Le directeur général de Val-des-Cerfs, Éric Racine, croit que donner plus de pouvoir aux écoles est une erreur, notamment pour la charge de travail supplémentaire­ que cela représenterait dans chaque établissement.

Commissions scolaires: Val-des-Cerfs prône le statu quo

Retirer des pouvoirs aux commissions scolaires pour les donner aux écoles, comme le propose la CAQ, est une mauvaise idée, selon le directeur général de Val-des-Cerfs, Éric Racine.

Conscient qu’il prêche pour sa paroisse, le dirigeant de commission scolaire de 51 ans, accompagné du président, a tenu à expliquer ses arguments lors d’une rencontre avec La Voix de l’Est.

Tout d’abord, les directions d’école ne sont pas outillées — et encore moins disponibles — pour gérer des budgets et des responsabilités supplémentaires, dit M. Racine.

« Ce sont des pédagogues qui ont comme mandat de faire réussir leurs élèves avec les ressources disponibles. Si on les accable avec des considérations financières et matérielles, ils ne pourront plus faire leur travail. »

Enveloppes dédiées

Depuis quelques années, des montants sont envoyés directement aux écoles (comme pour l’embauche de professionnelles telles que des techniciennes en éducation spécialisée), qui doivent ensuite rendre des comptes sur les sommes utilisées. Mais seulement 31 % des redditions de compte liées à ces « enveloppes dédiées » ont été faites adéquatement, signale le DG.

Val-des-Cerfs s’est acquittée de la tâche pour les autres. « Où est l’économie, alors ? », demande le président Paul Sarrazin.

« On ne peut pas tordre plus que c’est tordu, ajoute l’élu. C’est pas vrai que chaque école peut s’occuper, par exemple, d’un chantier d’agrandissement pour des maternelles 4 ans. C’est de la pensée magique, ça. »

Le budget annuel de 200 M$ de Val-des-Cerfs est géré par sept personnes au centre administratif de la rue Court. « Si on transfère des budgets dans les écoles, ça va prendre au moins une personne par école pour s’en occuper, dit Éric Racine. Quand tu délègues, tu délègues aussi une responsabilité. »

Iniquité

Avec les promesses de « décentralisation », le DG voit aussi poindre le danger de l’iniquité. Bénéficiant de davantage d’enveloppes dédiées, les écoles plus nombreuses seraient favorisées au détriment des plus petites, souvent situées dans des secteurs plus pauvres ou isolés. Or, ces établissements ont besoin d’autant de ressources, sinon plus, que les grandes écoles.

« Ça prend un arbitre au-dessus de la mêlée pour s’assurer des répartitions équitables, dit M. Racine. Beaucoup de choses sont faites ici avant de descendre dans les écoles. On s’assure que tout le monde a ce dont il a besoin. »

Quand même, n’y a-t-il pas lieu de faire en sorte que les écoles décident davantage de leur sort ? Le DG répond qu’elles le font déjà grâce à leur conseil d’établissement (CE) composé de parents, d’employés, d’élèves, de membres de la direction et de la communauté.

Le hic, c’est que peu de parents sont intéressés à s’impliquer au CE de l’école de leur enfant. En ce début scolaire, la plus grande école secondaire de Granby, Joseph-Hermas-Leclerc, a dû reporter deux fois la nomination de son CE parce qu’il n’y avait pas assez de candidats pour combler les quatre postes vacants destinés aux parents.

« Il y a plein de cas comme ça », dit Paul Sarrazin.

Élections

Quant à la pertinence des commissaires scolaires — et de leurs élections très peu populaires —, MM. Racine et Sarrazin prônent aussi le statu quo.

« Ils représentent le peuple et bonifient les orientations, dit M. Racine. C’est notre pendant, un contrepoids à l’administration et une autre façon de faire avancer l’éducation. Et si on les enlève, il faudrait les remplacer par une autre structure, comme un conseil d’administration, et je ne suis pas sûr que ça serait mieux. »

Combiner leur élection avec celle des élus municipaux serait une excellente façon de mousser la popularité des élections scolaires, dit le DG. « Et les commissaires, ce n’est pas ce qui coûte le plus cher », précise Paul Sarrazin.

Un commissaire scolaire gagne 7000 $ par année pour environ 25 heures de travail et de représentation par mois.