Le député de Granby, François Bonnardel et le maire de la municipalité, Pascal Bonin, avaient lancé en avril un cri du coeur pour que soit donné au plus vite le coup d’envoi de l’appel d’offres pour le futur CHSLD.

CHSLD à Granby: l’appel d’offres est lancé

Après des mois d’attente, le CIUSSS de l’Estrie a lancé mercredi l’appel d’offres pour le CHSLD de 176 places à Granby. La construction de l’établissement de trois étages devrait être complétée en 2020.

C’est avec soulagement et enthousiasme que le maire de Granby, Pascal Bonin, a accueilli la nouvelle. « Ce dossier est venu me chercher dans les tripes. Je suis content que notre cri du coeur ait été entendu, a-t-il indiqué, faisant référence à sa sortie médiatique le 6 avril, de concert avec le député de Granby, François Bonnardel, pour inciter le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, à remettre le dossier sur le dessus de la pile. Quand tu vois des gens que tu aimes, des familles qui attendent après des services, comme maire, ça ne peut pas te laisser indifférent. [...] De voir qu’on franchit une nouvelle étape, c’est une nouvelle fantastique pour Granby. C’est le début d’un changement majeur pour les soins de santé dans la région. »

Le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec abonde dans le même sens. « Enfin!, a-t-il lancé d’entrée de jeu en entrevue. Je suis très heureux. On a travaillé fort. C’est une excellente nouvelle. Ça va donner de l’oxygène à tous les employés de l’hôpital. Il n’était pas question qu’on les laisse tomber. »

Initialement, le projet de CHSLD à Granby consistait à transférer 64 lits du Centre Leclerc vers l’hôpital de Granby. On parlait ainsi d’un ajout global de 32 places sur un total de 96, projet annoncé en janvier 2017. Or, ce nouvel établissement ne répondait pas à l’ensemble des besoins du territoire. Le projet avait donc été bonifié à 198 places, dévoilait La Voix de l’Est en juin. 

Toutefois, la construction du centre d’hébergement devait entraîner la fermeture du CHSLD Horace-Boivin de Waterloo, jugé trop vétuste pour une mise à niveau. Ce qui a engendré une vaste levée de boucliers dans la région. Après des mois de tractations, Gaétan Barrette a confirmé le 26 janvier que le futur CHSLD à Granby disposera de 176 places. Il a également annoncé le maintien de 22 des 43 lits de soin de longue durée au centre d’hébergement de Waterloo, ce qui nécessitera des travaux de l’ordre de 4,8 M$. Ainsi, on parle désormais d’un ajout de 55 places étant donné celles qui demeureront à Waterloo.

Échéance

À l’origine, le nouveau CHSLD devait être opérationnel en 2019. Une échéance à 2020 est maintenant plus réaliste, a concédé le ministre de la Santé. « Ce serait assez difficile de construire un CHSLD de [176] lits en moins de deux ans. Je vois mal comment on pourrait avoir le premier patient en 2019 », a-t-il dit.

Or, à quoi attribue-t-on un si long délai avant que le (CIUSSS) de l’Estrie lance l’appel d’offres? « Je peux vous dire que ça ne dépend pas du ministère [de la Santé], a tranché M. Barrette. Je ne pense pas qu’il y ait lieu de faire une chasse aux sorcières. Il y a des raisons administratives qui justifient le [délai]. »

De son côté, François Bonnardel s’est dit désemparé que le dossier ait pris autant de temps à franchir les dédales administratifs. « C’est une bureaucratie qui me dépasse. »

Appelé à donner sa vision du dossier à ce chapitre, le CIUSSS de l’Estrie a esquivé la question. La responsable des communications, Geneviève Lemay, a simplement affirmé par courriel qu’il s’agit d’un « travail rigoureux » réalisé en partenariat avec le ministère de la Santé.

Cinq unités

La superficie du futur CHSLD de trois étages, qui comptera au maximum deux unités chacun, avoisinera 146 500 pieds carrés. En fait, selon les documents obtenus par le journal, le centre d’hébergement totalisera cinq unités, variant de 32 à 36 lits.

Les cas de violence entre les usagers des CHSLD font les manchettes depuis fort longtemps. Questionné à ce sujet par La Voix de l’Est lors du lancement du projet de CHSLD de 96 places, le ministre de la Santé avait indiqué que le nouvel établissement devrait avoir une aile consacrée à la clientèle présentant un haut risque d’agressivité et d’impulsivité. « Avec la clientèle Alzheimer, avait-il fait valoir, la littérature montre des évidences [voulant] que l’on est mieux de regrouper ces gens dans un environnement adapté. Ça fait partie de la réflexion que le CIUSSS doit faire dans son appel d’offres. » 

Une unité dite « prothétique » fermée de 32 lits sera donc dédiée aux personnes « aux prises avec des diagnostics de démence, présentant des comportements d’errance et d’intrusion ». Des jardins extérieurs spécifiques et protégés sont également prévus pour cette clientèle.

