Jeudi, le CHSLD Santé Courville de Waterloo faisait place à la musique avec le spectacle de Roger Quirion.

Conjuguer vieillesse et temps des Fêtes

Malgré les tracas de santé et la vieillesse qui gagne du terrain, les traditions du temps des Fêtes ne se démodent pas dans les résidences pour aînés. Si certains souffrent de solitude, les résidents rencontrés par La Voix de l’Est profitent de la vie en communauté : bonne nourriture, musique et plaisir sont au rendez-vous.

Au CHSLD Santé Courville de Waterloo, pas question de passer à côté de cette période de l’année. Les festivités débutent dès le 1er décembre et se terminent le 6 janvier. Des activités sont organisées quotidiennement, et ce, trois fois par jour. Jeudi, le centre d’hébergement faisait place à la musique avec le spectacle de Roger Quirion. Une quarantaine de résidents se laissaient d’ailleurs bercer par le rythme de la musique.

Sonia Arès, une des techniciennes en loisirs, est fière du travail accompli. « C’est un beau mois. On adapte les activités pour le temps des Fêtes. (...) Les résidents participent beaucoup surtout quand c’est de la musique. C’est très rassembleur et on ne se trompe jamais », remarque-t-elle.

Lili visite sa soeur Rita au moins deux fois par semaine au CHSLD Santé Courville.

De la visite

Lili, la sœur de Rita qui vit au CHSLD Santé Courville de Waterloo depuis huit mois, vient lui rendre visite au moins deux fois par semaine, peu importe le temps de l’année.

Pendant les Fêtes, les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants se sont réunis dans un des salons du centre d’hébergement pour partager un bon repas en famille. « Ce n’est pas comme c’était. [Rita] a eu sa maison pendant 50 ans et c’est elle qui recevait à Noël. C’est un changement pour nous, c’est différent », avoue Lili. « Chaque chose a son temps », rétorque sagement Rita.

Rita n’est pas la seule à avoir eu la chance de passer du bon temps entouré de ses proches. Mme L’heureux, âgée de 91 ans a profité d’une journée avec ses six neveux et nièces. « Ça, c’est mon Noël : de les avoir vu et qu’ils aient pris le temps de venir me voir », dit-elle.

Mme L’heureux, 91 ans, fait partie de ceux qui reçoivent de la visite durant les Fêtes.

« J’adore les Fêtes ! Pour moi, c’est la famille, la visite », lance-t-elle enthousiaste. Amateure de bonne nourriture, Mme L’heureux se fait gâter par ses proches qui l’amènent manger à de bons restaurants aux alentours.

Son péché mignon durant Noël ? « Les atocas », lance-t-elle en rigolant.

Mme Bastarache voit Noël comme ne façon d’oublier les mauvais côtés de la vie.

Avoir du plaisir

Pour sa part, Mme Bastarache fait partie de ceux qui n’ont plus de contact avec leur famille. Mais elle ne s’apitoie pas sur son sort : elle a décidé de voir la vie du bon côté.

À la résidence les trois sphères de Granby, où elle a emménagé il y a à peine une semaine, Mme Bastarache s’amuse, discute avec tout le monde et aime rigoler. « Je fais toutes sortes de singeries et j’essaye de divertir les gens », répond-elle en concédant que les Noëls d’aujourd’hui ne sont plus comme ceux d’autrefois.

« Quand on est dans des endroits comme ici, il faut en faire des jeux parce qu’on dirait que notre famille nous oublie », observe-t-elle.

Assise sur son divan, livre à la main, Mme Bastarache se remémore ses souvenirs d’enfance où elle passait Noël chez sa grand-mère. « Ma mère n’a jamais su rejoindre le monde, mais ma grand-mère avait le tour. Elle faisait des beaux plats et du bon manger », se rappelle-t-elle. Pour elle, la définition d’un Noël réussi est un Noël où elle a pu « avoir du fun » et oublier les « mauvais côtés de la vie ».

M. Brien, 93 ans, a passé Noël entouré de ses douze enfants.

Quant à lui, M. Brien n’a pas perdu les petites attentions du temps des Fêtes. Malgré ses problèmes d’articulation, il s’affaire à écrire des cartes et d’y dessiner des scènes de Noël. Le 26 décembre, il a été très heureux de recevoir ses douze enfants au salon de la résidence.

« C’était très le fun et je suis très chanceux. Il n’y a pas une semaine que je n’ai pas personne [qui vient me visiter] », mentionne-t-il.

À la Résidence les 3 Sphères, Noël a été souligné le 17 décembre avec le service d’un dîner et la présence d’un duo de musiciens. Puis, le 25 décembre, les résidents ont pu manger quelques sucreries et jouer au bingo. Le personnel s’est présenté au travail en pyjama. Tous les éléments étaient réunis pour que la journée prenne des airs de fête.

« ÇA POURRAIT ÊTRE MIEUX»

Pierre Hovington, le propriétaire de la Résidence les 3 Sphères, remarque chaque année une diminution des visites après les Fêtes. 

Infirmier de profession et dans le domaine de la santé depuis plusieurs années, celui-ci constate que le contact avec la famille est plus prononcé durant la période des Fêtes et qu’ensuite une accalmie s’installe. 

« Ça se passe comme ça dans tous les centres. Ça pourrait être mieux : il y aurait place à l’amélioration », concède-t-il. M. Hovington avoue se sentir parfois impuissant face à la solitude que certains aînés vivent. 

« C’est délicat [d’obliger la famille à visiter l’aîné ] parce qu’on ne connaît pas le passé de tous les résidents qu’on héberge au niveau familial. C’est embêtant de faire la morale aux enfants ou à l’entourage », explique-t-il. 

Il ajoute que le personnel en fait beaucoup pour les résidents. « Quand c’est la gérante qui doit s’occuper d’aller chercher un rasoir, on peut s’imaginer qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui rodent autour du résident », illustre-t-il. Parmi sa trentaine d’occupants, la Résidence les 3 Sphères accueille plusieurs personnes ayant des problèmes de santé mentale qui sont parfois plus isolées. 

M. Hovington avoue que même si une technicienne en loisirs est présente à la résidence tous les lundis, ce ne sont pas tous les résidents qui souhaitent prendre part aux activités. Par exemple, lors du spectacle du 17 décembre, c’est plus de la moitié des personnes qui n’étaient pas intéressées à y être. 

Selon un sondage mené par Statistique Canada, « 19 % des personnes âgées de 65 ans et plus disent manquer de compagnie et avoir le sentiment d’être délaissées ou isolées. (...) Au Québec, l’insatisfaction à l’égard de la vie sociale toucherait environ 6 % des aînés ».