Parmi les trois élèves ayant été interpellés, aucun n’était armé. Une enquête est en cours pour comprendre les détails de leurs agissements.
Parmi les trois élèves ayant été interpellés, aucun n’était armé. Une enquête est en cours pour comprendre les détails de leurs agissements.

Confinement barricadé pendant deux heures: sueurs froides à Massey-Vanier

« Cours ! Cours te cacher dans une classe, n’importe laquelle », s’est fait crier Alexis Boutet par un surveillant à son arrivée à l’école secondaire Massey-Vanier de Cowansville. De 9 h 15 à 11 h 15, l’établissement scolaire a été placé en « confinement barricadé » alors que des informations laissaient craindre pour la sécurité des gens de l’école. La Sûreté du Québec (SQ) a interpellé trois élèves qui seraient à l’origine de cette intervention. Alexis ni aucun autre élève ou membre du personnel n’a été blessé lors de cette période de crise.

« Au final, tout le monde va bien », a assuré Alexandra Langlois, coordonnatrice aux communications à la commission scolaire du Val-des-Cerfs.

Mme Langlois souligne la rapidité d’action dont la direction de Massey-Vanier a fait preuve. « Au moindre doute, elle a réagi », a-t-elle indiqué. La Voix de l’Est n’a pas été autorisé à parler au directeur de l’établissement.

Par ailleurs, aucun des trois jeunes interpellés n’était armé, selon les autorités. Deux d’entre eux ont été appréhendés à l’intérieur des murs de l’établissement, le troisième à l’extérieur. Ils ont tous les trois été rencontrés par des agents de la SQ, au poste de Dunham.

Du côté des élèves, 90 % d’entre eux avaient quitté l’établissement en début d’après-midi, leurs parents étant venus les récupérer. Les cours et les services de soutien psychologique étaient toutefois offerts jeudi après-midi.

Il n’a pas été possible jeudi de connaître avec certitude quelles étaient les motivations des jeunes à l’origine de cette opération d’envergure.

Alexis, Philippe et Juliette se sont retrouvés confinés dans la même classe pendant plus d’une heure, avec environ cinquante autres élèves. «C’est pas un exercice, go!», se sont-ils fait dire.

Branle-bas de combat

C’était le branle-bas de combat à Massey-Vanier. Plusieurs policiers équipés de gilets pare-balles étaient présents dans l’édifice afin de sécuriser l’école.

Vers 10 h 30, la Sûreté du Québec a confirmé à La Voix de l’Est qu’il n’y avait cependant pas de menace directe pour la sécurité des personnes présentes à l’intérieur du bâtiment. Le corps policier a été dépêché sur les lieux dès l’activation, par la direction de l’école, du « code bleu » — code correspondant au confinement barricadé.

La Sûreté du Québec refuse toutefois d’expliquer ce qui a justifié la mise en place du code bleu, alors que les jeunes impliqués dans cette situation de crise n’étaient pas armés. « Une enquête est en cours », a résumé Aurélie Guindon, une porte-parole de la SQ.

« L’origine du déploiement policier a eu lieu à la suite d’une information reçue en début de journée [de Massey-Vanier], à cause d’une situation pouvant alors représenter un risque pour les personnes à l’intérieur », s’est-elle limitée à dire.

Rappelons que le code bleu consiste à sécuriser les établissements scolaires lorsqu’une situation pourrait mettre en danger la vie des élèves et des membres du personnel à l’école. Les portes des classes sont alors fermées, les enfants et le personnel doivent s’éloigner des fenêtres, se mettre à terre et garder le silence.

Les 2020 élèves de Massey-Vanier — 1400 du côté francophone et 620 du côté anglophone — ont vécu ce confinement pendant près de deux heures.

Alors que des rubans de plastique rouges interdisaient à quiconque d’approcher de l’entrée de l’école, des dizaines de parents inquiets s’y agglutinaient, et ce, malgré le froid et le vent glacial qui balayait l’endroit. Leurs traits étaient serrés, l’inquiétude se lisant aisément sur leurs visages.

« Même si on nous a prévenus de ne pas nous rendre à l’école, je me suis dit "too bad, j’y vais"», a expliqué au journal Julie Bonin, mère de Isaac, élève de 2e secondaire.

