Après plusieurs expertises, le verdict final est tombé en février : la maison de Cédric Boulanger est entièrement contaminée­ et il n’a pas d’autre option que de la démolir.

Contraint de faire démolir sa maison à cause de la mérule pleureuse

Le résidant d’Abercorn dont la maison est contaminée par la mérule pleureuse n’aura pas réussi à la sauver. Cédric Boulanger devra démolir et reconstruire sa résidence, mais il ne pourra pas y parvenir sans un généreux coup de pouce.

Pas superstitieux, M. Boulanger a emménagé dans sa propriété de la rue Thibault Sud, achetée sans garantie légale, le vendredi 13 avril 2018. Rien dans l’inspection effectuée sur le bâtiment ne laissait deviner que quelque temps plus tard, il découvrirait la présence de mérule pleureuse dans sa maison, un champignon connu pour être le cancer du bâtiment.

Celui-ci se nourrit de bois humide et provoque la détérioration des édifices auxquels il s’attaque. Selon l’Institut national de santé publique du Québec, il ne peut pas causer de maladie ou d’infection nuisible à la santé humaine, mais sa présence est propice au développement d’autres types de moisissures.


« J’ai été bien entouré malgré tout, mais ça fait un an que je n’ai pas dormi dans un lit. Avec l’incertitude et le stress, ça laisse des traces. »
Cédric Boulanger

En août dernier, une campagne de sociofinancement sur les réseaux sociaux avait été organisée pour lui venir en aide.

« Ça a permis d’amasser environ 7000 $, confie celui qui vit en alternance, depuis un an, dans son garage et dans sa voiture avec son chien. Ça m’a permis de passer à travers l’hiver. C’était expertise par-dessus expertise. Je pense que ça m’a coûté plus de 13 000 $ de dépenses pour ça. »

« J’ai été bien entouré malgré tout, mais ça fait un an que je n’ai pas dormi dans un lit. Avec l’incertitude et le stress, ça laisse des traces », poursuit-il, épuisé.

Le verdict final est tombé en février : la maison est entièrement contaminée — seul un mur pourrait être sauvé, précise son propriétaire — et il n’y a pas d’autre option que de la démolir. « Je m’en doutais un peu, concède M. Boulanger. L’ingénieur qui est venu inspecter la maison a fait des trous pour la ventilation. Mais il ventait pas mal. Comme j’ai étudié un peu la microbiologie, ça n’a pas été long pour moi de comprendre que les mouvements d’air avaient amené des spores partout. »

« La seule chose qui aurait pu m’éviter tout ce bordel aurait été de faire faire des tests sur la qualité de l’air en même temps que l’inspection préachat, conclut-il. C’est un peu plus de 1000 $ qui auraient pu m’éviter bien des surprises. »

Nouvelle campagne de financement

La bonne nouvelle, s’il en est une, est que M. Boulanger est admissible au programme gouvernemental d’intervention résidentielle de la Société d’habitation du Québec.

« L’ingénieur a recommandé de démolir, parce que ça ne vaudrait pas la peine de décontaminer et de rénover, en plus de coûter plus cher », indique-t-il.

Appuyé par son ami Martin Delisle, M. Boulanger a relancé la campagne de financement qui avait eu lieu l’été dernier.

Le programme d’aide financière de Québec ne couvrira que 75 % de la facture, et ce, jusqu’à un total maximal de 100 000 $. « En fait, ils vont payer la moitié de toutes les factures et la balance ne me sera versée qu’à la toute fin des travaux », explique M. Boulanger.

C’est pourquoi il espère amasser environ 40 000 $ pour commencer le processus, surtout que la seule soumission reçue à ce jour est beaucoup plus onéreuse que prévu. « Je dois en avoir au moins deux, car je dois choisir la moins chère, mais la première soumission est de 178 000 $ pour la démolition et la reconstruction, explique M. Boulanger. Mais ça n’inclut pas la finition de la maison, donc pas de joints, pas de planchers, rien. On espère que la prochaine soumission va coûter moins cher. »

« J’ai tout perdu »

En fin de compte, lorsque sa résidence sera reconstruite, l’Abercornien estime à 113 000 $ l’argent qu’il aura englouti dans cette mésaventure, sans compter l’hypothèque complète qu’il aura à payer par la suite.

Difficile pour Cédric Boulanger de ne pas être amer après avoir vu son rêve tourner au cauchemar. « M’acheter une maison à Abercorn était le projet d’une vie, les montagnes, la paix, la communauté. Finalement, j’ai tout perdu. J’ai été malade souvent, mon chien aussi, j’ai perdu des amis et j’ai fait du camping pendant un an. C’était pas ça le plan », laisse-t-il tomber.

Même s’il doit démolir sa maison, l’homme, lui, ne se laissera pas abattre. « Je vais reconstruire, mais plus petit, parce que c’est cher, tout en respectant la superficie minimum de la municipalité », poursuit le citoyen.

Celui-ci a obtenu les permis nécessaires de la municipalité pour aller de l’avant. À défaut d’obtenir les sommes souhaitées, il accepterait toute aide de la part de travailleurs de la construction en règle qui pourraient lui donner un coup de main avec les travaux.

« C’est dommage pour ce monsieur-là, il a fait tout ce qu’il fallait », a commenté le maire d’Abercorn, Guy Gravel.

Il est possible de faire un don à M. Boulanger sur la plateforme GoFundMe, en cherchant « Sauvons la maison à Cédric ».