La Commission Laurent a été créée dans la foulée du drame de la fillette de Granby. Sur la photo, le mémorial devant la maison où elle a vécu. 
La Commission Laurent a été créée dans la foulée du drame de la fillette de Granby. Sur la photo, le mémorial devant la maison où elle a vécu. 

Commission Laurent : «L’imputabilité doit être au coeur des priorités»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Estrie voit d’un bon oeil les recommandations préliminaires dévoilées lundi par la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent. Notamment celles de nommer un «ange gardien et chien de garde» à la DPJ et d’améliorer l’imputabilité des dirigeants dans le réseau.

La présidente de la Commission a souligné sans détour l’un des problèmes majeurs de la structure actuelle de la DPJ, découlant de la réforme en santé de 2015. «Les modèles de gestion des CISSS et des CIUSSS se sont mal adaptés à la réalité des services à la jeunesse. La direction de la protection de la jeunesse s’est retrouvée isolée, noyée sous une cascade de décideurs», a indiqué en point de presse Régine Laurent.

L’APTS déplore également les effets néfastes de cette pyramide hiérarchique «hospitalo-centriste», qu’elle considère comme «contre-productive». «L’imputabilité doit être au coeur des priorités. On met le doigt sur le bobo quand on parle de ça. Avoir quelqu’un qui amènera une ligne directrice à la DPJ est donc une bonne chose. (...) Ce serait encore mieux si la DPJ restait indépendante. On devra trouver un nouveau modèle», a mentionné le représentant national du syndicat en Estrie, Marc Richard.

Le représentant national de l’APTS en Estrie, Marc Richard.

Pression et détresse

Rappelons que le dossier de la mort tragique, en avril 2019, de la fillette de Granby a donné naissance à la Commission Laurent. Le cas de l’adolescent et ses deux jeunes frères maltraités par leur mère, également à Granby, dévoilé en primeur par La Voix de l’Est en février 2019, a ajouté beaucoup de pression sur les équipes de la DPJ. Ce qui a accentué l’exode des intervenants, déjà peu nombreux.

«Les intervenants jeunesse ont été sous les feux de la rampe en Estrie, particulièrement à Granby. La détresse est bien présente. Certaines réactions de colère dans la population dirigées vers les mauvaises cibles font en sorte que plusieurs personnes quittent le réseau», a fait valoir le porte-parole de l’APTS.

Selon les plus récentes données d’octobre, 60 postes d’agents de relation humaine étaient à pourvoir à la DPJ en Estrie. «C’est énorme. Ça accentue le phénomène des portes tournantes», a imagé M. Richard.

Au cours des derniers mois, l’APTS a recensé que les récents départs à la DPJ totalisent des pertes équivalant à 302 années d’expérience. «Ça fait en sorte que l’on n’a plus de mentors dans nos équipes», a résumé Marc Richard.

Un meilleur «soutien clinique» est donc souhaitable, fait valoir l’APTS. «Dès que des stagiaires viennent en centres jeunesse, on devrait être capables de bien les outiller, a dit M. Richard, de leur montrer le chemin et leur vendre l’idée que ça peut être intéressant de travailler à la DPJ.»

Équipements et formations

Régine Laurent a soulevé en point de presse le manque d’uniformité dans la formation des intervenants à la DPJ à travers la province. L’Estrie ne fait pas exception. «L’accès aux formations est problématique. Les intervenants ne peuvent simplement pas mettre leurs dossiers, déjà trop nombreux, sur pause pour se libérer pendant deux jours. Les intervenants se sentent pris à la gorge», a mentionné le représentant de l’APTS.

L’accès aux équipements de base est aussi en cause, a-t-il ajouté. «On parle de surcharge de travail. C’est un problème majeur. Mais il manque aussi des trucs aussi banals que des outils de travail. Certaines équipes n’ont pas encore un téléphone cellulaire fourni par l’employeur ou doivent se passer l’appareil entre cinq à six intervenants. D’autres doivent également passer des journées entières à la cour sans pouvoir travailler en se connectant à distance. Ça affecte grandement l’efficacité. C’est déplorable quand on sait que chaque minute compte à la DPJ.»