Alors que les élèves commençaient à sortir de l’établissement, Bianca Mailloux, mère d’Alexis, a abondé dans le même sens. « C’est paniquant quand tu es parent et que tu apprends ça. Dans ce temps-là, quand on te dit d’attendre, mais que ton enfant est en danger, tu n’écoutes pas », dit-elle.

Alors que des rubans de plastique rouges interdisaient à quiconque d’approcher de l’entrée de l’école, des dizaines de parents inquiets s’y agglutinaient, et ce, malgré le froid et le vent glacial qui balayait l’endroit.

Soulagés

Une fois le confinement levé, les élèves semblaient visiblement soulagés de se retrouver en sécurité à l’extérieur.

« Quand je suis entré dans l’école vers 9 h 05, le surveillant Mario courait partout pour avertir les élèves dans les couloirs, explique Alexis Boutet, un élève de 3e secondaire, qui affichait un calme étonnant malgré les événements. Il m’a demandé de courir me cacher dans n’importe quelle classe ; un prof m’a vu et m’a ensuite fait entrer dans sa classe. »

Ils étaient là une cinquantaine d’élèves, regroupés dans un petit espace fermé à l’intérieur même de la classe. Sans le savoir, Alexis a retrouvé un de ses amis, Philippe, et sa cousine Juliette.

« C’était un vrai de vrai code bleu, ce n’était pas un entraînement, rappelle Philippe Rocheleau, élève de 3e secondaire, comme s’il n’y croyait pas encore. Les profs ont empilé les bureaux et les chaises contre la porte — une vraie montagne ! »

« C’est pas un exercice, go ! », se sont-ils fait dire, témoigne de son côté Juliette, élève de 4e secondaire.

Un peu plus loin devant la porte d’entrée 24 de l’établissement, quatre filles — Alicia, Maya, Kellyna et Laurie — discutent entre elles. « Dans la classe, je pleurais ma vie, dit Alicia, car j’avais peur qu’il soit arrivé de quoi à mes soeurs Maya et Kellyna. »

« Je voulais juste que ça finisse », témoigne Maya, élève de 3e secondaire. « En arrivant dans la classe, je tremblais de partout », partage Laurie.

Kellyna a quant à elle été prise d’une crise d’anxiété : « J’avais de la misère à respirer, j’étais en sueur, je ne me sentais vraiment pas bien. »

« Par chance, le dénouement de tout cela a été heureux », a répété Mme Langlois, de la CSVDC.

Rappelons que ce n’est pas la première fois qu’un confinement barricadé a lieu à Massey-Vanier. En février 2010, un adolescent possédant une arme jouet avait été aperçu aux abords de l’école secondaire. L’unité d’urgence et l’escouade canine de la SQ étaient intervenues et les élèves avaient été gardés à l’intérieur. Le tout s’était terminé sans heurt.

En mars 2013, une situation semblable avait également eu cours à l’école secondaire J.-H.-Leclerc. Un appel anonyme de menaces visant l’établissement avait donné lieu à une opération policière d’envergure et au confinement des élèves dans les classes. Là encore, aucun véritable danger n’avait heureusement été constaté.

Une fois le confinement levé, les élèves semblaient visiblement soulagés de se retrouver en sécurité à l’extérieur.

DU SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE OFFERT PAR L’ÉCOLE

Plusieurs parents se sont montrés inquiets sur Facebook des conséquences psychologiques que pourrait entraîner un tel événement.

La commission scolaire du Val-des-Cerfs (CSVDC) a tenu à rassurer les parents, en mettant en place immédiatement une équipe de « postvention », composée de « trois ou quatre » psychologues et psychoéducateurs, a indiqué Alexandra Langlois, coordonnatrice aux communications de la CSVDC, lors de la conférence de presse tenue en début d’après-midi dans un local de l’école secondaire Massey-Vanier.

La coordonnatrice aux communications a indiqué que l’équipe « postvention » restera disponible pour les élèves et les membres du personnel aussi longtemps que ceux-ci en manifesteront le besoin.

Mme Langlois a rappelé que la commission scolaire avait choisi de publier l’information qu’elle avait à sa disposition via son compte Facebook, afin de tenir les parents rapidement informés de la situation.

Du côté de la commission scolaire Eastern Townships, du personnel sera également disponible pour soutenir psychologiquement les élèves, enseignants, membres du personnel « et aussi les parents, s’ils le souhaitent », précise Sharen Priest, responsable des communications de l’organisation.