Le juge Serge Champoux s’est dit « convaincu hors de tout doute raisonnable que l’accusé a conduit le scooter ».

Chute en scooter: un récit «étrange» ne convainc pas le juge

Le témoignage d’un jeune Bromontois n’aura pas suffi à convaincre le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec, qu’il n’avait pas conduit sa mobylette alors que le taux d’alcool dans son sang dépassait la limite permise.

La Couronne reprochait à Jean-Baptiste Saindon d’avoir conduit son scooter en fin de soirée, le 10 septembre 2017, après avoir consommé plus d’alcool que ne le permet la loi, ce que niait l’accusé, dont les tests d’haleine effectués au poste de police avaient révélé des résultats de 172 et 154 mg d’alcool par 100 ml de sang.

Dans son témoignage, M. Saindon a indiqué être allé manger au restaurant après sa journée de travail. Comme il avait l’intention de boire, il aurait appelé son père pour convenir que celui-ci viendrait le chercher pour le trajet du retour en compagnie de son frère cadet, qui aurait ramené le scooter à la maison.

Or, l’arrivée d’amis avec qui il aurait bu « cinq ou six bières » aurait retardé son départ du restaurant. Ce faisant, au moment de rappeler son père pour être raccompagné, vers 22 h 30, ce dernier aurait été fâché d’un appel si tardif et l’aurait enjoint à trouver un autre transport.

En conséquence, M. Saindon aurait décidé de rentrer chez lui à pied en poussant le scooter, un trajet d’environ quatre kilomètres. Il s’est arrêté en chemin pour acheter une caisse de 12 canettes de bière au dépanneur, qu’il installera sur le repose-pieds du véhicule.

C’est en empruntant un soi-disant raccourci que l’accusé aurait perdu pied et chuté une première fois, endommageant la caisse de bière. Le scooter serait tombé une seconde fois par terre alors qu’il tentait de ramasser des canettes.

Le bruit de sa chute a alerté des Bromontois qui demeuraient tout près. Deux témoins, sortis de chez eux pour aller à la rencontre de l’accusé, ont estimé que celui-ci semblait ivre. Ils ont décidé de demeurer avec l’accusé jusqu’à l’arrivée de son frère, faute de quoi ils contacteraient les policiers. Or, l’accusé est alors parti en marchant avec son scooter : un témoin a donc téléphoné aux forces de l’ordre.

Contradictions

Un patrouilleur a intercepté M. Saindon alors qu’il était assis sur le siège du scooter. Dans son témoignage, l’accusé indique avoir fait savoir à son frère qu’il se ferait aider par les policiers. Or, à ceux-ci, M. Saindon a dit qu’il attendait toujours son frère, relève le juge.

Lors de son témoignage, l’accusé soumet également n’avoir eu aucune intention d’utiliser le véhicule qu’il déplaçait, ne jamais avoir voulu le conduire, ayant au contraire l’intention précise et claire de le ramener à la maison en le poussant. Or, ce soir-là, M. Saindon n’a jamais dit à quiconque qu’il ne conduisait pas le véhicule, ce qui a soulevé des doutes sur son témoignage auprès du juge Champoux.

Le juge doute également de la colère alléguée du père de l’accusé. « Pourquoi le père serait-il fâché à 22 h 30 d’avoir l’appel du fils, l’appel convenu [à 20 h 30] ? Manifestement, si l’accusé commence à peine à manger et à boire à 20 h 30, on peut difficilement croire qu’il sortira de ce restaurant avant 21 h 30 ou 22 h », relève le juge Champoux.

Celui-ci met également en doute la prétention de l’accusé qui affirme avoir éclairé son chemin à l’aide de la lampe de son téléphone cellulaire, d’autant plus que le scooter était « parfaitement fonctionnel, équipé d’éclairage autrement plus performant ».

« En soi et à sa face même, le récit de Jean-Baptiste Saindon est plutôt étrange », conclut le juge, se disant « convaincu hors de tout doute raisonnable que l’accusé a conduit le scooter. »