Une seconde unité de 36 lits aura trois vocations. Outre les usagers dits « réguliers », deux lits seront réservés pour les gens pesant plus de 180 kg. Un îlot de 14 lits « permettra d’accueillir les gens admis «temporairement pour une réadaptation plus intensive, en vue d’un retour à domicile à la suite d’un épisode de soin.» Une autre unité sera dédiée à des personnes ayant des déficiences intellectuelles.

L’endroit comptera également plusieurs aires communes. On y retrouvera aussi un lieu de culte puis plusieurs bureaux ainsi que des salles de réunion. Le site comportera 165 espaces de stationnement, dont six seront réservés pour les handicapés.

LE PROJET SUSCITE L’INTÉRÊT

Au moins deux organisations sont dans les blocs de départ pour tenter d’obtenir le contrat du futur CHSLD à Granby. Il s’agit de la Fondation Horace-Boivin puis de Médifice. Pomerleau, un autre gros joueur dans ce créneau, est en réflexion, a appris La Voix de l’Est.

Les promoteurs ont commencé à se positionner il y a plusieurs mois en vue du lancement de l’appel d’offres. En juillet 2017, La Voix de l’Est dévoilait en primeur que le futur centre d’hébergement de Granby pourrait voir le jour sur le vaste terrain de l’église Saint-Joseph. La Fondation Horace-Boivin est propriétaire du lieu de culte, tombé au cours du même mois sous le pic des démolisseurs. Le président du conseil d’administration de l’organisation, Marc Breton, voit la suite des choses d’un très bon oeil. « On devrait être en mesure de faire une offre pour le projet de CHSLD. On veut vraiment offrir un immeuble de grande qualité. Le projet franchit une étape importante aujourd’hui (mercredi). Et c’est une très bonne nouvelle pour la population, car ça va donner un peu d’air à l’hôpital, en plus du projet des soins intensifs et de celui du centre Mère-Enfant, qui devraient suivre », a indiqué l’homme d’affaires.

Lors d’une précédente entrevue, M. Breton estimait avoir une longueur d’avance sur n’importe quel rival. « Les chances qu’on se fasse damer le pion sont très minces, avait-il lancé. Les terrains pour accueillir un immeuble imposant comme ça près de l’hôpital et du CLSC, il n’y en a pas énormément. Pour la population de Granby et de la région, ce serait le meilleur site. »

De son côté, Médifice envisage de réaliser le projet sur le terrain des Industries Cresswell, à quelques pas de l’aréna, a réitéré récemment lors d’un bref entretien Frédérick Gariépy, gestionnaire pour la firme de Boisbriand, spécialisée dans le créneau de la santé depuis plus de 20 ans. Rappelons que le site de Cresswell, rue Léon-Harmel, avait été ciblé pour accueillir le futur centre aquatique de Granby. La présence de trichloréthylène (TCE), un contaminant dans le sol, avait finalement incité les élus à laisser de côté cette option en juin 2015, pour se tourner vers le parc Dubuc.

De plus, La Voix de l’Est a appris que la firme Pomerleau s’intéresse au projet de CHSLD à Granby. Ce qu’a corroboré la directrice des communications de l’organisation, Carolyne Van Der Meer, précisant que la compagnie est « en réflexion ».

Nouvelle approche

Aucun budget n’est sur la table pour la construction du CHSLD. Une nouvelle approche est plutôt préconisée dans le cadre de l’appel d’offres au privé. « Ce n’est pas un projet qui se fera en mode traditionnel. Au cours des trois dernières années, on a développé une nouvelle façon de faire dans le cas des plus petits CHSLD (moins de 100 places). [...] Normalement, on indique aux éventuels soumissionnaires de quoi a l’air la piste d’atterrissage, avait illustré le ministre Barrette en entrevue. On s’est rendu compte qu’en allant en appel d’offres [sans donner de budget], on arrive à une construction de qualité, mais à un prix moindre. »

Ainsi, les candidats auront 98 jours pour soumettre leurs propositions au CIUSSS. La date butoir pour la réception des offres est donc le 22 août. Le projet sera présenté lors d’une réunion obligatoire. La rencontre aura lieu le 19 juin à 14h dans la salle Waterloo du centre hospitalier de Granby.

Selon les documents obtenus par le journal, le bail avec le locateur de l’édifice s’échelonnera sur 15 ans et sera assujetti à un renouvellement de cinq ans. La compagnie qui remportera l’appel d’offres devra livrer le bâtiment au plus tard deux ans après l’adjudication du contrat par le CIUSSS.