Le conseiller municipal Jocelyn Dupuis s’élève contre la révision de la réglementation de la Ville de Granby qui permettrait aux camions de circuler rue Simonds Sud.

Circulation de camions lourds: inquiétudes sur la rue Simonds Sud

Le conseiller municipal Jocelyn Dupuis s’élève contre la révision de la réglementation de la Ville de Granby qui permettrait aux camions de circuler rue Simonds Sud. Un non-sens, selon lui, surtout dans le tronçon situé entre les rues Saint-Charles et Denison, où la présence de deux écoles entraîne déjà un flot important de circulation.

« Il est inconcevable pour moi qu’on laisse circuler des camions lourds parmi la quantité d’autobus qui va augmenter l’an prochain à J.-H.-Leclerc, avec l’ajout d’élèves de secondaire un et deux. Il y a déjà une forte circulation automobile. Des élèves vont à l’école en auto. Des parents vont reconduire et chercher leurs enfants. Il y a des scooters, des écoliers à pied et à vélo », lance-t-il.

Le dépôt d’un avis de motion, révisant le règlement sur la circulation des camions, des véhicules de transport d’équipement et de véhicules-outils, en décembre dernier est à l’origine de l’inquiétude de l’élu.

Pour le moment, le conseil municipal n’a pas encore eu à voter sur la nouvelle mouture du règlement, car celle-ci doit d’abord obtenir le feu vert du ministère des Transports. L’avis des municipalités contiguës est aussi requis. Mais « dès que l’ensemble des avis seront reçus, le conseil sera à nouveau saisi du règlement pour un vote sur son adoption, lequel règlement sera transmis au ministère des Transports », affirme la directrice des services juridiques à la Ville et greffière, Catherine Bouchard.

Selon elle, le dossier pourrait revenir à la table du conseil à la séance d’avril. Et Jocelyn Dupuis a bien l’intention de s’y opposer.

Pas d’accord

Le conseiller municipal n’est toutefois pas le seul à s’inquiéter. Les membres du conseil d’établissement de l’école primaire des Bâtisseurs, qui a pignon sur la rue Simonds Sud, ne voient pas ce changement possible de réglementation d’un bon oeil non plus.

C’est d’ailleurs l’un d’eux qui a contacté La Voix de L’Est pour partager ses craintes. « C’est pour permettre aux poids lourds d’accéder au parc industriel, selon eux, plus facilement. Mais c’est aberrant parce qu’il n’y a pas de place. C’est dangereux », laisse tomber Éric-Gabriel Beauchamp.

Ses propos trouvent écho auprès d’un autre membre du conseil d’établissement et enseignant de sixième année, Maxime Déragon. « Comme enseignant, quand je pense à la sécurité des élèves, ça m’inquiète de penser qu’il y a des poids lourds qui vont circuler régulièrement sur Simonds », dit-il.

Celui-ci souligne que la limite de 30 km/h dans le secteur de l’école n’est déjà pas respectée par bon nombre d’automobilistes. Le secteur est aussi achalandé à certains moments de la journée, alors que les autobus scolaires patientent dans la rue Simonds. Et, en hiver, la rue, qui compte un terre-plein, est à ce point étroite qu’un chasse-neige peine à passer aux côtés des voitures des parents stationnées dans la chaussée, fait-il valoir.

Les membres du conseil d’établissement ont été avisés du possible changement de réglementation par le conseiller Dupuis, qui siège aussi sur ce comité. Celui-ci affirme avoir senti qu’il importait de partager l’information pour ne pas que les résidants soient, en quelque sorte, placés devant le fait accompli.

Nouveau portrait

Jocelyn Dupuis reconnaît que ce n’est pas d’hier, notamment avec l’aménagement de la voie de contournement (prolongement de la rue Simonds), qu’il est prévu que la circulation lourde transite par la rue Simonds Sud.

Mais, selon lui, le portrait du secteur a changé au cours des dernières années, notamment avec la construction de l’école des Bâtisseurs qui compte 469 élèves, la population étudiante en hausse de J.-H.-Leclerc, qui devrait accueillir près de 2000 élèves l’automne prochain, et le développement résidentiel en cours dans le secteur.

« Je pense qu’on devrait tenir compte de ce qu’il se passe. (...) Présentement, les camions passent déjà en quelque part et ils se rendent au parc industriel. Je ne vois pas pourquoi on viendrait amplifier un problème de trafic et de sécurité dans ce secteur-là: on en a déjà », laisse tomber l’élu qui représente ce district.

DANS LES PLANS DEPUIS LONGTEMPS, SOULIGNE BONIN

«C’est quand même spécial de travailler plus d’une décennie sur une voie de contournement et, quand elle est terminée, de ne plus vouloir le trafic qui y a été prévu depuis 10, 15 ans», laisse tomber le maire de Granby, Pascal Bonin, en réaction aux propos du conseiller Jocelyn Dupuis.

Le maire rappelle que des investissements très importants ont été réalisés, «à coups de millions $», au fil des ans pour prolonger la rue Simonds Sud jusqu’au boulevard Pierre-Laporte et assurer ainsi une certaine fluidité de la circulation pour contourner la ville. Parmi les derniers investissements réalisés: la courbe de la rue Simonds, près de la rue Le Corbusier, a été redressée en 2015.

«Pourquoi, alors qu’on a accepté tous ces investissements-là dans le but de faire une voie de contournement, on dise aujourd’hui, à la fin de l’exercice, qu’on ne veut pas de camions? Ça ne tient pas la route. Il n’est pas minuit moins une: il est une heure de l’après-midi», lance-t-il.

Selon Pascal Bonin, cette révision du règlement de la circulation n’a d’ailleurs pas été réalisée au hasard. Une firme externe, CIMA, s’est penchée sur le dossier. Même chose pour le service de la planification et de la gestion du territoire de la Ville, le comité de développement urbain, le comité de circulation, le conseil municipal, ainsi que la commission scolaire du Val-des-Cerfs. «Le dossier a été analysé de long en large et toutes les instances disent que c’est la meilleure chose à faire», dit-il. Le maire souligne également que la Ville a pris soin d’étudier les corridors scolaires.

Le nouveau plan de circulation devrait en outre permettre de «désengorger» d’autres secteurs, comme la rue Mountain et la rue Principale, souligne Pascal Bonin.

Dans les circonstances, il se demande quelle solution Jocelyn Dupuis, qui veille aussi aux dossiers liés au développement industriel, a-t-il à proposer.

«Est-ce qu’on peut laisser le monde rouler et avancer dans la ville? Est-ce qu’on va favoriser les gens d’un quartier pour défavoriser les autres», se demande le maire.

Sinon, faudra-t-il interdire les camions sur toutes les artères où il y a des écoles à proximité, comme le boulevard Pierre-Laporte, près de l’école Eureka, où la rue Dufferin, près de l’école Sainte-Famille, s’interroge le maire.

Celui-ci croit par ailleurs qu’il «faut arrêter de traiter la rue Simonds comme une rue locale». «C’est une voie de contournement», rappelle Pascal Bonin.