«Ce sont donc les sous-traitants qui financent le chantier», déplore l’auteur anonyme du message, qui pose la menace que des sous-traitants quittent le chantier ou exercent une hypothèque légale sur l’infrastructure en construction pour toucher leur dû.

Centre aquatique de Granby: des sous-traitants attendent d'être payés depuis des semaines

Plusieurs entreprises du secteur de la construction œuvrant à titre de sous-traitants sur le chantier du futur Centre aquatique de Granby affirment attendre leur dû depuis plusieurs semaines, voire des mois. Les montants réclamés par ces entrepreneurs atteignent plusieurs centaines de milliers de dollars, a appris La Voix de l’Est.

Une lettre signée par « un sous-traitant qui en a assez, mais qui ne peut s’identifier pour ne pas nuire à sa réputation », a atterri dans la boîte aux lettres du journal, vendredi. On y mentionne que l’entrepreneur général en charge du projet, le Groupe TEQ, « néglige de payer les sous-traitants, car la Ville de Granby retient les montants des dénonciations totales du projet à l’entrepreneur général. »

Selon plusieurs sources, les versements seraient effectués en paiement sur paiement, c’est-à-dire que l’entrepreneur général paie ses sous-contractants lorsqu’il reçoit un chèque de la part du donneur d’ouvrage.

Les derniers paiements honorés remonteraient à mars et la totalité des soldes à recevoir dépassait 700 000 $ en date du 31 juillet dernier, indique la missive. « Ce sont donc les sous-traitants qui financent le chantier », déplore l’auteur anonyme du message, qui pose la menace que des sous-traitants quittent le chantier ou exercent une hypothèque légale sur l’infrastructure en construction pour toucher leur dû.

Le chantier du centre aquatique, qui portera le nom de Desjardins en vertu d’une entente d’un demi-million de dollars sur dix ans, s’est amorcé à l’automne 2017. Un retard de trois mois, lié à des motifs « d’ordre technique » a déjà été observé au cours des travaux, si bien que l’ouverture officielle des bassins a été repoussée de l’hiver au printemps 2020.

La facture estimée pour ce chantier d’envergure — le plus important de l’histoire de la Ville — est de 33 millions de dollars, montant financé aux deux tiers par les gouvernements fédéral et provincial.

En juin dernier, La Voix de l’Est rapportait qu’un dépassement de coûts de 500 000 $ avait été enregistré.

Dans l’attente

Vendredi, La Voix de l’Est a sollicité une douzaine de sous-traitants œuvrant sur le chantier du centre aquatique. Personne ne s’est formellement identifié comme l’auteur de la lettre acheminée au journal.

De ceux qu’il a été possible de joindre, seules deux entreprises ont confirmé officiellement attendre des paiements d’importance de la part de Groupe TEQ. D’autres, qui n’ont pas souhaité commenter publiquement le dossier, ont reconnu avoir des comptes en souffrance ou ont indiqué que d’autres entrepreneurs attendaient des versements totalisant plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Aucun d’entre eux n’a toutefois l’intention de boycotter le chantier en attendant leur dû.

« Plusieurs mois [de travaux] ne nous ont pas été payés, a confirmé Marika Lemieux, du service de la comptabilité de Vitrerie LC. En excluant les retenues, ils nous doivent pour plus de 100 000 $. »

Chez ECE Électrique, la dette encourue atteint le demi-million de dollars.

« On nous doit 300 000 $, sans compter la dernière demande de paiement, ça nous mène à tout près de 500 000 $ », allègue son président Claude Riendeau.

« On s’est parlé entre entrepreneurs, ajoute-t-il. [Groupe] TEQ dit que la Ville garde des retenues sur les montants qui ont été dénoncés par les sous-traitants. Pourtant, nos demandes de paiement sont approuvées par les architectes et les ingénieurs. »

M. Riendeau admet s’inquiéter pour certaines entreprises, puisqu’il sous-traite lui-même certaines parties de son mandat.

« On doit se faire payer. Autrement, ils vont faire mourir de petits entrepreneurs », lâche-t-il.

« Cavalier »

Le directeur général de la Ville de Granby, Michel Pineault, a confirmé que la municipalité a effectué des retenues sur les déboursés devant être payés à Groupe TEQ. « Nous sommes en discussion, a-t-il indiqué. L’entrepreneur général doit nous faire parvenir des documents avant qu’on puisse libérer les sommes. »

Les documents en question sont des quittances, a-t-on appris. Il n’a toutefois pas été possible de connaître le montant des retenues.

Si les sous-traitants ne sont pas payés, cela concerne l’entrepreneur général et non la Ville, rappelle le fonctionnaire, qui n’est pas inquiet de la suite des choses, puisque des mécanismes prévus au contrat régissent les travaux.

« Notre lien contractuel est avec l’entrepreneur général. C’est lui qui a la responsabilité de l’avancement du chantier et de payer ses sous-traitants », a indiqué M. Pineault.

Le maire Pascal Bonin abonde en ce sens. « La Ville a un contrat avec l’entrepreneur général, c’est donc lui notre interlocuteur », a répondu l’élu au journal, qui l’a mis au parfum de la situation.

« C’est cavalier, qu’un sous-traitant tente de régler ses différends par le biais des médias sans s’identifier, a-t-il poursuivi, posant l’hypothèse que les retenues sont peut-être le fruit de “choses qui n’ont pas été faites à la satisfaction de l’entrepreneur général” ».

Notre demande d’entrevue pour valider les informations a été refusée du côté de Groupe TEQ. « C’est quoi ces rumeurs ? », a demandé Randa Eid, gestionnaire des services corporatifs aux bureaux montréalais de l’entreprise.

Mme Eid a indiqué ne pas être en mesure de divulguer quelque information que ce soit sans l’autorisation de la maison-mère de la compagnie, Astaldi, qui se trouve en Italie.

Elle a refusé de nous fournir les coordonnées, mais nous avons communiqué avec les relations de presse au siège social de Rome. En fin de journée, vendredi, nous attendions toujours une réponse à notre courriel.