« C'est une situation préoccupante »

Les dirigeants du CIUSSS de l'Estrie­ sont bien au fait des problèmes découlant de l'accroissement marqué de la surveillance de patients, principalement en Haute-Yamaska. À ce chapitre, l'organisation tente de trouver des solutions pour optimiser l'utilisation des effectifs médicaux.
Sasha Cardinal, directrice adjointe des services spécialisés en ressources humaines au CIUSSS de l'Estrie.
Robin-Marie Coleman, directrice adjointe pour le volet qualité et évolution de la pratique professionnelle en soins infirmiers au CIUSSS de l'Estrie.
Le vieillissement de la population et l'augmentation des besoins de la clientèle en CHSLD sont les deux principaux ingrédients engendrant la hausse de la surveillance d'usagers dans les établissements de soins de santé de la région, fait valoir Robin-Marie Coleman, directrice adjointe pour le volet qualité et évolution de la pratique professionnelle en soins infirmiers au CIUSSS de l'Estrie. « Très souvent, des clientèles en attente d'hébergement se retrouvent dans un milieu qui n'est pas nécessairement approprié pour répondre à leurs besoins », explique-t-elle.
Or il faut savoir que la surveillance constante d'un usager doit être prescrite par un médecin. On y a notamment recours pour des patients qui souffrent de démence, ou encore pour une personne atteinte d'Alzheimer temporairement désorganisée. Idem pour des gens à risque de suicide ou intoxiqués. La garde est aussi préconisée lorsque des usagers sombrent dans un « délire postopératoire », explique Mme Coleman. « Dans tous les cas, la surveillance est priorisée pour assurer la qualité des soins et la sécurité de la clientèle. »
Des représentantes syndicales de la FIQ-SPSCE interviewées par La Voix de l'Est dans le dossier ont souligné que la grogne concernant la surveillance de patients est monnaie courante au sein des effectifs médicaux. Ce que réfute Mme Coleman. « Je ne pense pas que cette situation est généralisée, dit-elle. Le personnel a chacun son rôle. »
Projet-pilote
Pour tenter de trouver un certain équilibre dans l'utilisation judicieuse des ressources affectées à la surveillance de patients, tant au plan financier que du personnel, un projet-pilote a été lancé ce printemps par la direction des soins infirmiers du CIUSSS de l'Estrie. « On est à la croisée des chemins. Il y a une réflexion qui doit être faite, mentionne Mme Coleman. [...] La surveillance de patients, c'est une situation préoccupante en Haute-Yamaska, mais aussi dans les autres établissements sur notre territoire. »
L'initiative, qui doit s'échelonner sur un an, consiste en une évaluation globale de la situation dans les « unités de soins aigus » (notamment les CHSLD et les hôpitaux) suivie d'une réorganisation des rôles et responsabilités des effectifs médicaux, ainsi que de nombreuses ramifications qui en découlent. 
La création de postes à l'interne pour des gens affectés uniquement à de la surveillance constante de patients n'est pas exclue. « À ce niveau, on voit que les besoins sont constants. Ça fait partie des discussions », indique Sasha Cardinal, directrice adjointe des services spécialisés en ressources humaines au CIUSSS de l'Estrie. 
L'uniformisation du recensement des coûts en main-d'oeuvre, interne et externe, pour de la surveillance de patients à travers les établissements du CIUSSS de l'Estrie est aussi envisagée, concède Mme Cardinal. 
Or le personnel est-il toujours formé adéquatement pour garder à vue des usagers, parfois en crise aiguë ? « Les pratiques sont très variables selon les établissements. Certains prennent d'emblée des préposés aux bénéficiaires, d'autres ont le réflexe d'aller vers de la main-d'oeuvre indépendante », indique Mme Coleman.
Tout est dans l'analyse de la situation au « cas par cas », poursuit-elle. « Parfois, un patient nécessite seulement une surveillance visuelle. Mais dans certains cas, il y a un objectif thérapeutique. À ce moment, c'est mieux d'avoir du personnel formé à l'interne qui connaît bien la clientèle et ses particularités. »