C'est un nouveau départ pour Kenneth Courville (en haut à gauche), président du CHSLD Santé Courville et toute son équipe. Le maintien de l'aile privée de l'établissement a également eu un écho très positif chez les résidents.

CHSLD Santé Courville: l'aile privée sauvée

« On a évité le pire. Maintenant on peut regarder en avant ». C'est en ces mots que le président du CHSLD Santé Courville, Kenneth Courville, décrit le blitz de négociations des derniers jours ayant mené à une entente de cinq ans avec le CIUSSS de l'Estrie pour empêcher la fermeture imminente de l'aile privée de l'établissement.
C'est avec le « sentiment du devoir accompli » que Kenneth Courville­ clôt cet épineux dossier aux nombreuses ramifications. « Ça n'a pas été facile, a-t-il indiqué en entrevue. Mais c'était impensable de ne pas arriver au dénouement que l'on a aujourd'hui. On voulait absolument continuer à donner des services de qualité à la population. Pour ça, il fallait obtenir un budget adéquat [de Québec] et une certaine stabilité des revenus. On a fait des concessions des deux côtés. On voulait que ça fonctionne. Pour nos résidents, mais aussi pour nos employés. »
En fait, le CHSLD en activité depuis 1935 à Waterloo compte 55 lits, dont 31 sont répartis dans une aile privée, inaugurée en 2001. Cette section « non conventionnée » était sur le respirateur artificiel, notamment en raison du sous-financement de places par Québec. Dans le cas d'une fermeture, une trentaine de personnes auraient perdu leur boulot, soit près de la moitié des effectifs. Autant de résidents auraient alors été transférés dans d'autres centres d'hébergement. Une volte-face du ministère de la Santé, survenue après la médiatisation de l'affaire, avait toutefois insufflé une bonne dose d'oxygène à la direction de l'établissement, lui permettant de reporter au 23 juin l'arrêt des activités, prévu à l'origine le 9 mai. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette­ avait par ailleurs pris les rênes du dossier.
Soulagement
L'annonce de la fermeture de la section privée du centre d'hébergement avait eu l'effet d'une bombe auprès de proches de résidents de l'établissement. Éric Lapointe est du nombre. Le Granbyen avait été happé de plein fouet en apprenant que son père, âgé de 80 ans et atteint d'Alzheimer à un stade avancé, perdrait sa place au CHSLD. Il était alors monté aux barricades, dénonçant vertement le « manque de vision » de Québec dans le dossier.
C'est avec soulagement qu'il a appris, vendredi, que l'impasse avait été dénouée. « Je suivais les choses de près. Je savais qu'il y avait des discussions, mais tant qu'il n'y avait rien de signé, tout pouvait arriver. [...] Toutes les pièces du puzzle se sont placées. Et c'est une très bonne nouvelle », a-t-il confié. « Je me suis demandé si ça avait valu la peine de faire une sortie publique dans le journal [La Voix de l'Est]. Quand je vois le résultat, je ne regrette pas d'avoir tenu mon bout pour mon père, mais aussi pour les autres [résidents] », a-t-il renchéri.
Masse critique
Outre la mise à niveau par Québec de la rémunération des places de l'aile privée chez Santé Courville, de concert avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, la rentabilité ne pouvait être au rendez-vous sans que leur nombre soit augmenté, a fait valoir le président du CHSLD. Le nouvel accord corrige cette incontournable lacune. « M. Courville avait besoin d'une masse critique pour assurer la continuité de la section privée du centre d'hébergement. [...] C'est un excellent partenaire avec [le CIUSSS] et nous voulions que ça se poursuive. On a été très sensibilisés par la réaction de la population [à l'annonce de la fermeture]. On a évalué toute la clientèle de cet espace pour établir le profil et les besoins de chaque personne », a mentionné Sylvie Moreau, directrice du programme de soutien à l'autonomie des personnes âgées au CIUSSS de l'Estrie.
Ainsi, l'entente survenue jeudi prévoit que les places « en partenariat » avec le réseau public passeront de cinq à 29. On parle de 20 places destinées à une clientèle en perte d'autonomie jugée « sévère ». À cela s'ajoutent neuf lits pour des personnes qui présentent des profils « plus légers », que l'on qualifie dans le domaine médical de « ressource intermédiaire », a indiqué Mme Moreau. Les deux places restantes demeureront dans le volet entièrement privé.
Pourquoi les deux parties se sont-elles engagées pour seulement cinq ans ? « Ce sont les normes du Ministère. Les ententes à plus long terme, qui peuvent aller jusqu'à 15 ans, sont allouées aux [établissements] qui nécessitent des travaux majeurs. Ça permet alors d'amortir les dépenses, a expliqué la représentante du CIUSSS. Mais ce n'est pas le cas pour Santé Courville. »