Une quinzaine d’autobus scolaires ont sillonné les rues de Granby en convoi, lundi avant-midi, passant notamment devant les bureaux de la commission scolaire du Val-des-Cerfs.

Conducteurs scolaires: la grève illégale envisagée

Insatisfaits de leur salaire, les conducteurs d’autobus scolaire du Québec affiliés à la CSN n’écartent pas l’idée d’une grève illégale.

« On promet un printemps chaud et une rentrée mouvementée à l’automne », a déclaré Stéphanie­ Gratton, vice-présidente de la Fédération des employées et employés de services publics à la CSN, secteur transport scolaire, en point de presse lundi à Granby­. « Et ça pourrait aller jusqu’à la grève illégale. »

Pour illustrer leur motivation, les chauffeurs ont sillonné les rues de Granby en convoi d’une quinzaine d’autobus, en avant-midi, une « virée jaune » qui s’est notamment fait voir devant les bureaux de la commission scolaire du
Val-des-Cerfs, rue Court.

Ils reprochent aux commissions scolaires de ne pas utiliser les pleins montants qui leur sont alloués par Québec pour le transport scolaire, s’en réservant une partie à d’autres fins. « On veut des enveloppes bonifiées, dédiées et fermées pour nos conditions de travail », a dit Mme Gratton.

Quant au gouvernement, il refuse depuis des années de reconnaître le métier de conducteur à sa juste valeur, ont dit les membres et représentants syndicaux réunis dans les locaux d’Autobus Granby. « On vaut pas mal plus », estime l’employé Michel Vachon en soulignant les impératifs de sécurité, de ponctualité et de diplomatie qu’un conducteur doit respecter.

« Des parents qui nous attendent au coin de la rue pour nous engueuler parce qu’on a réprimandé leur enfant turbulent la veille, ça arrive régulièrement », a dit M. Vachon.

« Ils ont aussi une énorme responsabilité de sécurité, a fait remarquer un représentant de la CSN. C’est des enfants qu’ils transportent. Les gens pensent que “c’est juste des conducteurs”, et c’est pour ça que la CSN se bat. »

Taux minimal

Le salaire horaire des chauffeurs d’autobus oscille entre 12 $ et 22 $ selon les régions, avec une moyenne établie à 17,86 $. Chez Autobus Granby, il est de 20,29 $. Avec ce taux, le nombre d’heures travaillées (de 17 à 22 par semaine) permet de cumuler un revenu annuel d’environ­ 22 000 $.

« Tu ne peux pas faire vivre une famille avec ça », a dit le représentant syndical. Les syndiqués exigent un taux minimal de 22 $ l’heure et rappellent qu’ils sont « moins payés que les éboueurs. » Ils doivent négocier leurs conditions de travail avec une « panoplie d’intermédiaires » : gouvernement, commissions scolaires­ et employeurs.

Recrutement difficile

C’est pourquoi le recrutement s’annonce pénible pour les années à venir, a rappelé Stéphanie Gratton­ en évoquant « le début d’une crise ». Il manque de conducteurs sur certains circuits à Montréal, et ailleurs « on rappelle au travail des gens en congé de maladie, suspendus ou congédiés ».

« Les travailleurs ne sont tout simplement pas attirés par des emplois sous-payés qui leur demandent de telles compétences et de telles qualifications. C’est ce qui arrive en Ontario depuis plusieurs années. » Près de 521 000 écoliers, soit un peu plus de 60 % de tous les élèves du primaire et du secondaire, utilisent le transport scolaire chaque jour.

« On veut des enveloppes bonifiées, dédiées et fermées pour nos conditions de travail », dit Stéphanie Gratton (au centre), vice-président de la Fédération des employées et employés de services publics à la CSN, secteur transport scolaire. Elle était accompagnée en point de presse par Alain Grenier, président du syndicat d’Autobus Milton, du chauffeur Michel Vachon, de Patrick Marleau, conseiller à la CSN et de Jacques de Lafontaine, porte-parole syndical chez Autobus Granby.

Val-des-Cerfs ne retient pas d’argent, dit le dg

La commission scolaire du Val-des-Cerfs réfute l’allégation voulant qu’elle n’alloue au transport scolaire qu’une partie des sommes qui lui sont remises à cet effet par Québec.

« C’est faux, dit le directeur général Éric Racine. Sur notre budget transport de 11,5 M$, environ 8 M$ proviennent du gouvernement et s’il me reste des sous, je dois les retourner au ministère. Je n’ai donc aucun intérêt à garder des sommes. »

Les chauffeurs d’autobus devraient-ils être mieux payés ? À cette question, M. Racine répond que « les conditions de travail sont négociées pour nos sous-contractants, alors je ne peux pas m’ingérer dans leurs discussions ».

Il souligne que « notre marge de manœuvre n’est pas très grande en ce qui a trait au transport scolaire » et qu’« indirectement, c’est le ministère de l’Éducation qui dicte les conditions de travail ».

Le Ministère indique que lui aussi « n’intervient pas dans cette négociation », s’est limité à dire Esther Chouinard, responsable des relations de presse.

Le dg de Val-des-Cerfs précise n’avoir jamais été confronté à un manque de chauffeurs.