Lundi, Jean-Marc Williams a dévoilé les raisons qui l’ont poussé à mettre le feu à la clinique vétérinaire d’Anne-Marie Chassé, en septembre 2016.

Clinique vétérinaire de la Dre Chassé: l’incendiaire s’explique

Pour Jean-Marc Williams, incendier la clinique vétérinaire d’Anne-Marie Chassé était une solution aux problèmes que rencontrait le commerce et à la relation de travail conflictuelle entre eux. L’autre option considérée par l’incendiaire : s’enlever la vie. Celui-ci a déjà admis avoir mis le feu au bâtiment dans la nuit du 6 au 7 septembre 2016, après avoir sorti les chats qui s’y trouvaient. Lundi après-midi, il a accepté de témoigner lors des observations sur la peine, au palais de justice de Granby.

M. Williams — qui réside actuellement dans une maison de réinsertion sociale de Sherbrooke depuis sa sortie de l’hôpital, où il a été traité pour une grave dépression — a relaté devant le juge son cheminement depuis les événements. Il a également raconté, de façon décousue, les raisons qui l’ont poussé à commettre ce geste criminel, qui a causé des dommages de 800 000 $ à la clinique et à l’édifice qui l’abritait, dans la rue Laval à Granby.

Séparés depuis 2007, M. Williams et Mme Chassé étaient restés amis. En août 2016, la vétérinaire lui a demandé de venir s’occuper de la clinique durant ses vacances. Durant ces semaines de remplacement, il était hébergé par son ancienne flamme, mais il était hors de question de parler de travail à la maison, dit-il.

Si bien que, lorsqu’un fournisseur a téléphoné à la clinique pour faire savoir qu’il fallait régler un compte en souffrance avant une prochaine livraison, M. Williams a décidé d’utiliser une de ses cartes de crédit et de se rembourser avec les ventes quotidiennes. Il n’en a pas glissé un mot à Mme Chassé.

Échange musclé
Cette dernière est revenue au travail le 6 septembre et elle s’est montrée rude envers l’équipe, selon M. Williams, en plus d’ajouter des achats de 800 $ sur sa carte de crédit. Puis, elle a appris que sa technicienne allait quitter la clinique, ce qui a alourdi davantage l’ambiance. « Je n’ai rien contre elle, il ne faut juste pas qu’on travaille ensemble », a affirmé M. Williams sous serment.

Ses collègues ont quitté à 15 h 30. Avant l’heure de fermeture, l’incendiaire a fermé la clinique durant quinze minutes pour aller déposer les recettes du jour afin de rembourser une partie de sa carte de crédit. Durant ces quelques minutes, Mme Chassé a téléphoné à la clinique et a constaté l’absence de M. Williams. Elle serait ensuite arrivée en trombe et un conflit aurait éclaté dans le stationnement.

Comme l’avait raconté à l’époque la vétérinaire dans les pages de La Voix de l’Est, le duo s’était réconcilié le soir même. Cependant, c’est ce soir-là que le plan de M. Williams a pris forme.

Celui-ci s’est couché tôt pour penser à la façon de procédé. Certain que Mme Chassé dormait, vers minuit, il est sorti, a pris un gallon d’essence et a laissé descendre sa voiture dans l’allée en pente jusqu’à la rue avant de la démarrer et de partir en direction de la rue Laval. M. Williams a pris le temps de sortir les animaux avant de mettre le feu à deux endroits dans la clinique.

« Si j’avais pensé aux bonbonnes d’oxygène qui pouvaient exploser, j’aurais pas mis le feu. En même temps, c’est une bonne chose parce que sinon je ne serais plus là. J’aurais pas été capable de laisser Anne-Marie comme ça, a ajouté l’incendiaire. Elle a travaillé fort pour sa clinique. »

En empochant l’argent des assurances, Jean-Marc Williams pensait pouvoir aider son ex-conjointe. Du même coup, comme ils ne sont pas capables de travailler ensemble, ça lui évitait de la côtoyer à la clinique durant les semaines restantes à son contrat de remplacement, comprend-on à la suite de son témoignage.

C’était la seule chose à faire dans l’état où il se trouvait, a conclu le principal intéressé.

Pas une vengeance
M. Williams assure que son geste n’est pas une vengeance à l’endroit d’Anne-Marie Chassé. Pourtant, un rapport psychiatrique remis au juge indique que l’incendiaire a tenu des propos qui peuvent permettre de croire qu’il en avait contre Mme Chassé, puisqu’elle serait dure envers ses employés et qu’il ne tolère plus ce comportement.

M. Williams souhaite toutefois se faire rassurant en démontrant le travail réalisé sur lui-même depuis les événements. Il a notamment séjourné à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke durant 45 jours, puis il a trouvé une place dans un organisme (qui n’a pas été nommé) en attendant d’obtenir un lit au Partage St-François, où il séjourne toujours.

M. Williams a fait l’objet d’un suivi psychiatrique régulier jusqu’en mai 2017. Il a revu son psychiatre à quelques occasions, mais ne considère plus ces rendez-vous comme nécessaires.

En revanche, Jean-Marc Williams consomme toujours de la marijuana, un élément qui semble déranger le juge Serge Champoux, étant donné qu’il prend des médicaments pour traiter sa dépression.

La peine bientôt connue
La Couronne, représentée par Me Véronique Gauthier, recommande une peine de 12 à 15 mois d’incarcération assortie d’une probation de 2 ans en raison de la valeur des dommages causés, de la notion de préméditation et de la consommation de cannabis de M. Williams, mais aussi en considérant qu’il n’a pas d’antécédents criminels, qu’il a toujours offert une bonne collaboration et qu’il reconnaît les faits.

Me Rachel Bernatchez, qui représente M. Williams, demande quant à elle une peine de 90 jours à purger de manière discontinue ainsi que 240 heures de travaux communautaires et trois ans de probation. Elle plaide que son client n’était pas en contrôle de ses décisions en raison de son état dépressif et qu’il a pris des mesures pour réorienter sa vie.

La décision du juge devrait être rendue le 4 octobre.