’aider, ça fait du bien, dit Mme Lussier. Comme je travaillais de chez moi, je me sentais tellement seule là-dedans. Je me suis vraiment sentie écoutée et rassurée.»

Depuis mardi, deux demandes ont été adressées au ministère de la Famille concernant le dossier de Mme Lussier. Au moment de publier, un responsable des relations avec les médias était toujours en train d’effectuer des vérifications.