Bromont, montagne d’expériences, a été condamné à payer plus de 152 000$ à Vincent Jauvin, ce cycliste qui a chuté d’un télésiège après y avoir été oublié.

Chute d’un télésiège à Bromont: un cycliste recevra plus de 152 000 $

Bromont, montagne d’expériences (BME) a été condamné récemment à payer plus de 152 000 $ en dommages-intérêts à Vincent Jauvin, un jeune sportif qui a subi plusieurs blessures après avoir chuté d’un télésiège.

M. Jauvin poursuivait au civil la station de ski. Il a raconté avec moult détails sa sortie de vélo de montagne qui s’est transformée en cauchemar, le soir du 7 août 2014.

Grand sportif, il s’est démarqué en ski alpin, en escalade ainsi qu’en vélo de route et de montagne, en plus de pratiquer le hockey. C’est justement le vélo de descente qu’il pratiquait cet été-là alors qu’il louait un condo à Bromont pour se rapprocher des pistes. Le 7 août, l’étudiant en génie mécanique s’y rendait après le travail avec un ami. Ce dernier l’a quitté un peu plus tard après s’être blessé dans une descente.

Vincent Jauvin a décidé de faire une dernière descente avant la fermeture des remontées mécaniques, prévue à 18 h 30.

« Vincent se place à l’endroit prévu pour s’asseoir sur une chaise du remonte-pente, écrit dans son jugement l’honorable François Tôth. Son vélo a été accroché sur la chaise précédente par le préposé de Ski Bromont [l’ancien nom de Bromont, montagne d’expériences]. Alors qu’il s’apprête à s’asseoir, Vincent entend le préposé dire “chaise numéro 63” puis se raviser au moment où il s’assoit et dire “chaise numéro 64”. Vincent est alors seul dans le télésiège. Il n’y a personne devant lui et il est le dernier cycliste à monter. »

Aux trois quarts de la montée, les chaises se sont arrêtées. Il croyait au départ qu’un cycliste avait du mal à descendre, mais la remontée n’a jamais repris son mouvement. Le cycliste a tenté d’attirer l’attention des deux préposés qui repartaient du sommet en criant, mais en vain. Tous ses cris n’ont pas trouvé d’écho.

Ce soir là, il faisait particulièrement frais et il ventait à la hauteur et l’altitude où il se trouvait. Vêtu légèrement pour pratiquer son sport, il commençait à avoir froid puisqu’il avait transpiré. De plus, il n’avait pas son cellulaire avec lui.

Options analysées

Il a analysé la situation et les options qui s’offraient à lui. La première était d’attendre la réouverture de la station 15 heures plus tard. Il n’y avait plus personne sur la montagne, du moins personne pour le voir et l’entendre.

« Il est en altitude et exposé au vent. Ses connaissances en secourisme lui font craindre l’hypothermie et l’engourdissement. Il lui est impossible de s’attacher à la chaise. Il devra lutter contre la faim, la soif, le froid et le sommeil pendant 15 heures. Au moindre relâchement ou assoupissement, c’est la chute sur le chemin de service. Personne ne l’attend au condo qui puisse donner l’alarme. »

La deuxième option était de sauter sur le chemin de terre battue qui se trouve sous lui. Dans ce cas-là, c’était des blessures assurées.

La troisième était de descendre jusqu’au pylône, dix mètres derrière lui, en utilisant le câble. Ses aptitudes en escalade pourraient jouer en sa faveur. Il a choisi cette option.

À mi-chemin, il a aperçu trois randonneurs qu’il a interpelés. Après leur avoir résumé la situation, il leur a demandé d’appeler les secours. Tout se déroulait bien jusqu’à ce qu’il arrive à un mètre des poulies. Ses mains ont perdu leur emprise. Il a tenté de se redresser, en vain.

Nombreuses blessures

La chute a été brutale. Par chance, les randonneurs ont pris soin de lui. Il a subi de nombreuses fractures et chirurgies. Il a souffert d’un traumatisme crânien, d’une foulure à la cheville, de côtes fêlées et d’une fracture du plancher de l’orbite de l’œil droit et du nez.

Ses deux coudes ont été disloqués et trois os de son poignet gauche ont été fracturés. Cette blessure pourrait mener à des complications plus tard également, ce pour quoi le juge permet au jeune homme de réclamer de nouveaux dommages-intérêts si la situation se dégrade dans les trois ans.

Il a subi une chirurgie pour ses coudes, une autre pour son poignet quelques jours plus tard et une dernière pour installer un filet de titane sous son œil puisqu’il souffre de vision double.

Il a depuis repris et terminé ses études, malgré ses maux de tête et ses pertes de mémoire, mais n’a pas pu pratiquer de sport pendant longtemps. « Il souffre encore de douleur et d’inconfort au poignet. Vu sa perte de force de préhension, il ne pratique plus d’escalade. Il ne pratique plus le vélo de route, car les vibrations du guidon lui causent trop de douleur au poignet gauche. Selon les conclusions des experts médicaux qui sont admises, Vincent souffre de séquelles permanentes. »

Procédure modifiée

L’entreprise bromontoise a tenté de se défendre en alléguant qu’elle n’était pas responsable du malheur de son client du moment où Vincent Jauvin a choisi de quitter la chaise et de faire du vélo seul.

Selon BME, il n’y a pas de lien de causalité entre sa faute de l’avoir oublié et les préjudices. Le juge Tôth a rejeté cette défense. Si le demandeur n’avait pas été oublié dans le télésiège, il n’aurait pas eu à tenter de se sortir de là.

Le juge a condamné BME à payer plus de 152 000 $, en plus des intérêts, et une somme de plus de 5000 $ pour les frais d’expertise qu’a dû payer Vincent Jauvin pour évaluer le préjudice subi.

Le lendemain de l’incident, l’organisation avait changé ses procédures pour s’assurer que plus aucun client ne soit oublié dans les télésièges.

Il n’a pas été possible vendredi de joindre Vincent Jauvin et Charles Désourdy, président de Bromont, montagne d’expériences, pour obtenir leurs commentaires.