Des membres de l'Alliance syndicale de la construction, dont Jacques Chalifour, ont passé le chapeau jeudi à Granby pour venir en aide à un travailleur qui refusait de se rallier au mouvement de grève générale pour des raisons financières.

Construction: la solidarité jusqu'au bout

Aide inattendue pour un travailleur de la construction qui refusait, pour des raisons financières, de se joindre au mouvement de grève générale jeudi matin. Des membres de l'Alliance syndicale de la construction, chargés de faire respecter le mot d'ordre sur les chantiers, ont décidé de se cotiser pour lui venir en aide.
« Le gars nous a expliqué que sa conjointe était malade et qu'il ne pouvait pas se permettre d'arrêter de travailler. On était une trentaine de gars. On a passé le chapeau. À coups de 10 $ et de 20 $, on a ramassé 325 $ pour l'aider, lui et sa famille », a affirmé hier Jacques Chalifour, un des membres de l'Alliance syndicale de la construction qui a fait la tournée des chantiers de Granby jeudi. 
Le groupe a aussi manifesté en fin d'avant-midi devant les bureaux locaux de l'Association de la construction du Québec (ACQ), rue Cowie à Granby. 
Selon M. Chalifour, c'est dans le Quartier de l'école des Terres Miner à Granby que la délégation de l'Alliance syndicale de la construction est tombée sur un petit groupe de travailleurs de Construction Clément Robert, toujours affairés à la construction d'une résidence. 
« Notre but, ce n'est pas de brasser personne. On mise sur le dialogue. On invite les gens à quitter le chantier. On les informe aussi que plus on va se tenir, plus vite ça va se régler », fait valoir Jacques Chalifour, lui-même un retraité de la construction, toujours membre de la Fraternité interprovinciale des ouvriers en électricité.
Touchés
Dans 95 % des cas, les travailleurs font preuve de solidarité et se rallient à leurs confrères, selon
M. Chalifour. Ceux qui refusent d'obtempérer doivent toutefois composer avec la présence de grévistes qui s'installent sur place pour faire du piquetage.
Les raisons évoquées par les récalcitrants du Quartier de l'école ont toutefois touché la trentaine de membres de l'Alliance syndicale de la construction présents, relève Jacques Chalifour. 
D'où cette collecte de fonds spontanée au sein du groupe qui s'est, par la suite, traduit par l'abandon du chantier par le petit groupe de travailleurs qui étaient demeurés solidaires pour aider leur collègue, dont la famille est affectée par la maladie. L'initiative a été filmée et des membres de l'Alliance prévoyaient la diffuser sur les réseaux sociaux.
Selon Jacques Chalifour, la grande majorité des chantiers étaient paralysés jeudi à Granby, le mot d'ordre général étant respecté. Aucun incident n'a été rapporté par rapport à la présence des grévistes du côté du service de police, a indiqué le porte-parole, Guy Rousseau. 
Aucun représentant de Constructions Clément Robert n'a retourné l'appel de La Voix de L'Est.
Le maire de Granby, Pascal Bonin
La Ville de Granby affectée simultanément par deux grèves
Il n'y a pas que la grève de la construction qui affecte les chantiers de la Ville de Granby en ce moment, celle des ingénieurs du gouvernement du Québec aussi, a déploré jeudi le maire, Pascal Bonin.
« On parle moins de la grève des ingénieurs. Mais ça fait en sorte que ça bloque au niveau de l'approbation des plans (à Québec) pour la réalisation des rues. On est bloqués par la grève des ingénieurs et par celle de la construction. Les projets qui sont en amont ne sortent pas et ceux qui sont en aval ne sortent pas non plus. Les municipalités ont la sinusite. Il n'y a plus rien qui sort. Il faut que les deux grèves se règlent », a laissé tomber le maire. 
Ce dernier affirme demeurer neutre dans ces conflits de travail. Mais il importe d'être « en mode solutions », croit-il. « Je ne me mêle pas des négos. Je ne fais qu'une constatation : au Québec, la fenêtre d'opportunités pour réaliser des travaux est déjà excessivement courte. On ne peut pas se permettre de l'écourter volontairement. On a, en plus, eu un printemps très pluvieux. On s'en va vers le 1er juin et toutes les villes ont de la misère à partir leurs projets », fait valoir Pascal Bonin. 
Selon lui, le chantier lancé pour la transformation de l'église Notre-Dame, ainsi que les travaux de la rue Léger qui visent à compléter la réfection des infrastructures entreprise l'an dernier, sont freinés depuis mercredi par la grève des travailleurs de la construction. 
« Si c'est quelques jours, ce n'est pas dramatique, mais on a hâte que ça recommence », a glissé le directeur du bureau de projets à la Ville, Daniel Surprenant. 
La grève des ingénieurs de l'État, elle aussi déclenchée mercredi, a entre autres pour effet de retarder le projet de la rue Lansdowne qui doit permettre de séparer les réseaux unitaires (égouts), note le maire. 
« On n'a pas eu le ok pour les plans. Après, les gens vont penser que les municipalités s'y prennent à la dernière minute pour la réalisation des travaux. (...) Je n'ai aucun parti pris, mais force est d'admettre qu'il faut trouver des solutions rapidement, sinon ce sont tous les citoyens des municipalités du Québec qui vont en subir les conséquences. C'est comme ça dans le public, mais aussi dans le secteur privé. L'économie va être gelée dans une grande proportion », estime Pascal Bonin.