L’abolition de deux postes d’infirmières auxiliaires au centre d’accueil de Cowansville est lourde de conséquences pour les employés et pour les résidants, a-t-on confié à La Voix de l’Est.

CHSLD de Cowansville: « Les soins se dégradent »

Alors que l’équipe du centre d’accueil de Cowansville peine à garder la tête hors de l’eau, deux postes d’infirmières auxiliaires ont été supprimés en raison d’une réorganisation des effectifs par le CIUSSS de l’Estrie. Une décision lourde de conséquences, tant pour les employés que pour les résidants, qui ne reçoivent pas tous les soins auxquels ils auraient normalement droit, a appris La Voix de l’Est.

L’abolition de deux postes, en vigueur depuis l’automne dernier, a eu l’effet d’une douche froide au sein des troupes du CHSLD, a indiqué en entrevue la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin. « On est dans un contexte où il y a beaucoup d’absences maladie. Au centre d’accueil de Cowansville comme partout dans le réseau de la santé. Donc, les équipes ne sont pas complètes. L’effet de la coupure de postes d’infirmières auxiliaires est comme un boulet, a-t-elle illustré. Le moral des troupes est au plus bas. »

Selon la présidente syndicale, cette décision du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie découle d’un forum sur les CHSLD, tenu il y a quelques mois. « À la suite de cette rencontre, le ministère de la Santé a demandé d’obtenir les structures de postes en centres d’hébergement. On parle du type d’emploi et s’il s’agit de postes de jour, de soir ou de nuit », a-t-elle résumé.

Ratios
Toujours selon Mme Séguin, Québec se serait basé sur les ratios élaborés par le professeur à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval et chercheur, Philippe Voyer, pour décider si des suppressions de postes sont nécessaires ou non dans chacun des établissements. Ce qui est inacceptable, a-t-elle déploré. « Il s’agit de ratios budgétaires décrivant le niveau de dotation dans des CHSLD du Québec où la qualité des soins était plus enviable. Ces ratios constituent une moyenne établie sur trois mois, en 2014, en observant un groupe d’une trentaine de professionnelles en soins dans quelques CHSLD seulement », peut-on lire sur le site de la FIQ.

D’ailleurs, Sophie Séguin a mentionné que la FIQ-SPSCE a déposé un grief auprès du CIUSSS de l’Estrie au sujet de l’abolition de postes au CHSLD de Cowansville. « J’ai déjà parlé de ces ratios à M. Voyer. Il m’a dit que c’est purement mathématique et qu’il faut prendre en compte le type de clientèle, la charge de travail et une foule d’autres données pour avoir un portrait complet de la situation dans un établissement. Quand on constate les résultats à Cowansville, on voit que le CIUSSS semble déconnecté de ce qui se passe sur le terrain. »

La présidente de la FIQ-SPSCE, Sophie Séguin, déplore la décision du CIUSSS.

Détresse
Depuis la perte de deux postes d’infirmières auxiliaires de soir, le personnel du CHSLD de Cowansville, qui se déploie sur quatre étages, vit une détresse au quotidien, a fait valoir Sophie Séguin. « Les tâches ne peuvent pas être faites à 100 % avec des gens en moins. Tu dois faire des choix. [...] Quand tu penses que la personne dans le lit devant toi pourrait être ton parent et que tu te rends compte que tu ne peux pas donner l’ensemble des soins, ça implique une charge mentale et émotive constante. C’est très lourd à porter pour le personnel. »

Un groupe d’infirmières et d’infirmières auxiliaires œuvrant au centre d’hébergement s’est confié à La Voix de l’Est. Elles ont préféré que l’on taise leurs noms par peur de représailles de leur employeur. « Les filles sont épuisées. On en voit qui pleurent fréquemment. On court partout. Les gens commencent à ne plus vouloir entrer travailler ici. On note aussi beaucoup plus de chutes de résidants le soir. Sans compter le nombre d’erreurs de médication depuis les coupures », a dit l’une d’elles.

« Il y a presque toujours un étage à découvert. Malheureusement, ce sont les résidants qui écopent », a repris une collègue. « Les soins se dégradent. On rame très fort, mais on est à la dérive, a imagé une consœur. Le CIUSSS ne tient pas compte de ce qui se passe sur le terrain. Ils doivent revenir sur leur décision d’abolir deux postes d’infirmières auxiliaires. C’est évident. »

Priorités
Appelé à commenter le dossier, le CIUSSS de l’Estrie a indiqué être en pleine « réorganisation des services » au sein des CHSLD dans son giron. « On a 21 priorités que l’on est en train d’implanter. On restructure l’ensemble de nos équipes », a soutenu Caroline Morin, conseillère en communication pour l’organisation.

Selon la porte-parole du CIUSSS, l’équivalent de 4,2 postes de préposés aux bénéficiaires (PAB) à temps complet a été créé au centre d’accueil de Cowansville. « On a fait le choix de valoriser le rôle de PAB à cet endroit », a-t-elle fait valoir. Et pas question ici de miser uniquement sur les « ratios Voyer », a-t-elle renchéri. « On a évalué les lieux physiques de chacune de nos installations avant de prendre une décision. On n’a pas appliqué les ratios sans regarder intelligemment d’autres facteurs », a-t-elle assuré.

Mme Morin a toutefois admis que la pénurie de main-d’œuvre en centres d’hébergement est toujours bien présente dans les établissements du territoire estrien. « On a bon espoir que ça va changer au cours des prochaines années », a-t-elle dit. Mise au fait des commentaires d’employés et de la présidente de la FIQ-SPSCE recueillis par La Voix de l’Est, la représentante du CIUSSS a concédé qu’un comité, incluant l’employeur et le syndicat, évalue la charge de travail de l’équipe de soir du CHSLD de Cowansville.