L'annonce de la fermeture imminente de la section privée du centre d'hébergement a eu l'effet d'une bombe auprès de proches de résidents de l'établissement.

CHSLD Santé Courville: le ministre Barrette se mêle du dossier

L'aile privée du CHSLD Santé Courville, qui accueille une trentaine de résidents, était sur le respirateur artificiel, notamment en raison du sous-financement de places par Québec. Une volte-face du ministère de la Santé vient toutefois insuffler une bonne dose d'oxygène à la direction de l'établissement, lui permettant d'en repousser la fermeture de plus d'un mois.
La médiatisation du dossier a eu des échos jusqu'au bureau du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.
Le président du Centre d'hébergement Santé Courville, Kenneth Courville, pousse un soupir de soulagement. Lors d'un entretien téléphonique avec lui, jeudi matin, le directeur général adjoint aux programmes sociaux et de réadaptation au CIUSSS de l'Estrie Carol Filion a démontré une ouverture à entamer des pourparlers pour éviter la fermeture de la section privée de l'établissement. 
« On avait bon espoir que les décideurs comprennent l'importance de nos services dans la communauté. On ne voyait que la noirceur, mais là, il y a une lueur d'espoir », a imagé M. Courville, en primeur à La Voix de l'Est
M. Filion a donc demandé à ce que la date butoir soit repoussée à la fin juin. Des informations qu'a corroboré le département des communications de l'organisation. 
En fait, le CHSLD en activité depuis 1935 compte 55 lits, dont 31 sont répartis dans une aile privée, inaugurée en 2001. Cette section « non conventionnée » devait être fermée le 9 mai, a fait savoir lundi la direction. 
Or, la médiatisation du dossier a eu des échos jusqu'au bureau du ministre de la Santé. Outré par la situation, le député de Granby François Bonnardel a rencontré Gaétan Barrette, jeudi. « Je lui ai dit que ça n'avait aucun sens de transférer des gens dans d'autres CHSLD loin de leurs familles, et peut-être même à l'hôpital, pour une question de financement. [...] Le ministre était bien au fait de la situation. Il m'a dit : ''laisse-moi ça entre les mains, je m'occupe du dossier'', a indiqué en entrevue le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec. [...] Il m'a aussi dit qu'il allait lancer un appel d'offres pour s'assurer que la majorité, sinon la totalité des résidents puissent rester à Santé Courville. » 
Le cabinet du ministre de la Santé a confirmé que M. Barrette a bien pris les rênes du dossier, sans toutefois s'avancer sur les solutions envisagées.
Financement
Selon M. Courville, dans les conditions actuelles, la fermeture de la section privée est « incontournable » pour assurer la survie de l'établissement. « Au fil des ans, on a eu des contrats avec le CIUSSS pour l'achat de places chez nous. [...] Mais on a dû arrêter les admissions parce qu'on ne voyait pas de solution pour garder la tête hors de l'eau. L'entente [avec le CIUSSS] venait à échéance le 9 mai. Nous avons demandé qu'elle ne soit pas renouvelée. La décision nous crève le coeur, avait-il confié à La Voix de l'Est, mercredi. Pour les résidents, mais aussi pour les employés qui sont nos ressources les plus précieuses. » 
Une trentaine d'employés perdraient leur boulot advenant que l'aile privée ferme ses portes, soit près de la moitié des effectifs. Autant de résidents devraient alors être transférés dans d'autres centres d'hébergement, a indiqué le président de l'organisation.
Par ailleurs, Kenneth Courville affirme avoir sonné l'alarme à plusieurs reprises à propos du sous-financement des places par le CIUSSS, en vain. 
Selon lui, les autres CHSLD de la région reçoivent entre 280 $ à 300 $ par jour par personne, alors que Santé Courville n'obtient que 140 $. L'homme se dit « très ouvert » à trouver un terrain d'entente pour dénouer l'impasse. « On ne demande pas le double de ce qu'on recevait, a-t-il fait valoir. Seulement un montant décent pour continuer à offrir des soins de qualité à la population. »
Sur le qui-vive
L'annonce de la fermeture imminente de la section privée du centre d'hébergement a eu l'effet d'une bombe auprès de proches de résidents de l'établissement. Éric Lapointe est du nombre. Le Granbyen a été happé de plein fouet en apprenant que son père, âgé de 80 ans et atteint d'Alzheimer à un stade avancé, perdrait dans environ un mois sa place au CHSLD. Outré, l'homme s'était confié à La Voix de l'Est, mercredi. « La maison de mon père est à Santé Courville depuis deux ans et demi. Les soins sont excellents et le personnel est très attentionné. Mais là, à cause d'une question de financement, tout va s'écrouler. C'est complètement fou et insensible ce qui se passe. Où sera envoyé mon père, à Trois-Rivières, à Sherbrooke ? Je n'en sais absolument rien. C'est insoutenable de vivre une situation comme ça. »
Mis au fait des derniers développements dans le dossier jeudi par le journal, M. Lapointe demeure sur le qui-vive. « Je suis très content que le ministre de la Santé se mêle du dossier. Ça prouve que ma sortie dans le journal a servi à quelque chose. En même temps, il n'y a rien de concret sur la table pour garder tous les résidents à Santé Courville. Alors je ne veux pas me réjouir trop vite. Mais disons que c'est un grand pas en avant. »