Selon l’enquête, l’arrivée prochaine des bacs bruns connaît un accueil mitigé au sein des entreprises et industries de Rouville.

Collecte des matières organiques chez les ICI: un accueil mitigé dans Rouville

L’implantation du bac brun auprès des industries, des commerces et des institutions (ICI) de Rouville ne se fera pas en criant ciseaux. C’est ce qui ressort d’une étude menée pour le compte de la MRC de Rouville par Nature-Action Québec et déposée la semaine dernière.

Des restaurants, des entreprises du milieu agroalimentaire et horticole, des garderies et des centres d’hébergement, entre autres, ont été sollicités par l’organisme.

Selon l’enquête, l’arrivée prochaine des organibacs (bacs bruns) connaît un accueil mitigé au sein des entreprises de Rouville.

Si certains ICI se sont montrés enthousiastes par la collecte des matières organiques — certains ayant même déjà commencé en utilisant des bacs résidentiels ou en adoptant leur propre stratégie de valorisation des résidus —, d’autres se sont montrés plus réticents, notamment parce que l’opération représentera pour eux « un fardeau monétaire additionnel ou en ressource humaine », indique-t-on. Les odeurs ainsi que le risque d’apparition de vers blancs et de vermines constituent aussi des facteurs dissuasifs chez certains répondants.

« La question des réticences, on l’a connu au niveau résidentiel, souligne le coordonnateur à la gestion des matières résiduelles à la MRC, Étienne Rousseau. Ça fait un an et demi qu’on a instauré le bac brun dans le résidentiel et on fait encore face à de la résistance. Les gens voient l’arrivée d’un nouveau bac comme une charge de travail supplémentaire. »

Selon lui, la présence d’une escouade verte dans la MRC cet été sensibilisera davantage la population à un meilleur tri. Et c’est par celle-ci que le succès de la collecte des matières organiques auprès des ICI passera.

« Qui travaille dans les entreprises et les industries ? Des gens qui ont un bac brun chez eux ! Ce ne serait que le prolongement d’une pratique qui a cours chez eux », indique M. Rousseau. Celui-ci s’attend à ce que l’habitude de disposer des matières organiques de façon responsable s’implante graduellement, comme ce fut le cas pour le recyclage.

L’étude révèle d’ailleurs à ce sujet que le recyclage est bien ancré dans les mœurs des entreprises, bien que certaines matières, dont des plastiques agricoles, des tubes de polypropylène et différents types de sacs contaminés prennent néanmoins le chemin du dépotoir, des matières qui pourraient être amassées dans les futurs écocentres qui seront construits sur le territoire de la MRC.

le coordonnateur à la gestion des matières résiduelles à la MRC de Rouville, Étienne Rousseau

Échantillon

Des 304 entreprises ciblées par l’enquête, 215 ont accepté de se prêter à l’exercice, ce qui correspond à un taux de réponse de 70 %. Lorsque c’était possible, un représentant de Nature-Action Québec s’est présenté sur place pour rencontrer l’employé responsable de la gestion des matières résiduelles de l’entreprise. Des entretiens téléphoniques ont aussi été réalisés.

Étienne Rousseau n’est pas étonné des constats mis en lumière par l’enquête. Il est cependant agréablement surpris de la taille de l’échantillon. « Je n’en reviens pas du nombre de personnes rencontrées ou interrogées au téléphone, confie-t-il. Ça nous donne un portrait intéressant de la situation. »

Pistes de solution

Quelques obstacles ont par ailleurs été soulevés par le sondage, pour lesquels Nature-Action Québec suggère quelques solutions.

D’abord, le coût d’un service de collecte par rapport à la quantité de matières à ramasser peut décourager certaines entreprises à y souscrire. L’enquête a d’ailleurs révélé qu’une très grande majorité de répondants n’avaient pas encore de contrat avec un fournisseur de service. La longueur de ces contrats, assortis d’importantes pénalités en cas de bris, mine également la flexibilité de services pour les ICI dont les besoins sont amenés à changer, remarque-t-on.

En outre, bon nombre de producteurs agricoles ne génèrent des matières que pendant une courte période de l’année. Ceux-ci ne souhaitent pas payer pour un contrat échelonné sur une période de douze mois. C’est sans compter que certains commerces et industries, locataires de leurs installations, ne sont pas nécessairement responsables de la gestion des matières résiduelles de leur immeuble.

Pour pallier le problème, Nature-Action Québec recommande de négocier avec des fournisseurs aux ICI des contrats d’une durée de six mois pour la collecte des matières organiques, de même que des mesures permettant le partage des conteneurs entre entreprises.

Déjà, le cas particulier des usagers saisonniers est vécu pour la collecte du recyclage, rappelle Étienne Rousseau. Ce faisant, il serait facile de trouver une solution pour ramasser les matières organiques seulement quelques fois dans l’année.

Dans un autre ordre d’idées, les propriétaires d’établissements agricoles qui emploient des travailleurs étrangers ont indiqué que ces derniers n’étaient pas familiers avec nos techniques de tri. Ce faisant, ils contribuent à la contamination des matières en n’en disposant pas au bon endroit. Pour les soutenir, Nature-Action Québec suggère la préparation d’un document explicatif rédigé en espagnol à l’attention des travailleurs saisonniers afin de les aider à contribuer au tri.

L’organisme invite enfin la MRC à élaborer une stratégie de communication auprès des ICI dans les semaines précédant l’implantation des bacs bruns.

Stratégie de Communication

Avant de mettre en œuvre certaines des recommandations contenues dans le rapport, la MRC de Rouville fera parvenir une lettre informant tous les ICI recensés sur son territoire pour valider les besoins de chacune en matière d’équipement de tri et de collecte des matières, mais aussi pour expliquer le fonctionnement de la collecte des matières organiques lorsque celle-ci débutera, quelque part en 2020.

« On va aussi leur expliquer la réglementation et être à leur disposition pour les aider à s’y conformer », précise M. Rousseau.

Car il sera obligatoire de disposer intelligemment de ses matières organiques. Les ICI qui ne donneront pas suite à la missive de la MRC recevront, par défaut, un bac brun roulant de 360 litres. « Mais dans plusieurs cas, on sait que ce ne sera pas assez alors on s’attend à ce qu’ils nous contactent pour demander des équipements plus précis », note M. Rousseau.

Ainsi, s’il n’a pas recours au service de collecte offert par la MRC, où les matières biodégradables sont acheminées dans une usine de biométhanisation à Varennes dont elle est partiellement propriétaire, l’ industrie, le commerce ou l’institution devra démontrer à la MRC que ses matières sont prises en charge par une entreprise privée et que celles-ci ne sont pas enfouies.

Le défaut de se conformer pourrait se traduire par l’émission d’un constat d’infraction assorti d’une amende. « De toute façon, qu’ils ne participent ou pas à la collecte, ils vont quand même être taxés pour le service », rappelle M. Rousseau, qui rappelle l’objectif du gouvernement provincial de bannir tout enfouissement de matières organiques d’ici 2022.