La clinique d’accès de Granby, sise à même le CLSC Yvan-Duquette rue Déragon, accueille en moyenne près de 150 patients par mois.

Clinique d'accès de Granby: une solution temporaire, selon le CIUSSS

Depuis sa réouverture en août dernier dans le CLSC Yvan-Duquette, rue Déragon, la clinique d’accès de Granby accueille mensuellement près de 150 patients sans médecin de famille. Ceci en étant ouverte deux jours par semaine, mardi et jeudi. Or, il s’agit d’une solution temporaire, car le CIUSSS de l’Estrie vise une prise en charge de cette clientèle dans les GMF du territoire.

Le manque de main-d’œuvre dans le réseau de la santé est criant depuis plusieurs années. Cette réalité a des répercussions sur l’horaire et les services de la clinique d’accès de Granby. « On voulait ajouter une troisième journée avec la présence d’une infirmière praticienne spécialisée. Mais, les conditions ne sont pas au rendez-vous pour le permettre », a indiqué Lyne Cardinal, directrice des services généraux au CIUSSS de l’Estrie.

Avant de quitter ses locaux de la rue Saint-Jacques, la clinique d’accès offrait des services à raison de 40 heures par semaine, assurés par une vingtaine de médecins qui se partageaient la tâche avec une infirmière clinicienne.

En fait, depuis son inauguration en 2011, l’organisation n’avait jamais atteint son objectif de 4000 visites par année, en enregistrant tout au plus 1800. Un sérieux coup de barre était donc nécessaire. Lorsqu’est venu le temps d’orchestrer la refonte des services de première ligne en 2017, le CIUSSS de l’Estrie s’était fixé l’ambitieux but de tripler l’offre de services avec une cible de 6000 visites par an pour 4000 patients. En vain.

Lyne Cardinal, directrice des services généraux au CIUSSS de l’Estrie

Lyne Cardinal a tout de même souligné « l’efficacité » de la nouvelle approche de la clinique, où deux médecins prennent en charge en alternance la clientèle. « L’utilisation de nos plages horaire est au rendez-vous. On voit pratiquement autant de personnes qu’avant le déménagement. » Selon la représentante du CIUSSS, sur près de 150 patients orphelins vus chaque mois, environ 120 proviennent de l’urgence.

Sensibilisation

Assurer la pérennité de la clinique d’accès n’est pas dans les cartons. Au contraire. « C’est une offre de services transitoire. Il va falloir l’intégrer à l’intérieur de ce qui existe actuellement plutôt que d’offrir un service parallèle », a mentionné Lyne Cardinal. Pour ce faire, on préconise la prise en charge des patients sans médecin dans les GMF. Notons qu’à ce jour, les taux d’inscription dans les Réseaux locaux de services (RLS) de la Haute-Yamaska et La Pommeraie dépassent 90 %, alors que la cible fixée par Québec est de 85 %.

Or, malgré la présence de la clinique d’accès et du haut pourcentage de gens ayant un médecin de famille dans la région, l’urgence de Granby est constamment en surcapacité. Au point où on vient tout récemment d’ouvrir dans l’établissement un second site de débordement. À quoi peut-on attribuer cette réalité ? Selon Mme Cardinal, encore trop de personnes ont le réflexe de se présenter à l’urgence pour des problèmes mineurs de santé, identifiés par des codes de priorité « P-4 et P-5 ». « Certaines personnes ne se posent pas de questions. Elles se présentent à l’urgence par habitude. [...] Il faut avoir le réflexe d’appeler dans les GMF. Dans certains cas, c’est correct de voir un médecin le lendemain », a-t-elle fait valoir.

Selon les statistiques colligées par le CIUSSS, près de la moitié de la clientèle (P-4 et P-5) de l’urgence du CHG a un médecin de famille. Cette donnée atteint 85 % toutes catégories confondues.

Accessibilité

De leur côté, les équipes des GMF tentent de trouver des solutions pour accroître l’accessibilité, notamment afin de désengorger les urgences. D’ailleurs, des plages horaires sont prévues dans les GMF pour accueillir, le jour de leur consultation à l’urgence, les patients inscrits ayant des problèmes de santé mineurs. L’objectif du nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec est d’offrir un service similaire pour la clientèle orpheline, a indiqué le Dr Jacques Bergeron, président de l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska (AMOY). « Mais, pour le moment, ici, on manque de bras pour y arriver », a-t-il fait valoir.

Selon le Dr Bergeron, les médecins de la région prennent en moyenne en charge 1100 patients. L’ajout d’environ 20 omnipraticiens serait nécessaire pour vider le guichet d’accès à un médecin de famille. « Je ne vois pas comment, à très court terme, on peut se sortir de cette impasse », a dit le président de l’AMOY. Ce dernier envisage toutefois des pistes de solutions. Parmi celles-ci figure le soutien aux médecins par d’autres professionnels de la santé au sein des GMF, notamment des infirmières cliniciennes.